FIG. 36 — AUTEL DE SAINT-NICOLAS DES CHAMPS A PARIS
de rayons, ou bien encore couvert d'un bas-relief représentant, par exemple, l'ensevelissement du Christ. L'arrangement actuel d'un premier gradin et d'un petit retable pour supporter les chandeliers et, hélas! les pots de fleurs, se fixe à ce moment de façon définitive. Seul le tabernacle est quelquefois l'objet d'une attention spéciale de la part de l'artiste qui s'en tire alors avec honneur, mais le plus souvent tout cela est sacrifié.
Il est un motif qui a été, au xvme siècle et depuis, souvent employé pour les autels :
c ' est celui de la gloire rayonnant autourd'un triangle où se lit le nom divin en caractères hébraïques. On le trouve notam ment à la chapelle du palais de Versailles où il fait bien, encadré par l'arcade du fond , et à Notre-Dame d'Amiens où il fait mal. De ce motif- là encore nous sommes redevables au Bernin, qui Ta imaginé pour apothéoser la chaire de saint Pierre et terminer l'abside de la basilique Vaticane.
Tout le monde connaît, au moins par la photographie, celte gloire du Bernin à Saint- Pierre de Rome : énorme et tapageuse machinede3omètres de haut, faite de nuages blancs et de rayons dorés parmi lesquels voltigent des^chérubins.
L'artiste a très habilement pour sa composition utilisé la fenêtre du fond dont il a fait une auréole centrale où rayonne la colombe emblématique. Invention de décorateur, il ne faut pas trop la juger en architecte pour ne pas en voir l'illogisme. Mais très décorative, en harmonie avec cet immense vaisseau qui réclamait une terminaison gigantesque, elle est bien à cette place ce qu'il fallait. Son
HISTOIRE DE L AUTEL
vrai défaut est dans son caractère même, qui en fait un décor de théâtre plutôt que d'église. Et ceux qui l'admirent sans réserve permettront bien aux autres de rêver pour les autels d'un arrangement moins bruyant et plus religieux.
L'autel de la chapelle royale de Versailles a été élevé en 17 10 par Van Clève. En plus de la gloire berninesque, on y retrouve la tradition du même artiste
sous forme de deux anges adorateurs agenouillés à droite et à gauche du tabernacle. A Saint-Antoine, dans l'Isère, l'artiste, Mimerai, a disposé son architecture en une sorte d'ceil-de-bœuf et y a suspendu la colombe divine : c'est encore là une adaptation du motif central de la chaire de saint Pierre.
Comme on le voit, l'influence du Bernin sur les artistes français a été considé-
Phot. B. P.