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LE PHARAON

Enfin le Pharaon parut! |

… Douze oëris ou chefs militaires, la tête couverte d’un léger casque surmonté d’une plume d’autruche, le torse nu, les reins enveloppés d’un pagne à plis roides, portant devant eux leur targe‘ suspendue à leur ceinture, soutenaient une sorte de pavois sur lequel posait le trône du Pharaon. C'était un siège à pieds et à bras de lion, au dossier élevé, garni d’un coussin débordant, orné sur sa face latérale d’un lacis de fleurs roses et bleues; les pieds, les bras, les nervures du trône étaient dorés, et de vives couleurs remplissaient les places laissées vides par la dorure.

De chaque côté du brancard, quatre flabellifères5 agitaient au bout de hampes dorées d’énormes éventails de plumes d’une forme semi-circulaire; deux prêtres soule- - vaient une corne d’abondance richement ornementée, d’où retombaient en gerbes de gigantesques fleurs de lotus.

1. Substantif masculin. Ornement de peinture ou de sculpture où l'on met une inscription : charta : 2. De hiéroglyphes, caractères sacrés des anciens Égyptiens, gravés dans la pierre : hiéros=sacré: gluphé : je grave (voir plus haut); 3. A tête d'ibis; 4 Grand bouclier échancré. 5. Porteurs d'éventails.

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Le Pharaon était coiffé d’un casque allongé en mitre, découpant par une échancrure la conque! de l'oreille et se rabattant vers la nuque pour la protéger. Surlefondblew du casque scintillait un semis de points semblables à des prunelles d’oiseaux et formés de trois cercles noirs, blancs et rouges; un liséré écarlate et jaune en garnissait le bord, et la vipère symbolique?, tordant ses anneaux d’or sur la par= tie antérieure, se redressait et se rengorgeait au-dessus du front royal; deux longues barbes cannelées et de couleur. pourpre flottaient sur les épaules et complétaient cette coif= fure d’une majestueuse élégance. 5

Un large gorgerin® à sept rangs d’émaux, de pierres précieuses et de perles d’or, s’arrondissait sur la poitrine du. Pharaon, et jetait de vives lueurs au soleil. Pour vêtement, supérieur il portait une espèce de brassière quadrillée de. ” rose et de noir, dont les bouts allongés en bandelettes tournaient plusieurs fois autour du buste et le serraient étroi=. tement; les manches, coupées à la hauteur du biceps et bordées de lignes transversales d’or, de rouge, de bleu, laissaient voir des bras ronds et forts, dont le gauche était garni d’un large poignet de métal destiné à amortir le frôlement de la corde lorsque le Pharaon décochait une flèche de son arc triangulaire, et dont le droit, orné d’un bracelet composé d’un serpent enroulé plusieurs fois sur lui-même, tenait un long sceptre d’or terminé par un bouton de lotus. Le reste du corps était enveloppé d’une draperie du plus fin lin à plis multipliés, arrêtée aux hanches par une ceinture imbriquée* de plaquettes en émail et en or. Entre la brassière et la ceinture, le torse apparaissait luisant et poli comme le granit rose travaillé par un ouvrier habile. Des sandales à ” pointes recourbées, pareilles à des patins, chaussaient ses pieds étroits et longs, rapprochés l’un de l’autre comme les pieds des dieux sur les murailles des temples. ARE

Sa figure lisse, imberbe, aux grands traits purs, qu’il ne —

semblait au pouvoir d'aucune émotion humaine de déranger. … et que le sang de la vie vulgaire ne colorait pas, avec sa pâleur morte, ses lèvres scellées, ses yeux énormes, agrandis de

-1 Grande coquille; 2. Symbole de l'immortalité ou de l'éternel recommencement; 3. Partie É. d armure protégeant la gorge (voir plus haut): 4, Se dit de plaques se recouvrant comme les tuiles ou briques minces d’un toit: 5. Divinité égyptienne.

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