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Pages d'art chrétien

La mise en volume de ces sept études n'a qu'une excuse : le succès d'une première série à laquelle il a fallu donner une suite pour complaire à de nombreux lecteurs.

Parus d'abord, comme leurs aînés, sous forme d'articles dans le Mois littéraire, les sept chapitres qui forment ce petit livre se rapportent, les quatre premiers à la grande peinture religieuse de la Renaissance, le cinquième à une question d'iconographie chrétienne, les deux derniers à notre architecture gothique. Ne pouvant prétendre à une homogénéité parfaite en opposition avec les besoins de la revue qui la première les publia, ils se défendent néanmoins contre le reproche de former un ensemble disparate. Si, sous le titre Histoire de l'Art, un auteur qui vise à la plus parfaite unité a le droit d'établir un livre qui s'ouvre sur l'art des Catacombes et se ferme sur l'art de la Renaissance, après avoir abordé en route l'art byzantin et l'art roman, on ne voit pas pourquoi des études détachées de ce vaste plan ne pourraient pas être brochées ensemble. A y regarder de près, on verra d'ailleurs que ce sont trois livres, chacun d'eux très homogène, dont on poursuit ici la réalisation : un cours d'iconographie chrétienne, une histoire de la grande peinture religieuse, un traité d'architecture gothique.

Quand les séries prévues auront paru, il sera facile, en établissant un ordre nouveau, de reconstituer les trois ouvrages. Ht déjà, réunissant la série précédente à celle-ci, voici les trois groupes indiqués

qui se dessinent, accusant suffisamment le plan adopté :

I. Iconographie chrétienne : images du Christ, le Crucifix, Vierges et Madones, les Rois Mages d'après les artistes.

II. Peinture religieuse : De Giotto à Raphaël, Fia Angelico et la chapelle de Nicolas V, les Madones de Raphaël, Michel- Auge peintre de la Sixtine, la Légende, de sainte Ursule par Memling et Carpaccio.

III. Architecture gothique : Notre-Dame de Paris et Saint-Pierre de Rome, la Généalogie des cathédrales, Nouveautés sur le gothique, le Gothique du Midi, les Portails imagés, le Rêve de l'Imagier.

Ces lectures d'art s'adressa nt au grand public, on n'a pas jugé bon de perdre inutilement en références une place précieuse que réclamaient les articles eux-mêmes, et l'on a évité tout appareil d'érudition, au risque de paraître en manquer. Mais, à l'intérieur même du texte, on a indiqué les ouvrages capitaux, les maîtres actuels, dont on dépendait, et, dans certains cas, on y a joint une bibliographie sommaire qui pouvait être utile au lecteur. Par contre, si l'on a renoncé à des renvois faciles et inutilisables, on a multiplié les reproductions photographiques. Un livre d'art non illustré manque du document principal. Il ne saurait donner au lecteur que les connaissances verbales. Pour que ces notions deviennent réelles, il y faut joindre l'image, car, dans ces sortes d'études, l'œuvre d'art est la source principale d'infoi mation, et sa rej. roduction constitue la véritable référence,

celle qui prouve. Le texte, lui, n'a d'autre utilité que de la faire comprend i e. Aussi, M. André Michel a-t-il pu, dans la préface de la collection qu'il dirige, parler d'un temps où l 'histoire de l'art pourrait se réduire à une série de corpus, albums d'images classées et datées.

La faveur croissante que le public lettré témoigne aux questions d'art, sans doute

pour combler une lacune et racheter une négligence passée, est ce qui a détermine l'auteur à publier ces études morcelées. On estime qu'elles atteindront mieux leur but qu'un manuel nouveau, ajouté à tant d'autres, d'ordre plus pratique, sans doute, mais forcément moins suggestif.

DE GIOTTO A RAPHAËL

L'habitude veut que l'on désigne le xvie siècle et partiellement le xve sous le nom de Renaissance. De l'aveu de tous, le terme est inexact. L'art n'a pas eu à renaître avec les derniers Florentins pour la raison qu'il n'était point mort avant eux et qu'il vivait depuis près de deux siècles quand Rome et Florence virent éclore leurs chefs-d'œuvre. En réalité, la Renaissance a commencé avec les premières années du xive siècle. L'art italien — et par là entendez la peinture — renaît avec Giotto, traverse avec ses successeurs les étapes de l'adolescence et de la jeunesse, et parvient à la maturité avec les grands maîtres du xvie siècle. Ce que l'on appelle inexactement la Renaissance n'est donc, à proprement parler, que le plein épanouissement d'un art déjà vivant et fécond.

A la findu xme siècle, les peintres byzantinisants de l'Italie avaient tout à apprendre, leurs prédécesseurs ayant tout oublié. La peinture alors était morte. Il existait bien un art byzantin, mais c'était un art iconographique, tout en formules et en recettes, préoccupé d'idées et non de formes, un art mort pour tout dire, car qu'est-ce qu'un art qui ne regarde rien de ce qui vit? Dans ces dernières compositions italo-byzantines, tout manque, le dessin comme la couleur, la composition aussi bien que le sentiment, l'esprit non moins que le métier. Les artistes, devenus des ouvriers, attentifs seulement à copier leurs poncifs, n'ont plus d'yeux pour regarder la nature. On ne sait plus ni établir une perspective, ni dresser une anatomie, ni transcrire un paysage, ni noter un détail, ni distinguer les plans, ni traduire une émotion. Et c'est tout cela, toute cette syntaxe et toute cette rhétorique, que les artistes vont avoir à réapprendre sans personne pour le leur enseigner. Ils y mettront deux cents ans.

De Giotto à Raphaël , un développement continu s'est donc poursuivi dans l'art italien. Ce que l'un a planté, l'autre l'a fait épanouir, et entre deux de nombreux intermédiaires ont préparé , par leurs recherches et leurs trouvailles, leurs expériences et leurs conquêtes, l'éclosion finale des chefs-d'œuvre tant admirés. Une véritable histoire de la peinture serait celle qui montreraitparle détail, en descendant jusqu'aux pratiques d'atelier, cette évolution et ces progrès techniques. Ceux-ci sontlefait d'un petit nombre d'inventeurs, à la suite desquels les autres artistes, les plus brillants comme les plus admirés, font simplement figure de continuateurs.

Je voudrais, m'en tenant à ces génies d'avant-garde, montrer quel fut l'apport nouveau de chacun d'eux et présenter en quelques-unes de leurs œuvres comme en un raccourci cette période de formation ardue qui va de i3o4> date des premières fresques de Giotto, à l5io, date de la Dispute du Saint Sacrement de Raphaël (i).

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