EN CATALOGNE
FIG. 10 — AUTEL PAPAL d' AVIGNON (XIIe S.)
mentum Domini in similitudinem turris fuit scissum in petra.
Comme les pyxides, boîtes cylindriques en ivoire, les tours et les colombes eucharistiques sont, au fond, de primitifs ciboires, et leur place est plutôt dans le chapitre des vases employés à la consécration, à la conservation, à l'ostension des saintes Espèces : le calice, le ciboire, l'ostensoir. Nous n'en compliquerons pas l'histoire de l'autel.
Celui-ci, au ive siècle, est si intimement lié à la confession du martyr que, dès lors, l'habitude se répand de ne plus élever un autel sans la présence d'un corps saint. Et le culte des martyrs se généralisant, on remplace le tombeau par une sorte de coffre à reliques, coffre ajouré à travers lequel on peut voir, toucher même les restes du confesseur de la foi, et qui devient l'autel lui-même. Ainsi est fait l'autel de Saint-Alexandre, près Rome (fig. 3); l'extension de ce type amène l'abandon de l'autel-tombeau.
La substitution de la pierre au bois au
viesiècleamenaune grande variété de formes. On construisit alors des autels dont la table reposait ou sur une colonnette centrale (ex. autel d'Auriol, au musée de Marseille),ou sur quatre \ pilastres ornés de pampres (ex. autel de Baccano, en
HISTOIRE DE L AUTEL
Italie), ou sur cinq supports pris dans un monolithe évidé (ex. autel de Sainte- Marthe, à Tarascon), ou sur un large pilier rectangulaire (ex. autel de Saint- Marcel de Carreiret), ou sur deux dalles (ex. autel de Galla Placidia, à Ravenne, où les dalles sont deux lames d'albâtre). L'autel d'Auriol est la réplique des guéridons païens que l'on voit à Saint-Bertrand-de-Comminges; comme eux, il était adossé contre le mur, et sa table a la particularité d'être creusée en évier, avec
rebord saillant, usage qui ne disparut qu'au cours du xne siècle (^fig. 4, 5, 6).
Un type à part est l'autel-cippe. Les uns sont païens d'origine, les autres de fabrication chrétienne. Lorsque les fidèles utilisaient un cippe païen comme autel, ils posaient dessus une plaque de marbre. Le musée du Latran conserve trois cippes ainsi détournés de leur destination primitive; il en existe aussi plusieurs en France et en Espagne (fig. 7).
C'est l'art copte surtout qui nous a
FIG. 12 — AUTEL EN MARBRE GRAVÉ ET INCRUSTÉ DE SA1NT-GUILHEM, HÉRAULT (il 38)
conservé des cippes chrétiens : le musée du Caire en possède trois (fig. 8). A côté, on peut voir aussi une importante série de tables d'autel ornées, dont une des faces est arrondie, tandis que l'autre est à angles droits. Par elles, nous touchons aux autels portatifs longtemps en usage, et dont le plus ancien exemple certain est l'autel de Saint- Cuthbert (vne s.), conservé à la cathédrale de Durham.
Le bois et la pierre ne furent pas les seuls matériaux employés pour l'autel
dans l'antiquité chrétienne. Celle-ci a usé aussi des métaux.
De même que l'usage de célébrer sur la tombe des martyrs se réduisit pratiquement à enchâsser des reliques dans ou sous l'autel, on interpréta de même le décret d'Epaone dans ce sens qu'une dalle de pierre doit occuper le milieu de l'autel et que c'est sur cette pierre d'autel que le prêtre doit opérer la consécration du pain et du vin. Par suite, l'autel pouvait être en bois ou en métal : il suffisait qu'une
FIG. l3 — AUTEL DE SAINT-GERMER, OISE (XIIe S.)
pierre consacrée y fût enchâssée, formant table.
Par autels de métal, entendez seulement un revêtement métallique recouvrant une ossature de bois ou de pierre. x\insi étaient faits les sept autels en argent repoussé dont le Liber Pontificalis mentionne l'existence dans la basilique de Latran : l'autel d'or et d'argent de l'anciennebasiliquevaticane; l'autel d'or de la basilique sessorienne ; l'autel d'argent de la basilique des Saints- PierreetMarcellin; les deux autels d'or de Sainte- Sophie deConstantinople.
Toutcela a disparu.
Mais nous avons quelque chose d'analogue dans l'autel d'or de Saint- Ambroise de Milan, œuvre carolingienne du ixe siècle.
