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persévérance , le respect et le \ èle d’un sacerdoce ». Il ne laissa passer de jour sans officier devant ses autels; il ne laissa passer de jour sans écrire la page , qui, relue , corrigée ensuite , alla se joindre aux autres et former ces livres « en perpétuel devenir », en incessante gestation.
Cette gestation a été subitement arrêtée par la mort , qui a surpris le penseur dans sa quarante- cinquième année , nous rappelant une fois de plus le cri troublant de Ménandre : « L’homme aimé des Dieux meurt jeune , ô Parmènon ! » Cette mort prématurée produisit en nous , ses élèves , la sensation de V extinction de plusieurs lumières en notre esprit.
Rodô vécut toujours en beauté. Il aima sans défaillances le vrai, le bon et le beau, ces. trois enfants d’ Emerson « nés le même jour et qui réapparaissent sous différents noms dans tout système de pensée ». De là V admirable uniformité de son œuvre composée .comme ces ondes successives qui se pressent, grandissent et engendrent en se confondant la vague formidable qui ne se déforme pas dans sa croissance, , mais s’ élargit et s’élève jusqu’à s’imposer et triompher.
Il posséda , comme bien peu, le sens des nuances, dont il aima parler dans ses écrits. ILsut. expliquer , comme aucun de ses compatriotes, les avantages et la vraie influence du romantisme en littérature. Et que pouvait-on demander de plus à celui qui eut en haute estime le talent de Paul de Saint-Victor dont les Hommes et les Dieux ont été répandus dans sa patrie par ses louanges et ses conseils.
Son style, influencé par les -auteur s français de V époque antérieure et postérieure au natur alisme et p ar les écrivains de l’âge d’or de la littér ature espagnole, est attique, profond, très personnel. Il a le brillant de, l’or poli, la trempe et la flexibilité de l’acier de Tolède. Les paroles sont sons la
PREFACE
plume de Rodcfila glaise malléable que V artiste façonne à son goût ; il en joue sans s' égarer jamais, trouvant toujours V expression juste, V adjectif conforme , le son qui convient à la chute des phrases. Il peint , sculpte , cisèle , émaillé , avec le goût de V écrivain le plus fin , sans jamais altérer la langue , en lui conservant un certain archaïsme voulu, sans cesser jamais d’ être personnel et américain.
Aimant peu les rhéteurs , dont « la froide application assemble péniblement eiï rme mosaïque de conventionnelle correction des mots> que ne vint jamais animer le souffle tiède de l’âme » il ne négligea cependant pas de polir , d’effacer et d’ajouter comme le conseille Boilea/u. Mais c’est en esprit seulement qu’il polissait , effaçait et ajoutait. Che i lui U expression définitive de la pensée était toujours postérieure à l’idée créatrice, tant il avait le constant souci de la beauté de la forme et de la musique du verbe.
Il crut de cette façon réaliser latâche qu’ il s’était imposée « de donner à la prose castillane la ooulenr , V éclat, la mélodie, de lui infuser du sang, de lui donner des nerfs , de consommer la réaction que les romantiques et les réalistes du dernier siècle ne réalisèrent qu’ à moitié dans la syntaxe et le lexique ». Il crut, en outre, avec Marc l’Evangéliste, que e tout peut se dire en paraboles » et c’est en paraboles qu’il nous expose ses aphorismes , qu’il nous dévelobpe ses thèses. Son talent, son érudition lui en fournissent à chaque pas ; sa façon de les dire les rend inoubliables.
Quand Rodô naquit à la vie littéraire, la tradition de la culture de Montevideo , sa ville natale, se renfermait dans le classique Acuna de Figueroa et dans les romantiques
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qui , avec Adolfo Berro , avaient chanté les misères et les douleurs des humbles et qui , Juan Carlos Gôme%, le compatriote qui le séduisit le plus peut-être, avaient manifesté l'audace et la gravité d'hommes toujours disposés à lutter pour le triomphe de la Justice et pour V Idéal.
La formation cosmopolite de la capitale de V Uruguay , dans laquelle les étrangers d' origine latine prédominent , a toujours donné à ses habitants en matière philosophique un large esprit , qui encouragea de longue date son premier caudillo Artigas et que plus tard influencèrent par leurs livres les Saint-Simon, les Lerminier , les Cousin, les Joutfroy , les Villemain, les Sainte-Beuve , les Laboulaye, les Lamennais et les Quinet dans la longue lutte que les Uruguayens eurent à soutenir contre le tyran argentin Rosas.
