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VIERGE AVEC DES PRÉMONTRÉS

(Musée de Budapest, xv* siècle.)

l'iconographie chrétienne

qui, au début, n'abritait qu'un Ordre religieux? Cette évolution s'accomplit du milieu du xiii* siècle au milieu du xiv% sous l'influence des Franciscains et des Dominicains, par l'intermédiaire des confréries.

Les confréries étaient des associations pieuses de laïcs fondées pour pratiquer certains exercices de dévotion et certaines œuvres de charité. Elles faisaientpendantauxTiers- Ordres. Leurs membres s'appelaient Pénitents ; il y en avait des blancs, des noirs et des gris. Il en existe encore, dans le Midi de la France en particulier. En Toscane, on donnait à ces confréries le nom de Miséricordes: à Venise, celui de Scuole; en Normandie, celui de Charités.

Pénitents du Midi et confrères charitables du Nord tinrent, dès le prin- .cipe (1264), à se mettre sous la spéciale protection de la Sainte Vierge.

De là, des bannières surtout, très nombreuses en Italie et en Provence, où l'on voit Marie abritant sous son manteau les membres de la confrérie. L'auteur passe en revue cinquante exemples ; il faut particulièrement citer le panneau siennois du musée de

Cherbourg, le retable de Simone da Cusighe à l'Académie de Venise, l'enseigne vénitienne de South Kensington Muséum à Londres, les fresques de Saint-Céneri le Gerei en Normandie et de Vieux-Thann en Alsace, un tympan de porte à Arezzo et à Ancône (fig. 223).

Dans ce groupe, les images vénitiennes ont la particularité de figurer l'Enfant Jésus sur la poitrine de la Vierge dans une gloire ovale. M. Perdrizet l'explique par la Panaghia Platytéra représentée à la voûte du diaconicon, où elle fait pendant au Christ Pantocrator peint à la voûte de la prothésis.

Phot. Andersen.

FIG. 223 — PIERO DELLA FRANCESCA : MADONE DE CONFRÉStE (Borgo San Sepolcro, 1445.)

A côté de ces confréries de pénitence et de charité, il en était d'autres, d'origine dominicaine, appelées confréries du Rosaire. Celles-ci datent du xv« siècle. Elles aussi adoptèrent, pour représenter la Vierge du Rosaire, protectrice de leurs membres, le type de la Vierge au manteau. De là des figurations nouvelles appliquant à un public de plus en plus varié l'abri mystique d'abord réservé aux moines. Une série de gravures nous reste, entre autres, comme preuve de cette extension du thème: ce sont celles qui ornent les manuscrits du Speculujn humanœ salvationis, œuvre incontestablement dominicaine. A la fin du xv^ siècle, la Merge du Rosaire abrite donc sous son manteau, non plus les seuls membres de ses confréries, mais l'universalité des chrétiens, et nous arrivons ainsi au type de la Mater omnium (fig. 224, 225).

Cette variété, introduite dans le thème primitif, ne changeait cependant rien au caractère même de la figuration. Que la Vierge protégeât des religieux, des pénitents ou de simples fidèles, c'était toujours le même geste calme, comparable à celui de la poule couvant ses petits. L'art ne devait pas longtemps s'en contenter. La recherche du drame et du pathétique en amena un autre, d'un sens caractérisé : la Vierge de Miséricorde protégeant l'humanité contre les flèches de la colère divine. Au-dessus de Marie, Dieu, le Christ ou les anges lancent des javelots. Au-dessous, un ange chasse de son épée un spectre squelettique. Au centre, le manteau protecteur abrite une foule apeurée. C'est tout un drame; il fut inspiré aux artistes par les grandes calamités du xiv* siècle (fig. 226).

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