SCULPTURE DE SARCOPHAGE AU MUSÉE DU LATRAN (AVANT
catalogue complet et raisonné des oeuvres d'art avec photographies à l'appui. Dans ces conditions, une étude d'ensemble sur les mages était ardue.
C'est maintenant chose aisée, grâce aux deux volumes illustrés que M. Hugo Kehrer vient de lui consacrer sous le titre: Les trois saints rois dans la littérature et l'art (i). Par ses illustrations seules, au nombre de 349, ce livre en apprend déjà beaucoup au lecteur préparé qui les regarde attentivement. Nous avons là, en effet, cataloguées et datées, les principales œuvres d'art, fresques, sculptures, ivoires, miniatures, tableaux, antérieures à la Renaissance, où se voit la scène de l'Epiphanie. Ce n'est pas que le travail soit définitif. M. Emile Mâle, reprenant dans la Galette des Beaux-Arts une idée qui lui est particulière, a reproché à l'auteur de connaître très peu l'art français du moyen âge et pas du tout celui de l'Espagne; mais, pris en général, les éloges qu'on lui a décernés demeurent vrais, à condition de leur donner comme correctif les réserves formulées par le R. P. Delehaye dans les Analecta Bollandiana, au sujet de l'historicité du récit de saint Matthieu et de la distinction à établir entre la fête de l'Epiphanie et la dévotion relativement moderne aux rois mages. M. Kehrer a presque tout vu et tout lu de ce qui concerne son sujet, et il apporte sur certains points des idées intéressantes. Il ne saurait être question de faire passer toute l'érudition du savant allemand dans cette étude. Aussi sera-t-il peu question des textes. N'ayant en vue que l'évolution d'un thème artistique, nous nous en tiendrons à peu près aux seuls monuments figurés pour montrer comment les artistes ont représenté les mages, fixant et précisant peu à peu leur personnalité. Encore, de cette longue histoire qui va des fresques des Catacombes aux tableaux de la Renaissance, ne dironsnous que les phases principales et les
moments capitaux, sans nous attarder à détailler chaque série. On trouvera ici reproduites vingt Èpiphanies.
C'est aux Catacombes romaines qu'il taut en premier lieu descendre, car c'est là tout d'abord, au cours du iii« siècle, que la scène s'élabore et prend forme. On
FIG. 263 — PANNEAU DE LA PORTE DE SAINTE-SABINE, A ROJiE (43o)
(i) Hugo Kehrer, Die heiligen drei K^enige in Literatur und Kunst. Seeman. Leipzig, 1909.
connaît aux Catacombes treize Épiphanies, dont une dizaine encore visibles. Quatre d'entre elles, cinq peut-être, les seules dont il puisse être question, sont antérieures au iv« siècle. Peintes à fresque sur le mortier de la paroi, elles constituent la première expression artistique de cet épisode de la vie du Christ.
Réduite à ses éléments essentiels, la Vierge, l'Enfant et les mages, la scène est traduite d'une façon toute schématique. La Vierge, tantôt au centre du panneau, tantôt à l'extrémité droite, est assise avec l'Enfant sur ses genoux, et les mages debout, au nombre de deux, de trois ou de quatre, s'avancent, courent vers elle, lui offrant leurs présents sur des patènes d'or. Quel que soit leur nombre, tous, imberbes, de costume pareil et d'identique physionomie, semblent calqués sur un modèle unique. Rien ne les distingue individuellement. Et ce sont de grands personnages persans, tels que l'on voit les saints Abdon et Sennen peints dans le cimetière de
Phot. Alinari.