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FRA ANGELICO ET LA CHAPELLE DE NICOLAS V

Il est au second étage du Vatican, derrière la muraille où tourbillonne la Bataille de Constantin, tout de suite après la salle dei Chiaroscuri, une chambre paisible qu'illuminent discrètement des fresques exquises de Fra Angelico. Elle porte le nom de chapelle de Nicolas V, mais, en réalité, c'est son ancien cabinet de travail transformé plus tard en oratoire. Au xvi« siècle, son exiguïté la sauva de la ruine. Grégoire XIII la fit même restaurer. Mais bientôt la Sixtine fut cause qu'on délaissa l'humble chapelle et l'on finit par l'oublier. Si l'on n'en mura pas la porte, on dut au moins la fermer si bien que personne ne l'ouvrit plus. Et quand, deux cents ans plus tard, quelqu'un, après avoir lu Vasari, la retrouva, ce fut une découverte. iVÎ^ais des préjugés tenaces jetèrent encore sur elle le voile de l'oubli. Au début du xix« siècle, l'entrée en était encore fermée aux jeunes artistes par le conservateur du musée pontifical, Agricola, qui craignait pour leur bon goût naissant s'ils venaient à regarder ces exemples tentants de peinture d'âme, et Montalem'bert s'indignait magnifiquement. Aujourd'hui, enfin, maîtres et élèves pénètrent dans ce sanctuaire d'art, aussi librement que dans une église, et en se recueillant. La peur du danger a disparu et on ose l'admirer.

C'est en 1448, probablement, que l'artiste dominicain, aidé de Bonozzo Gozzoli, son élève, et de quelques autres, commença de peindre le studio du pape Nicolas V, élu l'année précédente. Fra Angelico avait alors dépassé la soixantaine, et il abordait pour la première fois la grande peinture d'histoire. Jusque-là, il n'avait peint que des tableaux religieux, triptyques, retables d'autels, prédelles, portes d'armoires d'église, reliquaires, et n'avait abordé la fresque que pour esquisser sur les murs de son couvent de Florence les douces rêveries de son àme mystique. Le nouveau travail demandait plus de science et supposait une tout autre envergure. N'allait-il pas s'avouer inférieur aux grands décorateurs qui l'avaient précédé et trahir par des défaillances de la main ou de l'esprit son âge déjà avancé? Eh bien non. Ces peintures sont étonnamment jeunes, d'une fraîcheur de sentiment et d'une fermeté d'exécution que l'artiste n'a jamais dépassées. 11 s'y affirme dans le plein épanouissement de son talent. C'est, avec les Prophètes d'Orviéto, son œuvre la plus parfaite, quelque chose comme son testament artistique, et certaines de ces fresques supportent la comparaison avec celles des plus grands maîtres. Elles permettent de porter sur Fra Angelico un jugement définitif et de dire ce.qu'il eût été à une époque plus savante.

D'après elles aussi, il est possible de deviner ce qu'aurait pu être la Renaissance si, au lieu de dévier entre les mains de techniciens orgueilleux de leur savoir, elle avait eu des interprètes épris du même idéal.

La chapelle de Nicolas V est une pièce rectangulaire, voûtée, éclairée d'un côté par un vitrail, et d'environ sept mètres sur cinq.

11 s'agissait de décorer les trois parois, dont rien ne vient interrompre la surface, si ce n'est la porte d'entrée et une fenestrelle grillée, qui donnent, la première sur la chambre de Jules II, la seconde sur la salle dei Chiaroscuri.

Le parti adopté par Fra Angelico est le suivant: deux bandes superposées, dont l'une, celle d'en haut, contient six épisodes de la vie de saint Etienne, et l'autre, celle d'en bas, reproduit six scènes de la vie de saint Laurent; aux quatre coins de la salle, des pilastres qui rétablissent le carré en rendant les parois égales, et là, abrités sous des baldaquins gothiques, les huit Docteurs de l'Église, saint Léon et saint Grégoire, saint Ambroise et saint Augustin, saint Chrysostome et saint Athanase, saint Thomas et saint Bonaventure; à la voûte, dans un ciel bleu d'outremer parsemé d'étoiles d'or, les quatre évangélistes, saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean; enfin une décoration ornementale à l'aspect de tenture formant un soubassement dans lequel s'ouvrent la porte et la fenêtre.

L'ingénieuse disposition des deux rangées parallèles consacrées à raconter la vie des deux diacres martyrs de la primitive Église unissait dans une glorification commune les deux saints dont on se plaisait à joindre les noms depuis qu'un même

FIG. 302 I. SAINT ETIENNE ORDONNÉ PAR SAINT PIERRE — 2. SAINT ETIENNE DISTRIBUANT DES AUMÔNES

LA PEINTURE RELIGIEUSE

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