‹ Pages d'art chrétien (volume 2)Chapitre 16 sur 41 · LA SYBILLE DE DELPHES : FRAGMENT · texte numérisé non relu

LA SYBILLE DE DELPHES : FRAGMENT

ou revêtant à la hâte leurs armures pour l'aire face à l'ennemi. D'un côté, la passion; de l'autre, la beauté. Le xv° siècle finissant et la Renaissance brusquement apparue se heurtaient dans un duel à mort.

Il fallait choisir entre l'esthétique révolutionnaire et l'art traditionnel. C'étaient, en somme, les destinées mêmes de l'art italien qui se jouaient dans cette lutte, et lcs«contemporains ne s'y trompèrent pas

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qui célébrèrent à L'envi la composition du jeune Florentin comme l'évangile de l'art nouveau. Toute l'esthétique nouvelle tenait en ce dessin que Vasari appelle Yextrêmilé de l'art.

Le temps, grand niveleur, a tout détruit. Comme celle de Léonard de Vinci, l'œuvre de Michel-Ange a péri, et nous ne connaissons l'une comme l'autre que par des gravures partielles et des études fragmentaires, qui, jointes à la description de Vasari, ne peuvent qu'aviver nos regrets. Il en reste cependant qu'à vingt-neuf ans Michel-Ange s'attaquait à une œuvre qui devait révolutionner la peinture de son temps.

On ne s'imagine pas le fougueux artiste, dont le ciseau impatient faisait voler les éclats de marbre, et dont le pinceau réclamait de larges surfaces à décorer, peignant avec patience un tableau de chevalet, tout

riiot. Stcimann.

CHAPELLE Sl.VMNi: — LE PROPHÈTE tlÉRÉHIE

comme un tranquille Hollandais. Michel- Ange a cependant fait de ces sortes d'ouvrages menus qu'il méprisait. Le musée des Offices, à Florence, possède de lui une Sainte Famille qu'il peignit aux environs de i5o3, donc bien avant la commande de la Sixtine, pour un certain Angelo Doni. C'est la plus ancienne toile que l'on connaisse de Michel-Ange, mais ce n'est pas la seule. Sans citer la Léda, qui, exécutée en 1529, ne prouve rien, on a au moins la Mise au tombeau, peinte dans les dernières années du xve siècle, et deux Vierges reconnues récemment comme des œuvres de jeunesse du grand artiste. Ce sculpteur faisait donc de la peinture à ses heures.

Après cela, que vient faire l'anecdote de Vasari et de Condivi citée au début? Sa fausseté saute aux veux.

En vérité, si Jules 1 1 s'adressa à Michel-Ange pour peindre la voûte de la Sixtine, c'est parce qu'il l'en savait capable, c'est parce que le jeune artiste pouvait aussi bien peindre que sculpter, c'est parce que le carton de la Guerre de Pise avait fait de lui l'égal de Léonard de Vinci. Et si la voûte de la Sixtine se trouve être « la plus belle fresque de l'art florentin ». c'est parce que son auteur, artiste complet comme tous ses congénères , après avoir été à l'école de Ghirlandajo, n'avait jamais renoncé complètement à la peinture.

Et puis, il faut bien le dire :

une peinture exécutée ajresco n'avait pas de quoi effrayer un dessinateur de ce temps. Quand on parle de peinture murale, il faut bien chasser de son esprit tout ce que l'art pictural, usant du procédé à l'huile, suppose, surtout depuis les Hollandais, de technique sa-

MICHEL-ANGE, PEINTRE DE LA SIXTINE

vante, de science ouvrière et d'habileté manuelle. Une fresque, c'est un dessin colorié, un carton rehaussé de couleur, mais ce n'est pas de la peinture. De cette peinture-là, tout au moins, peut-on dire ce que Ingres disait à tort de toute, à savoir que le dessin en est les 9/10. Quand le dessin était fait et qu'on en avait arrêté d'une façon générale la coloration, la fresque était aux 9/10 terminée.

Il n'y avait plus qu'à calquer le dessin sur le mur humide à l'aide d'un poncif et à le colorier rapidement avant que l'enduit ne séchât.

Tout dessinateur, et Michel-Ange l'était plus que personne, en était capable.

Pareillement, faut- il croire que l'artiste ait accepté l'entreprise à son corps défendant et qu'il y ait été acculé de force malgré de suppliants refus ? Là encore, l'étrangeté de l'historiette en cours frappe quand on y réfléchit. On serait plus près de la vérité en affirmant, avec M. Marcel Reymond, que Michel-Ange n'eut aucune hésitation à accepter une pareille tâche, et qu'il s'y livra avec le plus grand enthousiasme.

Je sais que plusieurs passages de ses écrits semblent confirmer la version des premiers historiographes. Il écrit, par exemple, à son père, le 27 janvier 1509, donc sept mois après le commencement des travaux :

«Je suis encore tout troublé, parce qu'il y a déjà un an que je n'ai pas reçu un gros de ce Pape; je ne lui demande rien, parce que mon travail n'avance pas assez pour me paraître mériter une rémunération. Cela tient à la difficulté du travail et à ce que ce n'est point là ma profession ; je perds donc mon temps sans utilité.

Dieu m'assiste 1 »

Le jour même où il les commença, il écrivait: « Aujourd'hui, 10 mai i5o8, moi, Michel-Ange, sculpteur, j'ai commencé les peintures de la chapelle. » Dans

CHAPELLE SIXTINE

Fhot. Andcrson.

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