‹ Pages d'art chrétien (volume 3)Chapitre 7 sur 44 · CRUCIFIX DE DONATELLO · texte numérisé non relu

CRUCIFIX DE DONATELLO

Citer des noms, ne serait-ce que les plus grands, passer en revue les œuvres, à ne prendre même a ne les plus marquantes, serait chose trop longue. Réduite à la question de la physionomie, cette étude, fastidieuse pour les habitués des musées et les collectionneurs de gravures, serait pour les autres un vain assemblage de mots.

Il faudrait dire comment le Christ est mystique chez van Eyck, Memling et l'Angelico ; tragique chez Albert

Durer, un peu fade chez Le Pérugin, apollonien chez Raphaël, olympien chez Jules Romain, dramatique chez Zurbaran et Morales, bel homme chez Rubens et le Véronèse*

J'attirerai seulement l'attention du lecteur sur deux Christs, celui de Michel-Ange à la chapelle Sixtine et celui de Rembrandt dans les « Pèlerins d'Emmaûs »

du Louvre : le premier, pour.souligner l'avortement d'une tentative faite en dehors de la tradition iconographique; le second, pour citer la belle page que lui a consacrée Fromentin.

Le Christ du célèbre jugement dernier est nettement antitraditionnel. Le fougueux novateur qu'était Michel-Ange, délaissant le type consacré par douze siècles d'art, lui a substitué une sorte d'éphèbe antique, à la puissante musculature. Presque nu, l'œil en feu, il menace d'un geste terrible les maudits qui tombent, grappes humaines. Ce Christ est surhumain; il n'est pas divin. Le païen y aurait reconnu l'un de ses dieux courroucés; le chrétien n'y reconnaît pas le sien. C'est une erreur du génie et qu'il faut d'abord imputer à l'époque ellemême, paganisée par un siècle d'humanisme. Quelqu'un a donc pu, sans trop

IMAGES DU CHRIST

d'injustice et d'exagération, définir ce Christ « un Hercule en colère qui envoie les', damnés à tous les diables en leur montrant le poing ».

Il est à remarquer que le geste est emprunté à la fresque d'Orcagna, au Campo Santo, et qu'il se retrouve ailleurs encore dans le moyen âge italien et français; mais au Campo Santo. comme ailleurs, le sens est tout autre. Ce n'est pas un geste de menace et d'irritation. Le Christ

J'avoue un faible pour Rembrandt et particulièrement pour le tableau cité tout

Page 1