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10 Voici l’heure où le chien contre la lune aboie, Où le pâle vampire! erre et cherche sa proie, Où descend le corbeau.
LA TRÉPASSÉE
Mon bien-aimé, viens donc! L’heure est déjà passée. Oh! tiens-moi sur ton cœur, entre tes bras pressée : 15 __ Jai bien peur, j’ai bien froid.
Réchauffe à tes baisers ma bouche qui se glace, Oh! viens, je tâcherai de te faire une place, Car le lit est étroit!
LE VER
Cinq pieds de long sur deux de large. La mesure 20 Est prise exactement; cette couche est trop dure! L’époux ne viendra pas.
II n’entend pas tes cris; il rit dans quelque fête. Allons, sur ton chevet? repose en paix ta tête. Et recroise tes bras.
LA TRÉPASSÉE
25 Quel est donc ce baiser humide et sans haleine ? Cette bouche sans lèvre, est-ce une bouche humaine ? Est-ce un baiser vivant ?
O prodige! À ma droite, à ma gauche, personne. - Mes os craquent d’horreur; toute ma chair frissonne 30 Comme un tremble® au Brand vent.
LE VER
Ce baiser, c’est le mien; je suis le ver de terre; Je viens pour accomplir le solennel mystère : J'entre en possession.
Me voilà ton époux, je te serai fidèle; 35 Le hibou tout joyeux, fouettant l'air de son aile, Chante notre union.
LA TRÉPASSÉE
Oh! si quelqu'un passait auprès du cimetière! Jai beau heurter du front la planche de ma bière, Le couvercle est trop lourd!
40 Le fossoyeur dort mieux que les morts qu’il enterre.
1. Animal fabuleux, sortant des tombeaux pour sucer le sang des vivants. Mot d'origine orien- - tale; 2. Radical caput : chef, tête; 3, Arbre au feuillage léger; 4. Qui se répète chaque année (colis annus) à date fixe; qui se Pitralec pompe.
Quel silence profond! La route est solitaire, L’écho lui-même est sourd.
LE VER
À moi tes bras d’ivoire, à moi ta gorge blanche, À moi tes flancs polis avec ta belle hanche 45 À l’ondoyant contour; À moi tes petits pieds, ta main douce et ta bouche, . Et ce premier baiser que ta pudeur farouche Refusait à l’amour.
LA TRÉPASSÉE
C’en est fait! C’en est fait! Il est là! sa morsure 50 M’ouvre au flanc une large et profonde blessure. Il me ronge le cœur.
Quelle fortune! ô Dieu, quelle angoisse’ cruelle! Mais que faites-vous donc, lorsque je vous appelle, O ma mère, Ô ma sœur!
LE VER
55 Dans leur âme déjà ta mémoire est fanée Et pourtant sur ta fosse, Ô pauvre abandonnée, L’oranger est tout frais.
La tenture funèbre à peine repliée?, Comme un songe d’hier elles t’ont oubliée, 60 Oubliée à jamais.
LA TRÉPASSÉE
L’herbe pousse plus vite au cœur que sur la fosse; Une pierre, une croix, le terrain qui se hausse Disent qu’un mort est là.
Mais quelle croix fait voir une tombe dans l’âme? 6 Oubli! Seconde mort, néant que je réclame, Arrivez, me voilà!
LE. VER. 5
Console-toi. — La mort donne la vie. — Éclose À l’ombre d’une croix l’églantine est plus rose
Et le gazon plus vert.
70 La racine des fleurs plongera dans tes côtes;
À la place où tu dors les herbes seront hautes :
Aux mains de Dieu, tout sert!
La Comédie de la Mort (1838).