Il se compose de
quatre plaques en or repoussé, décoré de bas-reliefs et d'émaux quirecouvrentles quatre faces de l'auiel (fig. 2).
Ici prend fin l'antiquité chrétienne et l'histoire de ses autels.
Bois, pierre, métal, voilà la matière employée ; table, tombeau, coffre, guéridon, cippe, voilà la forme. Leur nombre s'étant multiplié, chaque église a maintenant, en dehors du maître-autel placé à l'entrée de l'abside, plusieurs autels secondaires dans les absidioles, les bas côtés, le transept.
L'autel de Milan, à peine postérieur à Charemagne, nous mène au seuil du
Phot. Lcrov.
F. G. 14 — AUTEL D OR DE LA CATHEDRALE DE BALE AU MUSÉE DE CLUNY (XIe S.)
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moyen âge français. L'art roman, à ses débuts, a continué les types précédents de tombeau, de simple cube et de table sur un ou plusieurs pieds, avec parfois une dalle comme fond : ex. autel de Vayson (fig. 9).
Quand le pied était unique, on lui donnait la forme d'un cippe massif sculpté sur ses quatre faces; il s'en est conservé un à la cathédrale d'Apt, qui porte une inscription du xie siècle. Pour constituer le tombeau, on utilisait souvent d'anciens sarcophages, parfois même des cuves antiques. (Voir, pour les exemples, le catalogue de la fin.)
Certaines modifications se produisent alors. Les confessions sont abandonnées, et à leur place on creuse une crypte sous l'autel. Le ciborium, d'un usage général jusque-là, commence, en Gaule, à tomber en désuétude, pendant que l'Italie seule en conserve la tradition. Les tables d'autel en forme de djmi-cercle, comme celles de Besançon et de Vienne, ou à surface creuse et bordure festonnée, comme celles de Sauvian et de Rodez, disparaissent pour faire place à des tables carrées, plates, plus grandes et ornées sur la tranche même d'une sculpture, Ainsi est faite la table de Saint-Sernin de Toulouse, et ce type sera général au xne siècle. Mais le programme de l'autel proprement dit reste le même, et si l'on en modifie légèrement l'aspect, on n'y ajoute pas de membre nouveau. Ce qu'il faut donc bien noter, c'est qu'alors, comme auparavant et jusqu'au xne siècle, l'autel n'était surchargé de rien. On le recouvrait d'une nappe ; on y posait le calice ; depuis l'époque carolingienne, on y plaçait la croix, et c'était tout. Les flambeaux étaient posés par terre de chaque côté.
Lorsque, avec le xne siècle, la sculpture commença de renaître, l'autel fut un des champs sur lequel elle s'exerça. On orna le devant de quatre pilastres surmontés d'une frise : ex. autel papal de Notre-Dame des Doms, à Avignon (fig. 10). On multiplia les supports jusqu'à la douzaine: ex. autel de Poblet, en Catalogne vfig. 1 1). On sculpta des colonnettes dans les angles: ex. autel de Salins, et l'on grava au trait des figures dans l'intervalle : ex. autel brisé de Notre-Dame de Beaune. Cette gravure s'accompagna d'incrustations de verres de couleur: ex. au:el de Saint- Guilhem (Hérault) (fig. 12). Mieux encore, on y sculpta le Christ et les apôtres: ex. autel d'Avenas (Rhône), et autel d'Airvault, en Poitou. Mais le plus souvent on fit de l'autel une masse cubique enserrée dans une série d'arcatures portées sur des colonnettes. Ainsi sont faits entre autres les autels de Saint-Germer (Oise) et de Saint- Martin-de-Londres (Hérault) (fig. i3).
Dans l'autel d'Apt, conçu d'après le même principe, des niches garnissent en outre l'intérieur des arcatures, et
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des trous de scellement font supposer qu'elles encadraient des statuettes de bronze.
Car cette première période de notre moyen âge a usé elle aussi des métaux. Elle a connu des autels d'or, témoin celui de Baie, au musée de Cluny (fig. 14) et celui plus ancien de Saint-Emmeran de Ratisbonne (ixe s.); des autels d'argent, par exemple celui d'Elne, fondu en 1721; des autels de cuivre émaillé, comme celui disparu au xvine siècle, de Grandmont, dans le diocèse de Limoges; même des autels d'ivoire, tel celui de Salerne.
