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KIG. 4 — PHASES DE LA TAILLE D UNE BASE

LA PREPARATION ROMANE

Sur un même monument, Notre-Dame du Port, à Clermont-Ferrand, on peut voir les tailles les plus variées: tailles verticales, tailles croisées, tailles en épi, tailles en losange formant damier (i).

A la Madeleine de Vézelay, dans la nef romane (1120), le large ciseau a creusé de régulières rainures, tandis que, dans le chœur gothique (1190), la bretture se devine au granité produit par la morsure de ses dents. Dans ce dernier, l'exécution est merveilleuse. A cette date, chez nous, la taille est devenue parfaite.

La tradition du ravalement s'étant perdue, on l'exécute avant la pose, et en grande partie dans la carrière même pour diminuer les difficultés du transport.

De cet humble travail du journalier, il nous reste encore des traces sur nos vieilles murailles romanes. A Vézelay, elles sont innombrables, et j'en ai relevé quelquesunes (fig. 5). Marques de tâcherons, ces signes lapidaires sont si apparents après huit siècles, qu'il faut bien supposer qu'on comptait sur la décoration pour les effacer. Mis là en vue de la paye quotidienne, ils disent la part de chacun des membres du chantier. Peut-être servaient-ils aussi de guide à l'appareilleur. Aujourd'hui, ils peuvent être d'un secours précieux à l'archéologue pour fixer l'âge d'un mur.

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FIG. 5 — MARQUES DE TAILLEURS DE PIERRE DANS LA NEF DE VÉZELAY (ii2o. Relevé de l'auteur.)

Mais ce beau métier, limitrophe de l'art du sculpteur, ne constitue pas, à lui seul, la stéréotomie. Il a pour guide et pour soutien la science géométrique du maître d'œuvre. C'est donc celle-ci qu'il faut considérer maintenant, et pour en deviner les progrès aux xi^ et xii^ siècles, le mieux est d'étudier un de ces cours où s'instruisent à l'école nos élèves architectes (2).

Après quelques notions de géométrie plane et de géométrie descriptive, dont la principale vise les pénétrations de solides (sphères, pyramides, cylindres), dont un autre montre comment on développe les différentes surfaces d'un corps, on étudie ce qu'il y a de plus simple, l'appareil d'un mur. Dans celui-ci, s'il est troué d'une porte, la plate-bande seule offrira une difficulté qui variera suivant que le mur sera à plomb ou en talus. Avec une tour ronde, la difficulté augmentera encore. Vaincue, l'élève pourra alors passer au tracé des arcs : arc en plein cintre dans un mur à plomb, dans un mur en talus, dans un mur inégal d'épaisseur, sur l'angle de deux murs. Les différents arcs sont soumis aux quatre hypothèses. Après quoi, une voûte appareillée devient possible à l'architecte. Les voici par ordre, avec leurs problèmes particuliers qui s'éclairent l'un .l'autre : voûte plate, voûte sphérique, voûte

(i) VioLLET-LE-Duc, Dictionnuire d'architecture, article « Taille», t. IX, p. 4.

(2) Traité pratique de stéréotomie, par Louis Monduit. Recueil de planches sans texte.

elliptique, voûte en arc de cloître, voûte biaise, voûte annulaire, voûte rampante. La voûte d'arêtes et la voûte sur croisée d'ogives forment un chapitre à part. Œil de bœuf elliptique, niche sphérique, trompe conique, trompe cylindrique, pendentif de coupole, autant de points à élucider. Une question qui intéresse toutes les voûtes est celle des pénétrations: on étudie donc les deux cas qui peuvent se présenter: deux voûtes ou un arc et une voûte se pénétrant. Après les arrière-voussures dites de Montpellier, de Marseille, de Saint-Antoine, après encore les limons d'escaliers et les perrons, la vis Saint-Gilles termine le cours. On la suppose tour à tour sur plan carré ou sur plan circulaire, à noyau plein ou à noyau vide. L'élève, rompu à toute cette géométrie, peut alors résoudre seul les difficultés de la construction qu'il aura conçue et en dessiner les épures; car le tracé de la vis Saint-Gilles, c'est-à-dire de sa clé, de ses voussoirs, de son noyau en spirale et de son mur d'échiffre, où les marches viennent s'emmancher, constitue le dernier mot de l'art.

A eux seuls, les monuments, où se révèle la hardiesse croissante de nos vieux architectes, nous disent qu'il passèrent lentement, en deux siècles, par les différentes phases qu'un élève traverse aujourd'hui en deux ans sans difficulté. L'exposé d'un cours se trouve être ainsi l'histoire même de leurs tâtonnements.

Dans nos traités modernes, ce terme de vis Saint-Gilles est un mot générique, désignant une construction idéale, de forme variable, réalisée différemment en de nombreux endroits. Mais celle-ci tire son type comme son nom du plus ancien exemple qui en existe: la vis de Saint-Gilles, dans le Gard.

L'église de Saint-Gilles, commencée en 1116, appartient, en réalité, à la seconde moitié du xii* siècle. Démolie en i562 par les protestants, elle n'offre plus à la vue qu'un amas de ruines au-devant desquelles s'ouvre un admirable portail. Au milieu, et utilisant la base des piliers anciens, s'élève une église moderne, sans caractère, d'un faux gothique qui date de i655. Celle-ci n'occupe, d'ailleurs, que l'ancienne nef. Derrière, et séparé d'elle par une rue, l'ancien chœur, bordé d'une grille, forme un musée en plein air. Des pans de murailles l'encadrent, au haut desquelles s'élancent des naissances de voûte et des départs d'arêtier. Une rosace ébréchée bée au milieu. Là, dans le mur de gauche, un escalier en hélice, auquel on accède par un escabeau, car l'ouverture s'ouvre à un mètre du sol, déroule sa spirale. C'est la fameuse vis de Saint-Gilles (fig. 6).

Objet d'un pèlerinage traditionnel de la part des anciens « compagnons », qui se seraient crus d'imparfaits ouvriers s'ils n'avaient pénétré le mystère de sa taille, le célèbre escalier roman est un chef-d'œuvre de coupe de pierre. Mais son mérite exceptionnel lui vient de sa voûte, non de ses marches. La vis de Saint-Gilles est, en effet, une sorte de voûte annulaire disposée pour soutenir les marches d'un escalier tournant autour d'un noyau bâti. Exécutée en pierre d'appareil, cette voûte passe à bon droit pour un tour de force. Son trait est un des plus difficiles qui soient, parce que, disent les techniciens, « toutes les surfaces des voussures sont gauches et les arêtes à double courbure ». Mieux que des mots, les graphiques de la figure 6 diront au lecteur sa difficulté. Un homme de l'art ne peut qu'admirer le tracé compliqué de cette clé tordue et de ces claveaux contournés, qui, en se répétant, finissent par constituer la spirale voûtée.

Plus tard, on fera plus simple, et dans les vis gothiques, les marches elles-mêmes

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