PORTAIL DE LA VIERGE A NOTRE-DAME DE PARIS (VERS I2IO
qu'une seule composition, sont d'une conception admirable. Architectoniquement, elles représentent, moins le trumeau dont il faut ici comme à Saint-Denis regretter la disparition, le programme
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définitif du portail imagé. Les vingt statues royales, qui en garnissent les piédroits, en sont la partie la plus intéressante. Ces statues-colonnes, resserrées dans les plis rigides de leurs robes, disent
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assez, par leur forme étroite et allongée, leur fonction architectonique, et elles nous montrent l'œuvre du sculpteur justement subordonnée à celle du maîtremaçon. Caryatides chrétiennes, on ne saurait mieux les comparer comme style qu'aux orantes archaïques de l'Acropole, drapées sévèrement comme elles de manteaux aux plis parallèles. C'est là d'ailleurs le caractère, assez curieux, de cette sculpture archaïque française, qu'elle a usé, d'instinct, des mêmes procédés que les Grecs du vie siècle avant Jésus-Christ. Et d'elle à la statuaire si aisée du xme siècle, la progression va s'accomplir d'après le même rythme que du vieux temple d'Athéna au Parthénon de Phidias, tant il est vrai que des lois constantes président à l'évolution de l'organisme vivant qu'est une école d'art.
Le portail royal est un premier essai de fixation du programme iconographique que nous verrons définitivement fixé tout à l'heure. Des trois portes, celle du milieu est consacrée, comme à Moissac, à la seconde vision apocalyptique de saint Jean. Le Christ, que l'on voit au milieu du tympan, cantonné des quatre animaux et entouré des vingt-quatre vieillards, est donc le Dieu assis que saint Jean a vu pareil à une pierre de jaspe et de sardoine; et cette gloire ovale, sur laquelle il se détache comme sur un camée gigantesque, est sans doute là pour traduire l'aspect de pierre précieuse que l'inspiré de Pathmos donne à sa vision (i). La porte de droite est consacrée à la Vierge, dont la statue occupe le tympan. Sur le linteau, on voit l'Annonciation, la Visitation, la Nativité, la Présentation, et dans les voussures les sept arts libéraux. La porte de gauche a, comme motifs iconiques, l'Ascension dans le tympan, les signes du zodiaque et les travaux des
(i) Voir dans l'article Images du Christ la reproduction de ce Christ. On trouvera dans ce même article le Christ juge du portail Sud de Chartres et le Beau Dieu du portail Occidental d'Amiens.
mois dans les voussures, les apôtres sur le linteau. Les trois portes ont, comme éléments communs : les statues royales, ancêtres du Christ, qui garnissent les piédroits, et la ligne des chapiteaux formant frise, où se déroule toute la vie du Christ, depuis la rencontre de Joachim et d'Anne jusqu'à la Résurrection. Cette belle page est bien, comme on le voit, une première ébauche de ces Sommes artistiques que le siècle suivant réalisera.
Si l'on veut bien remarquer que les apôtres du linteau de gauche rappellent étrangement par leur attitude les vieil lards apocalyptiques deMoissac, que le personnage sculpté sur la face du contrefort de gauche a les jambes croisées comme les statues de l'école toulousaine, et qu'enfin plusieurs apôtres du linteau central s'apparentent manifestement à ceux de Vézelay, on sera amené à conclure que les ateliers chartrains du milieu du xne siècle adoptèrent, en les modifiant, les traditions des ateliers bourguignons et languedociens.
Le portail royal de Notre-Dame de Chartres est le dernier en date des portails romans. La porte Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, de quinze ou vingt ans plus jeune, est le premier en date des portails gothiques (fig. 4).
On a longtemps, à la suite de Violletle-Duc, considéré la porte Sainte-Anne comme un débris de l'ancienne basilique romane bâtie par Etienne de Garlande (t 1142) et démolie à la fin du xne siècle pour faire place à la cathédrale actuelle, laquelle fut commencée par Maurice de Sully en n63. C'était la mettre bien avant le portail royal de Chartres, avant même le Saint-Denis de Suger, à une date qui nous apparaîtaujourd'hui impossible.
