‹ Pages d'art chrétien (volume 2)Chapitre 25 sur 41 · II. — Carpaccio · texte numérisé non relu

II. — Carpaccio

/. La réception des ambassadeurs. Au centre, le roi Théodat, assis, prend le par* chemin que lui tend un ambassadeur agenouillé. A gauche, l'escorte des ambassadeurs du roi Agrippinus. A droite, Ursule, dans sa chambre, énumérant à son père les conditions de son acceptation ( 1).

2. Le départ des ambassadeurs. Un ambassadeur agenouillé prend congé du roi Théodat assis sur un trône. Au milieu, un scribe écrit la réponse sous la dictée du grand chancelier.

3. Le retour des ambassadeurs. Le roi Agrippinus, assis sous un édifice octogonal, reçoit le chej de la mission agenouillé devant lui.

4. Le départ des fiancés. A gauche, le jeune prince Eterio s'incline devant son père. A droite, Ursule accueille Eterio qui sort d'une barque. Plus loin, les deux fiancés sont agenouillés devant les parents d'Ursule.

5. Le songe de sainte Ursule. La Sainte dort dans son lit. Un ange s'avance vers elle, portant la palme du martyre (2).

6. L'arrivée à Rome. Le pape Cyriaque, suivi de son clergé, s'avance vers sainte Ursule agenouillée devant lui avec son

fiancé. Au fond, le château Saint-Ange.

7. L'arrivée à Cologne. Une barque accoste la nef qui porte la Sainte, le Pape et les

(1) Charles Blanc dans V Histoire des peintres et Lafenestre dans la Peinture en Europe (volume de Venise et volume de Belgique) interprètent le ^este de la Sainte comme un refus appuyé sur de nombreux motifs. Mais c'est là une erreur, et qui ne peut venir que du fait de n'avoir pas lu les anciennes légendes. D'après toutes, la Sainte accepta, mais en posant des conditions.

(2) Par suite d'une erreur, cette toile n'occupe plus aujourd'hui sa véritable place. Elle est la 6* de la série.

cardinaux. Les vierges sont sur la seconde nef. A droite, le roi des Huns, vieillard couronné, et des soldats, aux portes de la ville de Cologne.

8. Le martyre et les funérailles. A gauche, au milieu d'une prairie, les soldats mettent à mort les vierges, le Pape et les cardinaux. Ursule est agenouillée devant un archer qui lance une flèche contre elle. A droite, la Sainte, morte, est étendue sur une civière portée par quatre évèques.

La première chose à dire de ces deux suites de peintures, c'est leur différence de taille.

Peintes sur une châsse en bois affectant la forme d'un édifice gothique, les peintures de Memlingsont de tout petits panneaux de om,5i de haut surom,3y de large. Les personnages y ont om,24 de hauteur. Aussi, ne perdent-elles pas grand'chose à la reproduction, étant à peine deux fois plus grandes que les photographies qu'on en vend.

Peintes sur toile, les peintures de Carpaccio sont d'immenses tableaux de plusieurs mètres de côté. Le plus grand, le 4e, a 6m,u sur 2m,yy. Le plus petit, le 2e, a 2m,79 sur 2,n,53. Quatre d'entre eux ont plus de 5 mètres de long. Les personnages dépassent un mètre de hauteur. Aussi les photographies, à plus forte raison les gravures, n'en donnent-elles qu'une faible idée.

La facture est en rapport avec la dimension. Peints à la loupe, avec la patiente minutie chère aux Primitifs, les panneaux de Memlingsont des miniatures à l'huile. Exécutées largement, avec plus de souci de l'ensemble que du détail, les toiles de Carpaccio sont comme une transposition de fresquiste dans la peinture de chevalet.

On aura remarqué que les deux artistes, faisant un choix différent d'épisodes, ne commencent pas leur récit au même endroit. Négligeant tout le début, Memling commence par le premier débarquement de la Sainte à Cologne. Pour lui, peintre d'intimité, l'ambassade d'Agrippin usetle départ d'Angleterre n'ontaucun

Phot. AnJerson.

Carpaccio. — VI. L'arrivée de sainte Ursule à Rome.

intérêt. Carpaccio n'a eu garde d'agir de même. Il est trop Vénitien pour ne pas voir tout le parti décoratif qu'on en peut tirer. Épris avant tout de faste et de pompeuses ordonnances, il nous détaille c.omplaisamment les épisodes de la réception des ambassadeurs, de leur renvoi et de leur retour; il y intercale l'entretien d'Ursule avec son père, et il y ajoute le départ d'Eterio et la rencontre des fiancés qui prennent ensuite congé de leurs parents: en tout six épisodes qu'ignore Memling.

Mais c'est à la mise en scène de ces ambassades solennelles surtout qu'il met tous ses soins. L'artiste a appliqué à la

cour anglaise les règles du cérémonial vénitien. La magnificence vénitienne ne se déployait jamais tant que dans ces réceptions solennelles où le doge, vêtu de brocart d'or, tenait à donner aux nobles étrangers admis en sa présence la plus haute idée de la richesse et de la puissance de Venise. Et c'est la vision de cette pompe inoubliable que l'artiste met sous nos veux. Dans les tableaux i et 2, nous sommes donc à Venise : ce sont ses splendides édifices et ses vestibules magnifiques que nous voyons, et l'eau des lagunes les baigne de toutes parts. Les ambassadeurs s'avancent en faisant les

LA LEGENDE DE SAINTE URSULE PAR MEMLING ET CARPACCIO

trois génuflexions de règle, une sur la porte, l'autre au milieu de la salle, la troisième sur l'estrade. Le secrétaire du Collège lit à haute voix la lettre apportée par eux, et le grand chancelier dicte la réponse. Pour les contemporains, l'impression d'actualisation devait être plus forte encore, caries portraits y sont nombreux : lesnobles seigneurs placésàgauche du i" tableau sont les Lorédan, bienfaiteurs de la Scuola di S. Orsola, pour kquelleavaient été primitivement peints les tableaux de Carpaccio, et le pape du 5e tableau est Alexandre VI, le célèbre Borgia.

Nous avons déjà noté chez Memling l'exactitude du panorama de Cologne qu'il connaissait. Le peintre flamand en a reproduit fidèlement les églises, entre autres la célèbre cathédraledont alors étaient seuls debout le chœur et une tour au sommet de laquelle était une crue

la Cologne de Carpaccio. Il s'est rattrape en peignant Rome dans le 6e tableau où il a pu à son tour être exact, contrairement à Memling : son château Saint-Ange atteste un amour de la vérité égal à celui du peintre flamand.

La grande différence entre les deux œuvres tient dans le caractère décoratif de l'une que l'autre ignore absolument.

Memling

Carpaccio.

juchée énorme

n'a rien omis, pas même la grue, et le clocher de Saint- Martin le Grand est encore tel dans ses panneaux que dans les photographies actuelles de la cité colonaise. Carpaccio, lui, a peint une Cologne de fantaisie. Il ne l'a cependant pas tirée de son cerveau. L'image qu'il en donne est emoruntéc aux gravures sur bois de Rcuwich, mais celles-ci représentent des vues de Rhodes et de Candie. Ce sont donc des tours de ces deux villes que nous retrouvons dans

Phoi. AnuciMin.

Page 1