Dans les années qui suivirent la naissance de Rodo les esprits les plus pondérés de son pays cherchèrent un soulagement à la tyrannie qui sévissait alors dans leur propre territoire dans des discussions philosophiques qui cachaient au fond , tels ces vieux reliquaires qui ne donnent pas toujours Vidée des richesses qu'ils renferment, de vastes visées politiques. Ces discussions-là orientèrent les idées vers des voies nouvelles et attirèrent V attention de la jeunesse qui observait leur marche sans savoir au juste par oit elle devait prendre.
Seul un romancier mi-romantique, mi-historien et un poète quelque peu révolutionnaire réussirent à donner aux lettres 'uruguayennes une tendance nationale et moderne, avant que Rodô vînt apporter un souffle de rénovation qui devait, par ondes concentriques, ébranler l'air moral d'un bout à Vautre du continent hispano-américain.
Il apparut à l'heure ou une jeunesse désorientée , confondant symbolistes et parnassiens, s'enlisait en un décaden-
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PRÉFACE
tisme sans raison et, n' arrivant pas à pénétrer le naturalisme, s1 exténuait à chercher sa voie. C'est cette heure de doute qu'il choisit pour se révéler, pour venir dire à cette génération inquiète , comme Horace à Leuconoë, de ne pas se préoccuper de la mort , mais, au contraire de rechercher tous les moyens d' intensifier la vie. Et son influence a été si grande et si opportune qu'on croirait écrit pour lui l'éloge de Maeterlinck à propos d' Emerson : « Il est venu pour plusieurs au moment oit il fallait venir et à l'instant où ils avaient mortellement besoin d' explications nouvelles ».
Ses idées philosophiques partent du positivisme , qui selon lui « est la pierre angulaire de notre formation intellectuelle ». Il déclara lui-même dans son étude sur Prosas Profanas du poète Ruben Dario : « Moi aussi je suis moderniste, J' appartiens de toute mon âme à la grande réaction qui imprime un caractère et un sens à V évolution de la pensée pendant les heures dernières de ce siècle ; à la réaction qui, partie du naturalisme littéraire et du positivisme philosophique , les achemine tous deux, sans les amoindrir jamais en ce qu'ils ont de fécond, vers des conceptions plus élevées ».
Dernièrement, il se sentait attiré par le « puissant souffle de reconstruction métaphysique de Renouvier, Bergson et Boutroux ». Cela nous mène à parler des œuvres de José Enrique Rodô. Le lecteur pourra se faire une idée de chacune par les morceaux choisis que je publie grâce à une heureuse initiative du Comité France-Amérique, toujours bien inspiré, et grâce aussi à l’ obligeance de M. Francis de Miomandre, qui a traduit, sur ma demande , d'une façon à la fois très exacte et très pure, les meilleures pages d'un savant qui était aussi un grand artiste et un grand admirateur de la France éternelle.
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Ses œuvres , dont certaines,. comme Ariel,. 6>;z/ jusqu' à neuf éditions , et même des. éditions officielles en des pays pourtant lointains de V Uruguay, sont : La Vida Nueva (1897' ; Rubén Dario (1899) ; Ariel 1900; ; Libéralisme» y Jacobinisme» (1906) ;.Moti vos de Proteo (1909! ; El Mirador de Prôspero (1913)-
Le premier de ces livres a été publié quand V auteur avait vingt-quatre ans à peine , puisque Rodô naquit à Montevideo le 15 juillet i8j2. Et cependant , il montre .déjà, en cV étonnants éclairs , une érudition, qui ne devait qu augmenter avec le temps et une tendance bien marquée à donner à la langue castillane une souplesse et une sonorité à quoi seul tendait alors dans ses poésies son compatriote américain Ruben Dario. Ce petit livre sur la Vida Nueva [la Vie Nouvelle ) est la réunion en un ouvrage de deux articles parus dans la Revue Nationale de Littérature et de Sciences Sociales qu'il fonda en 1895. avec les frères Martine % Vigil et Victor Rére % Petit , et dont la répercussion fut grande , non seulement en Uruguay , mais sur tout le continent américain. Le lecteur se rendra compte du mérite de El que vendrâ [Celui qui viendra ) par la traduction qu'il pourra lire tout à l'heure au complet.
Dans le second article composant le volume qui nous occupe , sous prétexte de juger les Académies- de son confrère Carlos Rëyl’es, qui accusait les romanciers d' Espagne de sacrifier d « V extèriorisme » leur tradition classique , Rodô prouve , avec arguments convaincants à l appuiv que les Valera et les Pérej Galdôs, les Palacio Valdès et Leopoldo Alas protestaient par leurs livres contre cette accusation , à l'heure même ou il pressentait une