M. de Lasteyrie, le premier, a démontré qu'elle était simplement contemporaine des premiers travaux de Notre-Dame (1).
Maurice de Sully, lorsqu'il édifia le nou-
(1) Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile-de-France, 1902, t. XXIX..
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veau chœur en u63, se préoccupa du futur portail occidental : il fit donc sculpter, en prévision, le tympan où se voit son image avec celle du roi Louis VII à coté de la Vierge, le premier linteau, le trumeau et les statues des piédroits. Mais, demeurés une cinquantaine d'années sans utilisation, de 1170 à 1225 environ, ces éléments furent, alors seulement mis en place et complétés d'un second linteau et de voussures nouvelles dont l'arc ne correspondait pas à celui du tympan. De là le caractère hybride de cette œuvre et son agencement défectueux.
L'hypothèse de M. de Lasteyrie, prise in globo, est certaine. Depuis, M. Paul Vitry est venu la compléter de la façon suivante, qui achève de la rendre séduisante.
Les ateliers de Maurice de Sully, quand ils préparaient la future façade de la cathédrale dont le chœur était déjà debout, avaient reçu la commande, suivant le programme iconographique habituel, d'une porte consacrée à la Vierge et d'une autre, centrale celle-là, consacrée au Christ de l'Apocalypse. Ils sculptèrent donc pour la première la Vierge assise du tympan (1), le premier linteau, le saint Marcel du trumeau, les statues des piédroits ; pour la seconde, les vieillards de l'Apocalypse, l'Agneau divin, \eFils de l'homme tenant une épée à la bouche, qui se voient dans les voussures, et ce Christ Juge disparu dont parle Viollet-le-Duc(t. VIII, p. 260), qui le retrouva dans les fouilles du parvis. Plus tard, à l'époque de saint Louis, les plans du portail central ayant été changés, on utilisa pour la porte Sainte-Anne ces divers éléments (moins le Christ juge du tympan central) primitivement destinés à deux portes différentes, en les complétant par un second linteau et une voussure formée des rois de Juda. Mais cette porte latérale se trouvant moins large
(1) Voir dans l'article Vierges et Madones la reproduction de cette Vierge. On trouvera dans ce même article la Vierge du portail Nord de Paris et la Vierge dorée du portail Sud d'Amiens.
que la porte centrale prévue, il arriva que les cordons des voussures, trop rapprochés à leur base, se rejoignirent au sommet sans laisser la place nécessaire aux clés prévues. On dut donc remplacer ces dernières, aujourd'hui au Louvre, par des copies approximatives plus petites. Conclusion : la porte Sainte-Anne est une œuvre composite formée des fragments incomplets de deux ensembles différents que l'on a complétés un demi-siècle plus tard, au moment du montage (1).
En 1225, au moment où l'on achève de monter la porte Sainte-Anne, les architectes sont définitivement fixés sur ce que doit être le portail imagé. A ce moment, le portail de la Vierge et le portail central de Notre-Dame de Paris sont déjà en place; on commence les porches du transept de Notre-Dame de Chartres, et l'on se prépare à entreprendre les trois portails occidentaux de Notre-Dame d'Amiens (fig. 5, 6, 7). Pour ce membre en particulier comme pour la cathédrale entière, c'est 1 apogée, l'âge d'or. Le trumeau, dont nous regrettions tout à l'heure la disparition, est définitivement adopté, et l'on dispose sous les colonnes des piédroks un haut soubassement qui, au lieu de suivre les ressauts successifs des jambages, forme un ébrasement rectiligne pareil à celui des fenêtres.
Comme les maîtres d'oeuvre, les clercs eux aussi sont arrivés au terme de leurs recherches, et le programme iconographique élaboré par eux se trouve dès lors constitué.
Ce programme est tout simplement l'exposé entier de la foi chrétienne, que voici en quelques lignes : Dieu a créé le monde et l'homme. Par le péché d'Adam, la mort et le mal sont entrés dans le monde. Mais Dieu a envoyé sur terre son Fils unique né d'une Vierge pour le rachat de l'humanité. Ce Fils, fait homme, a été crucifié, mais il est ressuscité et il doit venir à la fin des temps pour juger
(1) Revue de l'Art chrétien, mars avril 1910.
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