DE TERRENEUVE AÏÏX MONTAGNES ROCHEUSES
La confédération canadienne couvrant aujourd'hui presque tous les territoires du nord de ce continent compris entre le Pacifique et l'Atlantique, il n'est pas hors de propos d'en retracer les origines au point de vue géographique.
Nous allons nécessairement procéder selon l'ordre des découvertes, c'est-à-dire allant de l'est à l'ouest. A l'aide de notre histoire écrite, il nous est facile de dresser le tableau de la marche qu'a suivie la race blanche en s 'avançant du golfe St-Laurent au pied des Montagnes Eocheuses.
Il ne faut pas oublier que Christophe Colomb et tous les découvreurs qui l'ont suivi cherchaient à atteindre la Chine et le Japon. Quarante et quelques années après l'éclatant triomphe d grand navigateur, les Français tentèrent de ' nétrer par le nord dans ces régions nouvel] Terre-Neuve et les bancs, où les Bretons, les T ques et les Normands faisaient la pêche ( morue, n'avaient pas sufl&samment attiré P tion du monde civilisé. Le roi de Franc gea ses regards de ce côté. Il envoya Jacqu tier (1534) pour trouver un passage qui 1 mît de nouer des relations avec le contir tique sans avoir recours aux Espagnols
440 DE TEERENEUVE AUX
La carte du monde était alors bien restreinte. De vagues notions circulaient ça et là dans Ja classe des lettrés ; il aurait été difficile de trouver ce que de nos jours on nomme un public pour s'intéressera ces questions nouvelles. Le monde de l'antiquité s'est tenu soigneusement en dehors des grandes questions géographiques. C'est à peine si quelques savants, quelques penseurs avaient osé aborder le problème de l'étendue et de la configuration, de notre globe. La recherche des terres inconnues commençait cependant à préoccuper les monarques de l'Europe, mais chaque fois que ceux-ci se sentaient poussés vers des entreprises de cette nature, c'était pour satisfaire leur ambition personnelle, et non pas dans un but scientifique. Il a fallu attendre trois siècles après Carltier avant de voir poindre les études purement géographiques.
Le commerce qui a été le pionnier de presque toutes les entreprises de ce genre, nous a fourni un très grand nombre d'explorateurs. La religion catholique qui par ses missionnaires s'est tendue partout aux extrêmes limites des terres uvefles nous a aussi procuré des renseignents précieux. Quelques gouv^erneurs et adlistrateurs de colonies ou de postes avancés contribué pour une bonne part à fixer l'attenles puissances et des hommes d'initiative, * régions infinies susceptibles de s'ouvrir à lisation.
p Cartier (^ui rencontra dans le golfe Saint
des navigateurs français et qui osa péné-
u'à Montréal, nous restons pendant
soixante ans sans avancer dans la connaissance du Canada.
Champlain voulut (1613) reconnaître le pays jusqu'à la baie d'Hudson, mais au lieu de prendre la voie du Saint-Maurice qu'il avait remarquée (1610) il tenta le passage par l'Ottawa. Rendu à l'île des Allumettes, les Sauvages le convainquirent de l'inutilité de sa tentative, en ce sens que la Baie était beaucoup trop loin pour y établir des relations immédiates avec le Saint-Laurent. La connaissance de l'ouest et du nord à cette époque était tellement peu répandue parmi les blancs, que ceux-ci s'imaginaient pouvoir atteindre le Pacifique ou l'entrevoir, à peu près comme Balboa l'avait découvert du haut des montagnes du Darien. On était loin de penser que, au lieu d'un isthme, on avait aifaire à un territoire de neuf cent lieues.
Le génie de Champlain lui fit comprendre que si le nord était d'un accès difficile, le sud pouvait > 'ouvrir à ses projets. En conséquence il se dirigea de ce coté (1615) et après avoir reconnu le.« abords de la baie Géorgienne il voulut ^"^'^ ^' lario, le traversa et parcon'"^ de l'Etat de ISTew Yans après la fondatii
\ Faut-Canada étaient v . .
s qui s avoir compris que, en i^
trouvait un versant dont la pe^
<1(> l'autre côté devait s'étendit
efforts personnels n'allèrent pa>^
la vérification de cette théorie ; mi.
à son retour de France (en 1633-34)
442 DE TERBENEUVE AUX
pas à tirer parti des informotions acquises depuis vingt ans, et qu'il envoya Jean Nicolet découvrir la région appelée aujourd 'hui le Wisconsin. Nicolet lui rapporta la connaissance d'un grand fleuve qui coulait au delà des pays qu'il avait parcourus. Ceci devait le convaincre de l'extension du continent au sud-ouest des lacs. Malheureusement il ne vécut pas assez longtemps pour vérifier le fait. Les cartes de Champlain ne s'étendent pas au-delà des renseignements obtenus en 1627, c'est pourquoi les grands lacs y sont à peine tracés.
