VII. L'arrivée de sainte Ursule à Cologne
L'œuvre de Memling vaut par l'ingénuité du sentiment et la belle matière picturale aux reflets d'émail. On aura tout dit d'elle quand on aura noté avec Wauters que l'artiste s'y montre « béat, ingénu et charmant », et qu'on aura emprunté à Charles Blanc et à Montégut les épithètes de délicieux et d'exquis.
Encore faudra-t il tempérer leur admiration excessive par les dix lignes où Kro-
mentin , qui trouve l'œuvre enfantine en beaucoup d'endroits et d'un travail par trop mi nu tieux, déclare qu'elle passe à tort pour la meilleure du maître. Celuici a fait mieux, par exemple avec le Ma riage de sainte Catherine.
En véritable Italien de la Renaissance , qui connaît les grandes compositions murales des Primitifs et qui pressent les vastes ordonnances des maîtres du xvie s.
Carpaccio est.
avant tout un décorateur, et il ne conçoit lapeintureque décorative. Le tableau dechevalet , il le hausse à la hauteur de la fresque pour en orner les parois d'un palais. Titien et Véronèse sont en germe dans son œuvre .
Comme eux, et comme Michel-Ange, la
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LA LEGENDE DE SAINTE URSULE PAR MEMLING ET CARPACCIO
conception qu'il a de la peinture est une conception héroïque.
Le lecteur devine trop peut-être que mes préférences vont au peintre vénitien. Je me défends de les affirmer, ne m'en reconnaissant pas le droit en ce genre d'études où le rôle du critique est seulement de faire comprendre le caractère de l'œuvre d'art. Il faut bien avouer cependant que les grands Italiens étaient de plus rudes gaillards que les Flamands. Ceux-ci, même les plus géniaux, sont encore des hommes. Leurs œuvres nous remplissent d'admiration, mais nous les sentons faisables; elles ne dépassent pas la mesure des forces humaines. Ceux-là nous apparaissent tels que des géants et leurs œuvres nous écrasent. Un panneau, si parfait soit-il, et d'essence si rare qu'il apparaisse, ne suppose tout de même pas un cerveau aussi puissant que la décoration du plafond de la Sixtine. Et voilà pourquoi, après avoir admiré surtout les Flamands dans ma prime jeunesse, je leur préfère maintenant les Italiens. Rubens seul leur est comparable ; poète épique comme eux, il en a l'envergure et le souffle lyrique.
Carpaccio et Memling se rejoignent comme peintres religieux. Tous deux, en racontant une même légende, ont fait preuve d'une pureté de sentiment tout entière à louer.
Chez Memling surtout, ce caractère est frappant. C'est de la peinture chrétienne comme il y en a très peu. Toutes ces
jeunes femmes aux airs de saintes et aux beaux fronts honnêtes, qui, malgré leurs charmes, ont la candeur des anges, suggèrent à l'âme toutes les délicatesses adorables de la chasteté et de la pudeur; et à les voir aussi célestement inspirées, on se demande quelle grâce du ciel était descendue sur ce bourgeois de Bruges pour épurer ainsi son œil et lui ouvrir sur le monde des perspectives nouvelles que Van Eyck n'avait pas perçues. D'un génie très pur et d'un naturalisme très délicat, Memling se met par là aux antipodes du véridique Van Eyck. dont il se rapproche seulement par la beauté du travail et l'orfèvrerie picturale. Contrairement à lui, il est le moins flamand des artistes des Pays-Bas.
En dépit de son goût pour les magnificences extérieures, Carpaccio a su lui aussi faire œuvre de sentiment intense.
La chose est assez rare pour être notée, car les deux vont rarement ensemble.
Dans ces pages, faites d'abord pour plaire aux yeux, l'étalage d'un luxe tout royal n'a pas étouffé le sentiment chrétien, et c'est bien lui qui s'affirme avec une indéniable sincérité dans les panneaux où apparaissent la Sainte et ses compagnes, le Pape et son clergé en dépit de 1 a somptuosité des costumes. Quelque chose de la suavité de Fra Angelico et de la délicatesse de Memling a passé dans l'œuvre du peintre vénitien, l'empêchant d'être mondaine et la rendant chrétienne.
LES ROIS MAGES D'APRÈS LES ARTISTES
« Or, Jésus étant né à Bcthlehem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem disant : « Où est le roi des Juifs qui vient » de naître? Car nous avons vu son étoile » en Orient et nous sommes venus lui » rendre hommage. » Le roi Hérode, apprenant cela, fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Et ayant assemblé tous les chefs des prêtres et les scribes du peuple, il s'informa près d'eux où le Christ devait naître. Et ils lui dirent : « A Beth- » lchem de Judée, car voici ce qui a été