AVEC INDICATION DES POUSSÉES
métrie des plans en élévation sont à expliquer de même. Il faut les regarder aussi comme des subtilités architecturales. En elle est le secret de ce charme indéfinissable que présentent les vieilles constructions du moyen âge et qu'on cherche vainement dans les pastiches du xix^ siècle. Ainsi faisaient les Grecs quand ils renflaient les colonnes, courbaient les architraves et donnaient aux temples un plan pyramidal.
Hélas 1 il va bien falloir déchanter, car tout dans cette thèse étrange est pure imagination, sauf le phénomène qu'il s'agit d'expliquer.
Il est un raisonnement qui s'impose : si cet évasement des nefs est dû à un jeu de la maçonnerie sous une poussée des voûtes qui aura fait fléchir les murs, cela doit se voir à la voûte. Il est impossible, en effet, qu'une nef comme celle de Reims ou d'Amiens s'évase de o",5o sans que les joints des claveaux éclatent et que les arcs se disloquent. Si, au contraire, cette inclinaison est primitive, on ne doit voir aucun trouble dans la maçonnerie des hautes voûtes et aucune déformation dans le tracé des arcs. Or, ces traces de tassement et de fléchissement ont été constatées, à Amiens, par M. Durand et par M. Enlart, qui, tous deux, ont procédé au plus minutieux examen dans le but de vérifier les assertions de M. Goodyear. Le directeur du musée du Trocadéro a bien voulu nous communiquer le résultat de cette enquête, et voici, en définitive, l'explication qui en résulte.
Sous la poussée des hautes voûtes insuffisamment maintenues par les arcs-boutants, le sommet des piles s'est déversé à l'extérieur pendant que le bas tendait à rentrer sous la poussée des voûtes des bas côtés. Il s'est donc produit un bouclement. La voûte s'est tassée, les arcs-boutants se sont légèrement renversés, et toute la maçonnerie des murs s'est inclinée au dehors. En un mot, toute l'armature a joué, mais, grâce à l'élasticité du système gothique, ce fléchissement général s'est arrêté et une stabilité nouvelle s'est faite en dépit de la rupture des anciens aplombs (fig. 70).
Voilà qui prouve l'excellence de ces constructions. Tout de même, si elles ont ainsi fléchi, ne serait-ce pas la preuve que leur système, en dépit de son extrême perfection, porte en soi un germe de mort? Et cela ne donne-t-il pas raison aux architectes méridionaux qui, dans leurs églises gothiques, se refusèrent à user de l'arc-boutant, poussés qu'ils étaient par leur tradition à se défier de ce système d'équilibre inquiétant? Mais ceci demande toute une étude, et ce sera la suivante.
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