Enfin, comme à l'époque constantinienne, on a utilisé parfois des monuments païens abandonnés, sans même prendre la peine toujours de faire disparaître les ornements et les inscriptions qui témoignaient de leur destination primitive. C'est ainsi que l'on peut voir à Apt, à Saint-Pantaléon de Vaucluse, à Vénasque, au musée d'Aix, à Ispagnac de Lozère des autels romans formés d'un cippe antique.
Un arrangement spécial aux églises abritant les restes d'un saint célèbre consista à adosser à l'autel le tombeau du Saint. A Bourg-Saint-Andéol, le sarcophage est simplement placé au-dessous de l'autel. Mais, dans les riches abbayes deSaint-DenisetdeSaint-Lazared'Autun, il le surplombait, formant en arrière une
FIG. l6 — AUTEL DE SAINT-DENIS (xille S, Restauré par Viollet-le-Duc.
châsse gigantesque du plus grandiose effet. On peut en juger d'après la reconstitution très vraisemblable qu'a essayée Violletle-Duc de celui de Saint-Denis dans son Dictionnaire d'architecture.
Mais la grande innovation du xue siècle a été le retable, qui eut sans doute pour origine l'habitude de poser les deux chandeliers sur l'autel pendant la célébration du Saint Sacrifice. Avec elle, nous entrons dans la période gothique.
Donc, au xne siècle, on imagina de construire en retrait sur l'autel un gradin bas, afin d'y poser la croix et les chandeliers. Bientôt, les artistes décorèrent de figures et d'ornements la paroi verticale de ce gradin et lui donnèrent une certaine importance. La physionomie ancienne de l'autel s'en trouva toute changée. C'est ce nouveau membre, appelé d'abord contretable, puis retable (de rétro tabula : en arrière de la table), qui forme la principale caractéristique de l'autel du moyen âge. Il est, dès son origine, un champ d'ornementation très intéressant.
Le plus ancien retable que nous possédions est celui de Carrières-Saint-Denis (Seine-et-Oise), bloc de pierre sculpté où se voit une Vierge-Mère assise entre deuxscènes figurant l'une l'Annonciation, l'autre le baptême du Christ. L'époque romane nous a laissé encore un retable en cuivre émaillé de Limoges, conservé au musée de Burgos, et un retable orfèvre, travail allemand, originaire de Coblentz,actuellementau trésor de Saint-Denis.
Le retable est la partie intéressante de l'autel gothique. Les retables du xme et du xive siècle français sont bas et simples. Au centre, un Christ ou une Vierge ; à droite et à gauche, des figurines représentant ou des scènes évangéliques ou la légende du Saint local; il n'en fallait pas
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davantage pour que les artistes de cette époque, discrets et mesurés comme des Athéniens, tirassent du programme indiqué les plus délicieuses variantes. Malheureusement, les œuvres de cette catégorie sont devenues rares. Si les autels en matière précieuse ont disparu pour la plupart, utilisés parla rapacitédes révolutionnaires, disparus aussi les beaux autels en simple pierre blanche qui n'avaient pourtant qu'une valeur d'art.
Ce qui leur a été funeste, c'a été l'incurie d'un clergéincompréhensif qui leur préféra, au xvme siècle, des œuvres nouvelles dans le goût du jour.
Le musée de Cluny,à Paris, possède encore quelques-uns de ces retables. Celui de la Sainte-Chapelle de Saint-Germer (i25g) est particulièrement à citer (fig. i5). Ce magnifique ouvrage, digne d'être comparé aux plus beaux morceaux de la sculpture grecque, est aujourd'hui
horriblement mutilé. On raconte que les têtes des figurines sculptées en ronde-bosse furent coupées en 1794, et que l'œuvre destructive fut achevée sous la Restauration. A cette époque le retable fut descendu de l'autel et déposé face contre terre dans le cimetière ou l'humidité du sol détériora les peintures et les applications d'or.
Devant cette disparition à peu près corn-
fig. r
plète de nos anciens monuments, c'est à la basilique de Saint-Denis qu'il faut aller, si l'on veut voir des autels gothiques entiers. Saint-Denis possédait autrefois les plus beaux autels. Edifiés sous saint Louis, ceux-ci sont, avec l'ancien autel d'Arras, l'autel de Saint-Germer et l'autel de la Sainte-Chapelle, ce que le moyen âge nous a laissé de plus parfait. Existant seulement à l'état de débris quand, sous Napoléon III, on en recueillit les restes pour les réunir, ce ne sont évidemment que des restaurations et des reconstitutions. Viollet-le-Duc a fait poureux ce qu'il a fait pour les portails de Notre-Dame de Paris ; il en a ressoudé les membres épars; il a pansé leurs blessures; il a comblé les vides en s'aidant de documents anciens. Dans son Dictionnaire d'architecture, il a repris cette réfection pour en donner une image complète.
