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À | POÉSIES DIVERSES — 21 LES AFFRES: DE LA MORT

(Sur les murs d’une chartreuse?.)

O toi qui passes par ce cloître, Songe à la mort! Tu n’es pas sûr De voir s’allonger et décroître, Une autre fois, ton ombre au mur.

5 Frère, peut-être cette dalle Qu’aujourd’hui, sans songer aux morts, Pe Tu soufflettes de ta sandale, ae Demain pèsera sur ton corps!

La vie est un plancher qui couvre 10 L’abîme de l'éternité :

Une trappe soudain s’entr’ouvre Sous le pécheur épouvanté;

À | Le pied lui manque, il tombe, il glisse : # Que va-t-il trouver ? Le ciel bleu 15 Ou lenfer rouge? Le supplice Ou la paline ? Satan ou Dieu ?..

SÉRIE Souvent sur cette idée affreuse

| Fixe ton esprit éperdu :

LEP Le teint jaune et la peau terreuse, 20 Vois-toi sur un lit étendu.

Vois-toi brûlé, transi® de fièvre, Tordu comme un bois vert au feu, Le fiel* crevé, l’âme à la lèvre, Sanglotant le suprême adieu,

25 Entre deux draps, dont l’un doit être RAS Le linceulf où l’on te coudra,

=: Triste habit que nul ne veut mettre, Æ Et que pourtant chacun mettra’.

1. Épouvante physique et morale. Origine inconnue: 2. Retraite de chartreux, ordre de

moines fondé par saint Bruno: 3. Traversé : transire ; 4. Voir Villon : « Son fiel se crève sur

= son cœur.» Latin fel : vésicule biliaire; 5. Le souffle vital prêt à partir; 6, Drap de lit en lin; - 7. Rimes marotiques. /

- e| PA Ve mp

1. Geste du mourant. Réalisme du xv® siècle; 2. Grec : krabaton : lit de repos: mauvais lit; A

Représente-toi bien l’angoisse

De ta chair flairant le tombeau,

Tes pieds crispés, ta main qui froisse!

Tes couvertures en lambeau.

En pensée, écoute le râle, Bramant comme un cerf aux abois, Pousser sa note sépulcrale Par ton gosier rauque et sans voix.

Le sang quitte tes jambes roides, Les ombres gagnent ton cerveau, Et sur ton front les perles froides Coulent comme aux murs d’un caveau.

Les prêtres à soutane noire, Toujours en deuil de nos péchés, Apportent l’huile et le ciboire, Autour de ton grabat? penchés.

Tes enfants, ta femme et tes proches Pleurent en se tordant les bras,

Et déjà le sonneur aux cloches

Se suspend* pour sonner ton glas.

Le fossoyeur a pris sa bêche Pour te creuser un dernier lit, Et d’une terre brune et fraîche Bientôt ta fosse se remplit.

Ta chair délicate et superbe

Va servir de pâture aux vers,

Et tu feras pousser de l’herbe

Plus drue avec des brins plus verts.

Donc, pour n’être pas surpris, frère, Aux transes du dernier moment, Réfléchis! La mort est amère

À qui vécut trop doucement.

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