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RIBEIRA

Il est des cœurs épris du triste amour du laid. # Tu fus un de ceux-là, peintre à la rude brosse Que Naple a salué du nom d’Espagnolet.

Rien ne put amollir ton äpreté féroce, 5 Et le splendide azur du ciel italien N'a laissé nul reflet dans ta peinture atroce.

Chez toi, l’on voit toujours le noir Valencien?, Paysan hasardeux, mendiant équivoque, More que le baptême à peine a fait chrétien.

10 Comme un autre le beau, tu cherches ce qui choque : Les martyrs, les bourreaux, les gitanos’, les gueux,

Étalant un ulcère‘ à côté d’une loque;

Les vieux au chef branlant, au cuir jaune et rugueux, Versant sur quelque Bible un flot de barbe grise, 15 Voilà ce qui convient à ton pinceau fougueux.

Tu ne dédaignes rien de ce que l’on méprise;

Nul haiïllon, Ribeira, par toi n’est rebuté :

Le vrai, toujours le vrai, c’est ta seule devise! TT

Et tu sais revêtir d’une étrange beauté 20 Ces trois monstres abjects, effroi de l’art antique, La Douleur, la Misère et la Caducité.

Pour toi, pas d’Apollon, pas de Vénus pudique; Tu n’admets pas un seul de ces beaux rêves blancs Taillés dans le paros ou dans le pentéliquesf.

25 Il te faut des sujets sombres et violents, ‘Où l’ange des douleurs vide ses noirs calices, Où la hache s’émousse aux billots ruisselants.

1. José de Ribera, dit l'Espagnolet (1588-1656) passa une partie de sa vie à Naples. Le poème est écriten ferza rima,.aba, bc ) ; 2. Paysan de la province de Valence; 3. Vagabonds, forme espagnole de {Ziganes. Voir au Louvre : le Pied Bot ; 4. Apparenté au grec elkos : blessure; 5. Qui cherchait les beaux contours; 6. Île et montagne d'où la Grèce tirait de beaux marbres.

16 — THÉOPHILE GAUTIER ce Tu sembles enivré par le vin des supplices, LENS

Comme un César romain dans sa pourpre insulté, | 30 Ou comme un victimaire! après vingt sacrifices.

Avec quelle furie et quelle volupté | 9 Tu retournes la peau du martyr qu’on écorche, Pour nous en faire voir l’envers ensanglanté?! LP

Aux pieds des patients comme tu mets la torche“! Re * 35 Dans le flanc de Caton* comme tu fais crier £ La plaie, affreuse bouche ouverte comme un porchel ce

D'où te vient, Ribeira, cet instinct meurtrier ? 50 Quelle dent t’a mordu, qui te donne la rage, LS Pour tordre ainsi l’espèce humaine et la broyer ?

40 Que t’a donc fait le monde, et, dans tout ce carnage, Quel ennemi secret de tes coups poursuis-tu ? an Pour tant de sang versé, quel était donc l’outrage?

Ce martyr, c’est le corps d’un rival abattu; Et ce n’est pas toujours au cœur de Prométhée ee 45 Que fouille laigle fauve avec son bec pointu. Fi fe

De quellé ambition du ciel précipitée’, 758 De quel espoir traîné par des coursiers sans frein ET Ton âme de démon était-elle agitée ? | TI

Qu’avais-tu donc perdu pour être si chagrin? a 50 De quels amours tournés® se composaient tes haines Et qui jalousais-tu, toi, peintre souverain ? Tea

Les plus grands cœurs, hélas! ont les plus grandes peines; Fe Dans la coupe profonde il tient plus de douleurs; - Le ciel se venge ainsi sur les gloires humaines.

55 Un jour, las de l’horrible et des noires couleurs, | Tu voulus peindre aussi des corps blancs comme neige, Des anges souriants’, des oiseaux et des fleurs,

1. Prêtre sacrificateur; 2. Voir le Martyre de saint Barthélemy, au musée du Prado, et one sur la roue ; 3. Voir le Martyre de saint Laurent ; 4. Voir le Caton d'Utique, qui hurle en décou — vrant sa RES 5. Lancé tête en avant (præscamat} 6. Sens neutre : le lait tourne. 7 Voir l'Adoration des Bérvèré: au Louvre. Potier Eee Ce 1%

| x | POÉSIES DIVERSES — 17 Des nymphes dans les bois que le satyre assiège,

Des amours endormis sur un sein frémissant, 60 Et tous ces frais motifs chers au moelleux Corrège!;

sa

Mais tu ne sus trouver que du rouge de sang Et quand du haut des cieux, apportant l’auréole, Sur le front de tes saints l’ange de Dieu descend,

En détournant les yeux, il la pose et s’envole?! España (Madrid, 1844).

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