Nous sommes obligés dans cette étude de mettre de côté les colonies anglaises dont les sièges d'opération étaient fixés au bord de la mer, pour la raison bien simple que ces nouveaux habitants de l'Amérique ne cherchaient pas à pénétrer vers l'intérieur. C'est donc uniquement en suivant les explorateurs français, ou plutôt canadiens, que nous allons poursuivre l'examen du développement des connaissances
"^ographiques dans le nord de ce continent.
' de C^ '^plain, le pouvoir ne ï^ ^rritoires nouveaux.
'"«T>nar tient le plateau des granas
y aurait un volume à ^^e curieuse. Je noterai en ds de deux hommes qui de 1645 t le Missouri et connu le pays étaient Médard Chouard des Gro- ierre Esprit de Radisson son beaudeux domiciliés dans le Canada. Le
rêve que Champlain avait caressé en 1613 et même avant, Chouard pensa le réaliser cinquante ans plus tard pour s'emparer de la baie d'Hudson. Il lia connaissance avec les tribus qui trafiquaient de ce côté et crut un instant à la possibilité d'établir entre le lac Supérieur (mission des Jésuites), et les Kilistinons des rapports suivis. Détrompé par l'indifférence des gouverneurs, il se replia sur l'esprit d'initiativ des bords du Saint-Laurent et ner à former une comp" ^ la traite de la " Bai*^ réussi, à cause d'' (2,000 âmes à '^ vices à l'A de cette qui n'a cess»^ qui est devei Les conn
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Sioux (Missouri) et
Nicolet du côté de la ba jo
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même de l'Amérique. Les r
territoires n'avaient pas tarde
ports avec le Saint-Laurent. I
française pouvait dominer cette
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des hommes aptes à compfendj
444 DE TEEEENEUVE AUX
de la civilisation vers l'ouest. Les missionnaires et quelques interprètes entrèrent dans cette voie Ce n'était pas tout pour la petite colonie de Qnébec que d'avoir inspiré la fondation des Trois-Rivières et de Montréal ; il fallait remonter le cours des eaux, franchir la hauteur des terres au nord et à l'ouest, et se répandre dans Pinconnu.
dans l'histoire des découvertes,
"•esse des conceptions que nos
•^ "i- dans cet envahissement
''ttre en possession des
'ndiennes, était ^onies de la 'ter avec La France on côté Pinces fins du ,oSurer ^ntinent.
..tult Saintede possession ar des lacs. Pluerent à cet évène . . xNicolas Perrot paraît ^ng. Il entraîna du côté de -ns desquelles dépendait h o inconnus. Si notre drapeav )stacle pendant un siècle (1670 cure partie de ce continent, c'es initiative énergique de quelque!
s de sa trempe.
MONTAGNES KOCHEUSES 445
A i^eine les grands lacs étaient-ils devenus définitivement français que Joliet et Marquette (1673) descendaient le Mississipi '' jetant d'un seul trait sur la carte du monde ces vastes régions, futur grenier du genre humain " (L. H. Fréchette). La Louisiane se révéla aux yeux des Canadiens comme le Canada s'était montré à la France un siècle auparavant. Seulement, cette fois, la marche de la civilisation fut beaucoup plus rapide.
^, Les temps nouveaux commençaient. Le foyer des connaissances géographiques n'était plus à Paris mais à Québec, c'est-à-dire aux portes mêmes de la zone à étudier. C'était de nous désormais que devait partir le mouvement. Nos pères ne se tirent pî"« tirer l'oreille, ils doublèrent et triplèrent le chf de découvertes qu'on leur désigna. L'Ohio fi remonté à ses sources ; le Missouri livra ses secrets, la baie d'Hudson devint un lac canadien. Tout cela eut lieu de 1675 à 1700. Epoque fameuse, dont on ne saurait trop admirer l'élan.
Bientôt il fut question de reculer encore les
bornes du monde connu. Un blanc restait sur
I la carte, comme il en existait un, il y a vingt
I ans, au centre de l'Afrique. Du lac Supérieur à
I la mer de l'ouest, tout était resté mystérieux ;
I on ne savait même pas quelle était l'étendue des
terres de ce côté. Il se présenta un homme
' dressé à ces sortes d'aventures et on le laissa
porter le nom de la France au pied des Montagnes
Eocheuses. Varennes de la Vérendrye ne se
( < >ntenta pas de découvrir, il sut fonder et donner
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de la stabilité à sa conquête. Pour commence il employa le commerce, ce coin formidable devaf lequel les continents nouveaux éclatent poi livrer passage à l'homme civilisé. D'année ^ année, de 1731 à 1743, La Vérendrye alla, s « fonçant toujours à l'ouest, et assurant ses derrières par les forts et les comptoirs dont il jalonnait sa marche. Son œuvre, continuée par ses fils, est restée debout longtemps après la conquête. H faut se rendre à l'année 1785 et même plus tard pour rencontrer dans ces territoires l'avant-garde de la race anglo-saxonne. Nos gens y comptaient déjà de nombreuses familles et tenaient vingt postes importants autour desquels se faisait la grande traite des
pelleteries. -^
Ainsi, deux phases bieC'est^tinctes marquent l'histoire des connaissanc«,te^géographiques au Canada. Dans la première c'est Jacques Cartier, c'est Champlain, ou plutôt la France qui cherche et qui trouve ; dans la seconde, ce sont les Canadiens qui savent tirer de leur petite colonie, 1 outillage nécessaire aux plus étonnantes découvertes qni se soient faites dans l'intérieur des continents
Voyez les habitants de la Nouvelle- Angleterre qui nous dépassaient plusieurs fois en' population Ils n'ont pas songé à étendre leurs possessions Avec la moitié de leurs ressources nous serions allés du premier bond jusqu'au Mexique et à la Californie.
