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FIG. I2Q — AUTEL DE LA MADELEINE A PARIS (184O

LA FLORAISON GOTHiaUE

FIG. l30 — AUTEL DE l'ÉGLISE DE LA LOUVESC (aRDÈCHe), PAR BOSSAN

tabernacle est quelquefois l'objet d'une attention spéciale de la part de l'artiste qut s'en tire alors avec honneur, mais le plus souvent tout cela est sacrifié. .

n est un motif qui a été, au xviii^ siècle et depuis, souvent employé pour les autels : c'est celui de la gloire rayonnant autour d'un triangle où se lit le nom divin en caractères hébraïques. On le trouve notamment à la chapelle du palais de Versailles où

FIO. l3l — MAÎTRE-AUTEL DE l'ÉGLISE DU ROSAIRE A LOURDES

il fait bien, encadré par l'arcade du fond, et à Notre-Dame d'Amiens où il fait mal. De ce motif-là encore nous sommes redevables à Bernin, qui l'a imaginé pour apothéoser la chaire de saint Pierre et terminer l'abside de la basilique Vaticane.

Tout le monde connaît, au moins par la photographie, cette gloire de Bernin à Saint-Pierre de Rome, haute de 3o mètres, faite de nuages blancs et de rayons dorés parmi lesquels voltigent des chérubins.

L'artiste a très habilement utilisé la fenêtre du fond dont il a fait une auréole

FIG. l32 MAÎTRE-AUTEL DE LA BASILIQUE DU SACRÉ-CŒUR A MONTMARTRE

centrale où rayonne la colombe emblématique. Invention de décorateur, il ne laut pas la juger en architecte si l'on ne veut pas en voir l'illogisme. Mais très décorative, en harmonie avec cet immense vaisseau qui réclamait une terminaison gigantesque, elle est à cette place ce qu'il fallait. Son défaut est dans son caractère même, quien fait un décor de théâtre plutôt que d'église. Et ceux qui l'admirent sans réserve permettront bien aux autres de rêver pour les autels d'un arrangement moins

bruyant.

L'autel de la chapelle royale de Versailles a été élevé en 1710 par Van Cleve. tn plus de la gloire berninesque, on y retrouve la tradition du même artiste sous forme de deux anges adorateurs agenouillés à droite et à gauche du tabernacle. A Saint- Antoine, dans l'Isère, Mimerai a disposé son architecture autour d'un œil-de-

bœuf et y a suspendu la colombe divine: c'est encore là une adaptation du motif central de la chaire de saint Pierre.

Comme on le voit, l'influence de Bernin sur les artistes français a été considérable. En plein xix« siècle, des œuvres comme l'autel de la Madeleine par Marochetti, en 1840, et le baldaquin du dôme des Invalides par Visconti, en i85i, en sont encore le prolongement (fig. 129).

Le mouvement néo-gothique d'origine romantique qui s'est produit au milieu du XIX* siècle, et dont Viollet-le-Duc a été le porte-parole, nous a valu une longue suite d'autels moyenâgeux. Ceux de Viollet-le-Duc, à Notre-Dame de Paris et à l'église paroissiale de Saint-Denis, sont très beaux de forme: leur absence d'intérêt vient de ce qu'ils sont la reprise ou la reconstitution de modèles anciens, donc travaux d'archéologue plutôt que d'artiste. Mais les architectes venus après lui, et que son exemple a entraînés à gothiciser, n'avaient pas son sens aigu des formes anciennes. Aussi leurs œuvres sont-elles d'une grande pauvreté. Elles ont abouti à cette collection commerciale de modèles romans, gothiques, byzantins (car il en faut pour tous les styles), qui se vendent chez les fabricants du quartier Saint- Sulpice. Les autels pseudo-gothiques sont grêles, sous prétexte d'élancement; les autels simili-romans sont lourds sous couleur de robustesse: les autels prétendus byzantins sont barbares à force de vouloir paraître orientaux. Tous manquent au juste des qualités mêmes de ces styles anciens qu'ils prétendent imiter et dont ils ne continuent que les défauts à l'aide de quelques formules mal apprises. Les maîtres d'autrefois, s'ils revenaient, les renieraient. Nos églises en regorgent. Ils sont légion : ils ne comptent pas.

C'est dans les grandes basiliques, comme Notre-Dame de Fourvière, le Rosaire de Lourdes, le Sacré-Cœur de Montmartre, ou dans certaines églises privilégiées, comme Saint-François Régis de la Louvesc, Sainte-Clotilde de Reims, Notre-Dame d'Auteuil à Paris, ou encore dans quelques chapelles de communautés, comme Notre-Dame de Salut, à Paris, qu'il faut aller pour trouver une œuvre d'art intéressante (fig. i3o, i3i, i32, i33, 134, i35).

L'autel de Notre-Dame de Lourdes n'a pas l'importance à laquelle on se serait attendu pour une pareille basilique. Travail d'orfèvre fait plutôt pour une chapelle, c'est un joli autel dont le caractère contraste singulièrement avec les formes amples, un peu écrasées, de cette rotonde.

Contrairement à l'architecte du Rosaire, M. Magne a su faire de l'autel du Sacré- Cœur de Montmartre la masse imposante qui convenait à cette abside romanobyzantine. Mérite plus grand encore, il a, délaissant toutes les superfétations anciennes et n'ayant pas même recours au ciborium, tiré de l'autel proprement dit, réduit à ses parties essentielles, telles que les a fixés le siècle dernier, une œuvre monumentale, belle dans ses détails, mais qui pèche comme composition. Le tabernacle comprend deux parties, la porte et le calvaire, qui ne se relient pas ensemble. La bande qui les encadre tous deux leur donne en outre l'aspect d'une petite chose agrandie. Le calvaire paraît tout d'abord n'être que la décoration de la porte et la vraie porte, logée au-dessous entre deux pilastres, semble un morceau adventice qui ne se rattache à rien. L'auteur aurait pu se rappeler avec profit le parti des architectes du xvii« siècle,

FIG. l33 — MAÎTRE-AUTEL ET CIBORIUM DE NOTRE-DAME DE FOURVIÈRE

qui, dans ce cas d'autel monumental, mettaient sur la même ligne la porte du tabernacle et le premier gradin, prenant celle-ci dans la hauteur de celui-là, puis constituaient un second étage avec le retable et le dessus du tabernacle. Exemple : Saint-Jean de Troyes. Chaque partie de l'autel de Montmartre est admirable : l'ensemble est défectueux. Mal agencé, le tabernacle ne se rattache pas non plus à l'expo-

sition, et le tombeau, petitement décoré, que rien ne met en valeur, disparait. Il y a là un défaut d'échelle et un manque de liaison entre les parties qui empêchent l'œil d'être satisfait.

Ces défauts ont été évités dans le merveilleux autel de Fourvière pour lequel il convient de rappeler le nom glorieux de Bossan, bien qu'il soit surtout l'œuvre de son successeur, M. Sainte-Marie Perrin. Quatre anges cariatides de grande taille font valoir le tombeau où Adam et Eve s'agenouillent auprès de la Cofédemptrlce; des anges adorateurs, dans l'attitude du vol, garnissent les dix panneaux ovales du retable, et le tabernacle, précieusement décoré de deux palmier? qui en maintiennent les

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