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FIG. 219 — VIERGE DE PORTEL

nier; mais, à défaut de la Vierge de Boubon qu'elle reproduit à peu près exactement, j'en donne quand même la photographie, parce que l'image en est aussi instructive pour le lecteur que celle de la Vierge authentique prise comme modèle par le faussaire (f]g. 220 et 221).

Le travail de M. l'abbé Clément et un article où j'avais réuni quelques remarques sur ces Madones étant tombés sous les yeux de M. l'abbé Sarrète, qui possède dans son église de Palau-del-Vidre (Pyrénées-Orientales) une Vierge de ce type, ce dernier entreprit une nouvelle étude d'ensemble, afin d'y faire figurer

Phot. Tebon.

FIG. 220 — VIERGE OUVRANTE DU TYPE DE LA TRINITÉ (A fermée; B ouverte. Bois, musée de Cluny, xiv siècle.)

l'exemple ignoré qu'il avait sous les yeux. Son livre représente une contribution personnelle qui augmente sensiblement la première liste et renouvelle un peu la question (i).

Une première partie traite des Vierges ouvertes. Entendez par là des images habituellement peintes, rarement des statues, au dedans desquelles l'artiste, par un

(i) J. Sarrète, Vierges ouvertes. Vierges ouvrantes, et la Vierge de Palau-del-Vidre, igiS, 42 reproductions.

L ICONOGRAPHIE CHRETIENNE

Phot. Giraudon.

FIG. 221 — VIERGE OUVRANTE DU TYPE DE LA' PASSION (A fermée; B ouverte. Ivoire moderne, autrefois au musée du Louvre.)

artifice de son art, a figuré l'Enfant Jésus. Elles forment trois groupes, suivant qu'elles représentent la Visitation, Anne avec Marie ou la Vierge seule.

M. l'abbé Sarrète a tort de croire que les archéologues confondaient jusqu'ici ces images avec les Vierges ouvrantes. On ne les appelait pas ouvertes, ce qui n'est pas nécessaire, mais on considérait les premières comme une traduction naïve de la maternité divine de Marie; les secondes, et en partie les troisièmes, comme des Immaculée-Conception, d'un type presque indécent, inventé par les émailleurs de Limoges, auquel on se louait d'avoir vu substituer le type éthéré de Murillo.

Quant au vitrail de Notre-Dame de Chartres, aux orantes mères des catacombes, à la Vierge au manteau de Venise, et images semblables du troisième groupe, je me refuse à y voir des Vierges ouvertes. Leur interprétation dans ce sens me paraît une obsession d'archéologue peu habitué à raisonner en dessinateur. J'aime mieux croire que l'artiste naïf de cette époque primitive, très limité dans ses moyens d'expression, a représenté comme il a pu l'Enfant Jésus sur la poitrine de sa Mère. S'il l'a plaqué

dessus, dans une gloire ovale, c'est qu'il n'arrivait pas à distinguer les plans, et que la vérité matérielle de sa figuration ne le préoccupait pas. Son tracé est un simple procédé hiératique. Ce sont deux figures superposées, ce n'est pas un « intérieur » de xMarie.

Avec les Vierges-pixides et les Vierges-ostensoirs, la question change; celles-là méritent vraiment le nom d'ouvertes.

Les Vierges-pixides sont des statues dont le giron est creusé en boîte à hosties, avec couvercle sur les genoux. Les deux exemples cités (au musée de Florence et dans la collection Martin Le Roy) ont été signalés par M. Enlart.

Les Vierges-ostensoirs sont des statues portant entre leurs mains une monstrance eucharistique. L'antique Notre-Dame de la Garde, à Marseille, appartenait à ce type. Il y a quelques années, une statue de ce genre se trouvait à la Chartreuse de Mourieux (Var).

Les Vierges ouvrantes proprement dites sont subdivisées en trois catégories par M. l'abbé Sarrète : les Vierges-reliquaires, les Vierges-tabernacles, \qs Viergestriptyques. Le Louvre a un exemple des premières; l'église de Gassicourt, dans Seine-et-Oise, un exemple des secondes, signalé par M. Enlart. Avec les troisièmes, nous rentrons dans la catégorie dont j'ai donné au début une première liste, d'après M. Clément.