Touten tenantcompte de cette partie nouvelle et personnelle, nous pouvons nous faire, grâce à cette résurrection, une idée du goût chrétien de cette époque, goûttrès pur]; qui, hélas I n'est plus le nôtre (fig. 16 et 17).
Aujourd'hui, vienne une fête, nos plus beaux retables disparaissent sous les vases et les candélabres. Cela s'appelle orner l'autel. Au moyen âge, on ne pensait pas qu'une telle prodigalité de fleurs et de lumières valût une disposition simple et d'un aspect monumental. L'autel restait lui-même aux jours de fête, et sans doute le faisait-on valoir autrement qu'en cachant ses émaux et ses statuettes avec des pots de géranium.
— AUTEL DES RELIQUES DE SAINT-DENIS D'après Viollet-le-Duc. (xme s.)
Aujourd'hui, nous pensons autrement parce que nous avons perdu depuis longtemps le goût des choses belles en matière d'art religieux. Le mauvaisgoût des sacristains a remplacé le haut goût des clercs du xiue siècle. Après Viollet-le-Duc et après Huysmans, on ne peut qu'anathématiser de pareils successeurs.
Comme le retable, la partie inférieure de l'autel a été l'objet, à l'époque gothique, de mille ingéniosités et les types en sont nombreux : forme cubique dérivée de l'ancien auel-tombeau (autel d'Avioth, Meuse), table portée sur des colonnettes ^autel de Vaucluse), dalles posées de champ et supportant une table (autel de la cathédrale de Coutances), massif de maçonnerie, précédé de colonnettes (autel de la cathédrale d'Arras), armoire-reliquaire dérivée de l'ancien autel-confession (autel de la cathédrale de Saint-Pol-de- Léon).
L'autel cubique du moyen âge dérive comme ornementation du sarcophage II lui a emprunté son système de bas-reliefs disposés ou sous des arcatures ou dans des compartiments entourant un médaillon central. Le type à arcatures avec ou sans colonnettes est le plus fréquent : on le rencontre jusqu'au xve siècle (autel de Longueville, Pas-de-Calais) (fig. 18 -et 19).
L'autel étant constitué liturgiquement
par la pierre consacrée, et la matière apparente n'étant qu'un simple revêtement, les gothiques n'ont pas craint d'employer, eux aussi, les matières les plus diverses; telles que le bronze doré (autel de Citta di Castello), le bois peint (autel de Munster en Westphalie), le cuivre repoussé (retable de Pistoie et autel du baptistère de Florence), les tissus de soie (parement de Narbonne au Louvre), le cuir travaillé (autel de Saint-Wulfran d'Abbeville), mais la pierre reste le matériau préféré. En France, en particulier, où nos imagiers sont si experts à la tailler, elle seule suffit, avec quelque rehauts de couleurs et des gaufrures où se mêlent les cabochons incrustés, à réaliser de véritables merveilles.
Très novateur, le xme siècle français a délaissé l'usage des cryptes placées sous le choeur et aussi, malgré l'exemple isolé de Saint-Martial de Limoges, celui du ciborium, pour de nouvelles combinaisons d'architecture. A la crypte, il a substitué l'autel à reliques placé en arrière du maître-autel, et il a remplacé le ciborium par l'exposition et la chapelle.
A Rome, à la même époque, s'élèvent les ciborium de Saint-Jean de Latran, de Saint-Paul hors les murs et de Siinte- Marie in Cosmédin (fig. 20).
L'autel des reliques de Saint-Denis nous offre un des premiers exemples
FIG. l8 — AUTEL D'AVIOTH, MEUSE (XIVe S.)
HISTOIRE DE L AUTEL
d'expositiongoihique. Derrière l'autel, l'artiste a disposé au niveau du retable une estrade pour le reliquaire. Un petit édicule soutenu par quatre colonnettes la surmonte. C'est l'exposition, telle qu'elle existe encore aujourd'hui au-dessus de nos tabernacles,abritant d'ordinaire la croix, et, pendant le salut du Saint Sacrement, l'ostensoir où se trouve l'Hostie. Elle n'a fait, de nos jours, que changer de place. On peut bien dire qu'elle est une réduction du ciborium et qu'elle en dérive (fig. 17). Un autel du même genre, dit de rétro, parce qu'il est placé derrière le maître-autel, existe à Longuyon (Meurthe-et-Moselle).
