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FIG. 184 — MAÎTRE-AUTEL DE NOTRE-DAME DE FOURVIÈRE

angles, s'enlève bien au milieu comme le centre de toute la composition. Pour l'encadrer dignement, on est revenu à l'antique tradition du ciborium qui ici n'a pas été une simple fantaisie d'archéologue. L'architecte y a été conduit parla nécessité de donner un fond à l'autel et à la Vierge qui sans cela eussent été à contre-jour et tués par la lumière du vitrail. En définitive, nous avons là une très belle chose, harmonieusement conçue, à laquelle on reprochera seulement un abus de richesse, une certaine monotonie dans la décoration végétale réduite aux seules palmettes, un défaut d'échelle dans le socle de la Vierge dont on ne s'explique pas les deux anses en forme d'S qui sont un petit motif arbitrairement agrandi, et le manque de terminaison du tabernacle qui apparaît comme brusquement tronqué.

11 existe des autels plus originaux que ceux de Fourvière et du Sacré-Cœur de Montmartre, par exemple celui d'A. de Baudot en ciment armé, décoré de pastilles

FIG. l35 AUTEL DE NOTRE-DAME DE SALUT A PARIS

de grès, à Saint- Jean de Montmartre; celui que montrait la section belge à l'exposition d'art chrétien de 1911; et celui en grès Muller, de la maison Poussielgue à l'Exposition de 1900. Le premier, d'un grand caractère, peut être loué, encore qu'il rebute un peu par la rudesse des matériaux. Le second, avec son unique gradin disposé en pente, ne tient aucun compte des nécessités liturgiques; et le troisième, qui relève plutôt de l'art des jardins, est une erreur. Et cela nous amène à dire, comme réflexion finale, qu'il faut en ces matières innover avec discrétion.

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Le programme de l'autel est aujourd'hui fixé. C'est une table, un gradin, un retable, un tabernacle et une exposition. Il s'agit de tirer de ces six éléments une œuvre intéressante 1 1). Chacun d'eux peut être renouvelé : aucun ne doit être supprimé. Ce n'est pas en changeant la silhouette admise, en bousculant toutes les habitudes du culte, qu'on fera œuvre saine. En gardant l'une et en respectant les autres, il reste encore assez de marge pour que la personnalité de l'artiste puisse se donner libre cours. Quelques autels sont là qui le prouvent. Ceux-là sont d'une bonne modernité, et la modernité est la condition première de tout art, mais l'esprit d'innovation outrancière qui coupe toutes les racines le rattachant au passé, et d'où lui pourrait venir quelque sève, n'est plus que du modernisme.

La liste des autels récents offrant quelque intérêt est assez courte, et la liste des autels anciens, ayant une importance historique, a été fort réduite par les déprédations. Je donne ici, pour terminer, celle que j'ai dû en dresser comme préparation à cette étude. On y retrouvera fondus ensemble les exemples cités par Dom Leclercq pour l'antiquité, par C. Enlart pour le moyen âge, par P. Lafond pour l'Espagne, par le catalogue des Monuments Historiques pour la Renaissance, le xvii* et le .\vni« siècles, et une trentaine d'autres que j'ai pu y ajouter. Telle quelle, elle est de nature à intéresser le lecteur français, pour lequel surtout elle a été faite; car l'étranger peu connu y est réduit aux monuments célèbres.

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