‹ Pages d'art chrétien (volume 2)Chapitre 15 sur 41 · LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE

Michel-Ange à exécuter la voûte de la Sixtine, et Niccolo Soggio. Et voilà qui serait fait pour nous surprendre si nous ne savions qu'à cette époque bienheureuse de l'art, la délimitation des différents arts plastiques, considérés comme des spécialités, n'existait pas encore. Ce qu'on cultivait alors, c'étaient les arts du dessin, et le dessin était à la base. La méthode avait pour résultat de former des artistes complets, aptes à toutes les besognes. Les exemples abondent de cette universalité.

En i334, Giotto, que ses fresques d'Assise viennent de rendre célèbre entre tous les peintres, est nommé architecte de la ville de Florence et s'attaque aux bas-reliefs du campanile. C'est le même artiste, Verrocchio, qui entreprend la statue équestre du Colleone, fondu en bronze à Venise, et qui peint le Baptême du Christ, actuellement à Florence. Et toute sa vie, il tient boutique d'orfèvrerie. Lorenzo di Credi n'est connu que par ses tableaux, mais c'était aussi un sculpteur excellent, car Verrocchio, en mourant, lui confia le soin d'achever toutes ses statues dans ses

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ateliers de Venise et de Florence. Et n'est-ce pas Léonard de Vinci qui, dans un mémoire à Ludovic le More, où il lui offre ses services en énumérant ce qu'il sait faire, s'exprime ainsi dans un dixième numéro: « Je puis égaler n'importe qui en architecture, et en construisant des monuments privés ou publics, et en conduisant l'eau d'un endroit à un autre. Je puis exécuter de la sculpture en marbre, bronze, terre cuite. En peinture, je puis faire ce que fait un autre, quel qu'il puisse être. »On pourrait continuer indéfiniment à feuilleter simplement des monographies d'artistes du xvc siècle.

Quatorze ans se passent. En i5o3-i5o4 — Michel-Ange a alors vingt-neuf ans, et son David colossal, en marbre, venant après sa Pietà, a fait de lui le premier sculpteur de son temps, — le gonfalonier Soderini décide de faire décorer la salle du Conseil, au palais de la Seigneurie. Il faut là deux immenses fresques rappelant deux hauts faits militaires de la république florentine: la bataille de Cascina, épisode de la guerre de Pise. en 13Ô4, et

la bataille d'Anghiari, livrée aux Milanais en 1440. A qui s'adresse Soderini? A Léonard de Vinci et à Michel-Ange. On ne dit pas que celui-ci ait fait de diffficultés. La commande de Léonard de Vinci.

remonte à i5o3, celle de Michel-Ange date de i5oq. On ne peut donc parler de concours. Mais, qu'on le voulût ou non, les deux œuvres devaient réunir comme

chargé de la bataille d'Anghiari, peignit un combat de cavalerie; Michel-Ange, dans la bataille de Cascina, choisit le moment où les soldats sont surpris au bain par l'ennemi. En i5o6, tout était abandonné . Léonard de Vinci ayant voulu expérimenter un nouvel enduit à l'huile de son invention, sa peinture ne tint pas et, découragé, il l'abandonna.

dans un tournoi les deux plus célèbres Quant au carton de Michel-Ange, il ne

fut jamais exécuté pour des raisons que nous ignorons, mais qui furent indépendantes de la volonté de son auteur.

Pour prouver cependant la justesse de son choix et montrer le résultat obtenu, Soderini fit exposer les deux œuvres.

« Le carton de Michel-Ange, écrit Benvenuto Cellini dans ses Mémoires, fut placé dans le palais des Médicis; celui de Léonard dans la salle du Pape; aussi longtemps qu'ils y restèrent, ils furent l'école du monde. »

Raphaël entre autres les copia. Tout le public artiste de Florence se passionna, et chacun des deux Salons eut ses tenants, plus nombreux autour du plus jeune. Entre eux. du reste, rien de commun.

Dans l'œuvre de Léonard, tous les personnages étaient vêtus; dans celle de Michel- Ange, ils étaient nus. Chez le Vinci, les passions les plus vives animaient le visage des combattants ; le carton de Buonarroti était volontairement inexpressif. Le premier avait représenté quatre cavaliers se disputant un drapeau et cherché à traduire la fureur de la lutte: fureur des chevaux qui se mordent au poitrail, fureur des hommes dont les épées s'entrechoquent. Le second, délaissant l'idée même de bataille, avait figuré des baigneurs sortant précipitamment de l'eau

CHAPELLE SIXTINE

Phot. Andcrson LA SYB1LLE ERYTHRÉE

champions de l'art italien : le vieux Léonard, alors âgé de cinquante-deux ans, chef incontesté de toute l'école, et le jeune Michel-Ange, qui, bien que n'ayant encore produit que quelques œuvres, s'annonçait déjàcomme le porte-drapeauautourduquel allait se rallier la génération nouvelle.

Le thème offert était un tableau de bataille. C'était le même sujet sous deux aspects différents . Léonard de Vinci,

MICHEL-ANGE, PEINTRE DE LA SIXTINE

Phot. Anderson,

CHAPELLE SIXTINE

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