Il est formé de deux tables superposées.
L'auteur de la Sainte-Chapelle de Paris a imaginé une variante intéressante. Se servant du ciborium, qu'il a transformé en une sorte de porche et reculé, pour porter une plate-forme, il a dressé sur celle-ci un second autel et l'a abrité sous un édicule voûté; c'est la formule des deux autels superposés. Deux escaliers enfermés dans d'élégantes tourelles permettent d'aller du premier au second (fig. 21).
La chapelle est, elle aussi, une disposition inspirée des anciens ciborium. On désignait sous ce nom, au moyen âge, la clôture qui entourait l'autel, et qui était formée de colonnes de métal reliées par des tringles supportant des courtines de soie. Comme le ciborium, elle avait pour but d'encadrer l'autel, de le protéger, d'accuser le caractère sacré de cette place réservée. Très fréquente à l'époque gothique, elle est devenue une rareté. On la signale comme ayant existé à la cathédrale d'Arras (la vue nous eu a été conservée dans un tableau ancien), à Notre- Dame de Paris, à Notre-Dame d'Amiens, à Saint-Bénigne de Dijon, à la cathédrale
pages d'art chrétien (3° série)
&'-£'™M!ÏÏE!!!™
FIG. ig — AUTEL DE LA CATHÉDRALE D'ARRAS (xiHe S.]
de Thérouanne, à Notre-Dame de Saint- Orner, et, somme toute, dans la plupart de nos cathédrales.
L'autel étant ainsi aménagé, on peut se demander comment se résolvait la question de la Réserve eucharistique. D'ordinaire, la solution était indépendante de l'autel qui, lui, ne servait qu'au Saint Sacrifice. En France, depuis l'époque romane jusqu'au xvne siècle, la Réserve eucharistique a été le plus souvent déposée près de l'autel, dans un tabernacle isolé que l'on appelait cibolle ou reposiloire* Les exemples en sont nombreux, une trentaine environ. Ils se réduisent à deux types : le type placard et le type tourelle. Le tabernacle en forme de placard était creusé dans la muraille et une architecture décorative en accusait la présence.
On peut en voir un dans le déambulatoire de l'église de Vézelay (Yonne), qui est du xne siècle. Le tabernacle en forme de tourelle, plus répandu, pouvait être en pierre ou en bois, par suite une sorte de meuble ou un édicule bâti. La cathédrale de Grenoble, l'église de Semur (Côte-d'Or) et les églises Saint-Pierre et Saint-Jacques de Louvain possèdent encore de ces tabernacles de pierre; l'église de Senanque (Vaucluse), le musée de Cluny à Paris, en montrent de la seconde catégorie, en. bois (fig. 22 et 23).
Leur aménagement intérieur était assez compliqué. Les saintes Hosties étaient
placées dans un vaisseau d'or, celui-ci i torium sive cy boire gallice quod super
renfermé entre deux écuelles d'albâtre, et celles-ci enfin recouvertes d'une touaille de soie.
Concurremment avec les tourelles et les placards, le moyen âge a cependant connu les colombes eucharistiques suspendues au-dessus de l'autel. Mais le mécanisme auquel on les adapta diffère de celui dont on usait précédemment avec les ciborium. A ce moment, en effet, le ciborium étanttombé en désuétude, on dressa derrière l'autel une sorte de hampe terminée par une crosse de métal, et on y fixa la poulie à laquelle était suspenduelacolombe. Exactement à la poulie pendait un plateau soutenu par des chaînettes ; une couronne crénelée entourait le plateau, et une sorte de tente, en étoffe précieuse, appelée censen ier, enveloppait le tout. C'est à l'intérieur de ce frê'e abri que se trouvait la colombe.
Cette disposition a disparu • de partout, mais elle figure sur plusieurs gravures du xv;e et du xvn* siècle, sur un tableau ancien reproduisant la vue de l'autel d'Arras, et il nous en reste des débris, crosses ou colombes, conservés dans différents trésors et collections (fig. 24). Plusieurs textes aussi en font mention. Ainsi, l'inventaire des reliques de la Sainte-Chapelle en 1376 mentionne : item quodam reposi-