M. l'abbé Sarrète apporte quelques exemples nouveaux: i du type de la Passion, 6 du type de la Trinité, 3 du type de l'Incarnation, 4 dont le type reste à fixer. La plus intéressante de toutes est assurément la Vierge de Palau-del-Vidre (Pyrénées- Orientales), dont le bonnet tuyauté fait penser aux coiffures des déesses mères gauloises. Je renvoie pour le catalogue à son livre, dont j'arrête ici l'examen.

Ce type de la Vierge ouvrante est une création de théologien plutôt que d'artiste. Un pur modeleur de formes, comme l'est tout artiste, n'aurait jamais eu de lui-même une conception aussi étrange. Il fallait être tout d'abord, comme on l'était au XII' siècle, sous la direction des clercs, un traducteur d'idées pour s'arrêter ainsi à un programme qui matérialisait une croyance religieuse. C'est, en effet, une idée mystique, tirée des Ecritures, qui est au fond de cette création artistique. Nos vieux imagiers furent en cela tributaires des saints Evangiles, médités non point par un sculpteur, mais par un théologien.

Ayant lu dans saint Luc ^c. 11, v. i5) que Marie, de retour du temple où Siméon lui avait dévoilé l'avenir, « conservait toutes ces paroles, les méditant en son cœur», ils voulurent exprimer de façon tangible les préoccupations intimes de la Vierge. Ils peignirent donc ou sculptèrent l'intérieur de Marie, montrant par l'image que le cœur, les entrailles, la tête de la Vierge étaient vraiment pleines des scènes douloureuses de la vie du Christ. Le type de la Passion est né de là.

Sachant par saint Jean (c. xiv, v. 23 1 que les trois personnes divines, quand une âme est en état de grâce, « viennent à elle et y font leur demeure », ils considérèrent Marie comme le « très noble réceptable de la Trinité », ainsi que s'exprime Adam de Saint-\'ictor. Et ils voulurent montrer que vraiment le Père, le Fils et l'Esprit- Saint étaient en Marie. De là est né le type de la Trinité.

La traduction, on le voit, était plus que littérale; une vérité, d'essence spirituelle, se trouvait réduite en formule plastique.

L ICONOGRAPHIE CHRETIENNE

Un type d'un caractère aussi abstrait ne pouvait convenir longtemps à des artistes, «t il était, en outre, entaché d'une bizarrerie qui devait paraître choquante à mesure que le goût s'affinait. Aussi les Vierges ouvrantes durent-elles céder la place aux Vierges charmantes, inspirées de la Nature et de la Vie, du xiii« et du xiv^ siècle.

Vierges-Reines des cathédrales, que vous êtes loin des théologiques Vierges ouvrantes/ Le peuple chrétien, en voyant les nouvelles images, reconnut tout de suite Celle que, dans sa piété, il appelait Notre-Dame, et les artistes n'eurent rien de plus pressé que d'oublier les anciennes.

III. La Vierge de Miséricorde. — A quelle date et dans quel milieu religieux le type de la Vierge au manteau est-il apparu? Quelles croyances exprimaient ces images de la Vierge dite de Miséricorde, de Secours, de Bon Secours, de Grâce, de Consolation? Pourquoi le manteau a-t-il été choisi comme symbole de protection? Comment ce type s'est-il propagé? Dans quelle contrée, à quelle époque, par qui a-t-il été spécialement affectionné? Quand est-il tombé en désuétude, et pourquoi?

Autant de questions, dont la réponse constitue l'étude historique du thème iconographique de la Vierge au manteau. Cette étude a été faite par M. Perdrizet dans un fascicule de la Bibliothèque des Ecoles françaises de Rome et d'Athènes. A la suite de deux voyages qui m'ont permis de voir quelques-unes des pièces principales, il m'a paru intéressant d'en donner ici un aperçu, après l'avoir dépouillé de tout ce dont l'esprit antireligieux de l'auteur l'a malencontreusement entouré.

Cet ouvrage, en effet, est écrit par un incrédule dans un esprit antichrétien, qui finit par l'aveugler sur le sens même des œuvres qu'il étudie. Mais, œuvre d'érudition, il apporte sur un sujet que ni Schreiber, ni Bouchot, ni Thode, ni Barbier de Montault, ni Moritz Eichborn, ni Lehmann, ni Heilbig, ni Brockhaus, ni Sapino, ni Kraus, ni Krebs, n'avaient élucidé, de nouvelles données riches et précises, portant sur 3i5 monuments (i).

Seul, avant lui, un jeune érudit, mort à vingt-cinq ans, Léon Silvy, dans un article d'une divination extraordinaire où toute la thèse de M. Perdrizet se trouve en germe, avait déjà jeté quelque clarté sur la question (2). Une note mise en post-scriptum nous apprend que M. Perdrizet ne doit rien à M. Silvy, et qu'il y a eu simultanéité entre leurs recherches. Ce qui, il est vrai, est un simple article chez M. Silvy, réduit à quelques exemples, devient chez M. Perdrizet une thèse nourrie avec un catalogue <:opieux qui n'aura besoin d'être complété que pour la France.

Le thème iconographique de la Vierge au manteau a pour base la croyance à la miséricordieuse intervention de Marie, appelée à cause de cela Reine de Miséricorde, auprès du Christ-Juge appelé, pour une raison opposée. Roi de Justice. Exprimée d'abord en Orient par les Pères grecs, cette idée a été développée plus tard en Occident par saint Anselme au xi« siècle, par le pseudo-Bernard au xis par le pseudo- Bonaventure au xiii^, et s'est condensée dans la prière du Salve Regina, qu'une tradition attribue à l'évêque Adhémar du Puy (t 1080).

{:) La Vierge de Miséricorde, étude d'un thème iconographique, par Paul Perdrizet, maître de, conférences à l'Université de Nancy, 1908, 35 reproductions.

(2) L'origine de la Vierge de Miséricorde, par Léon Silvy, dans la Ga-:^ette des Beaux-Arts, novembre igo5.

Les Sermons de saint Bernard sur le Salve Regina et les Méditations de saint Bonaveniure sont considérés comme apocryphes par les savants catholiques; ils n'en sont pas moins, tous deux, d'inspiration cistercienne, et ils nous aident à comprendre pourquoi ce thème iconographique prit naissance dans un couvent de Cîteaux.

Le type de la Vierge au manteau, en effet, inconnu de l'art chrétien d'Orient,

et inventé en Occident au milieu du xiii= siècle, a sa source dans le récit d'une vision qu'aurait eue un moine de Cîteaux, à qui Marie apparut abritant dans le ciel sous son manteau l'Ordre tout entier.

Le récit est de Césaire d'Heisterbach, Cistercien du diocèse de Cologne, dans son Dialogus miraculorum écrit entre 1220 et i23o.

Le manteau étant un symbole de protection dans certains rites Juridiques et matrimoniaux, rien d'étonnant à ce qu'il ait servi d'emblème pour figurer la protection maternelle de Marie.

Dès le xiv^ siècle, la Vierge au manteau protecteur orne les sceaux des définiteurs de l'Ordre cistercien et de quelques-unes de ses abbayes. Ces sceaux, où l'on voit Marie abritant des abbés ou des moines de Cîteaux, bien qu'ils ne soient pas les plus anciens monuments, doivent être cités les premiers, avec un panneau giottesque du Musée du Vatican.

Spéciale d'abord aux Cisterciens, cette forme de dévotion à Marie passe aux autres Ordres religieux. Les Dominicains, les premiers, l'adoptent et vont même jusqu'à s'en attribuer l'origine. Les quatre plus anciens biographes de saint Dominique, en effet, racontent une vision de recluse analogue à celle de Césaire, avec celte différence que les Cisterciens y sont remplacés par les Frères Prêcheurs. Et comme eux. Franciscains, Prémontrés, Chartreux, Carmes, Servîtes, Mercédaires,^ Augustins, Bénédictins, Jésuites, viennent tour à tour s'agenouiller sous le manteau de la Vierge, De cette dévotion monacale, il nous reste 32 monuments : miniatures, panneaux, gravures, statues, broderies, qui s'échelonnent du début du xv" siècle à la fin du xvi* (fig. 222).

Comment, de monastique qu'il était à l'origine, le thème devint-il universel? Comment la chrétienté entière vint-elle s'agenouiller sous le manteau protecteur

FIG. 222 — INCONNU COLONAIS :

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