En Australie, même absence d'initiative. Les colons se tiennent sur les rivages de la mer L'intérieur du continent est resté sauvage. Et
que dire de l'Afrique, bordée de groupes bieu affermis, mais qui n'osent pas s'avancer au delà delà vue du clocher de leurs villages ? Supposez dans ces pays une colonie de Canadiens — de suite, sans attendre les secours de la mère- iiatrie, sans balancer sur les chances de la lutte, vous verrez des explorateurs s'enfoncer au plus épais des régions lointaines et s'y créer des relations. Oui, je le répète, il n'a rien existé de comparable î\ l'œuvre de nos '^voyageurs."
Et, voyez ce miracle ! En un temps où les plus fortes têtes de l'Europe, tâtonnaient pour faire sortir des limbes la science de la géographie, nos gens l'avaient créée. Oui, encore une fois, créée d'une seule pièce et, plus que cela, ils la mettaient en pratique sur toute la ligne.
N'est-il pas vrai que, partout, soit dans les pays d'Europe, soit dans les colonies, il y a deux siècles, la notion la plus répandue sur la géographie se bornait à savoir quelle était la contrée qui environnait la ville ou la bourgade où l'on était né, où l'on demeurait ? Que penser par conséquent d'un peuple qui, dès lors, avait étendu son influence sur des centaines de lieues de pays nouveaux et qui voulait faire encore davantage ? Les Canadiens ont accompli cela. Et remarquons bien qu'ici ce n'était pas seulement les administrateurs, les classes élevées, les savants qui possédaient cette instruction, ce vivace amour des découvertes — c'était chaque famille — tout le monde comme on dit. Aussi quelle ne fut pas la surprise des officiers et des fonctionnaires anglais lorsqu'ils voulurent connaître les régions
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nouvelles et qu'ils virent que le moindre'voyageur de leur escorte possédait sur tout cela, plus de renseignements que la prétendue science de l'Europe et de l'Amérique. Ils ne purent jamais s'avancer assez loin pour dépasser les dernières habitations françaises. Un peu plus, nos voyageurs se seraient rendus en Chine.
Nous sommes donc une race éminemment douée pour les études géographiques. Xous possédons l'instinct de la chose. Reste à nous en servir aujourd'hui aussi habilement que nous 4 'avons fait dans le passé.
Ici se place la situation moderne. Elle est bien différente de celle dont nous venons de parler. Le domaine des études a beaucoup changé depuis cent ans. Il est devenu presque méconnaissable. Des besoins nouveaux semblent avoir surgi dans l'humanité ; en tous cas les peuples ne vivent plus comme ils vivaient.
La vapeur, la télégraphie, les mines d'or, ont bouleversé l'ancien état de choses. Plus de distances ; instantanéité des communications écrites ; abondance de manufactures ; le désir général de parcourir le globe et de le posséder, ce n'est plus le monde d'autrefois.
Or, comme il faut compter avec son temi)S, les regards se tournent vers les régions encore inexplorées de notre planète — et de là est née la science de la géographie — science qui a des racines dans le passé, mais qui, à proprement parler, date de quarante ans, peut-être même de trente, si l'on veut disputer.
On s'est aperçu que, pour domjner dans les con-
trées inconnues, il fallait d'abord découvrir cellesci, et que pour les découvrir les anciens inoj^ens étaient insuffisants. Ainsi, plus de coureurs de bois pour commencer avec lenteur les opérations ; plus de compagnies de traite privilégiées ; plus de colons, plus d'enfants perdus sacrifiés aux limites des habitations. Ce que l'on veut, c'est occuper le territoire en utilisant la science moderne : connaître les rivières et y lancer des bateaux-à-vapeur, relier les points de repères naturels par des voies ferrées. Animés de ce sentiment, les Européens ont exécuté des merveilles depuis vingt-cinq ans ; ils ont découvert, étudié et fait connaître le quart de l'Afrique. Il ne leur reste qu'à y envoyer des marchandises. Cela ne saurait tarder. Les nègres vont être civilisés par le calicot et les miroirs de poche.
Pour nous qui sommes à la fois un peuple jeune et l'un des plus richement dotés, rien de tout cela ne doit être vu d'un œil indifférent. Nous avons mieux que l'Europe, puisque nos manufactures ne sont pas encore nombreuses et que le prolétariat n'existe pas parmi nous ; seulement, comme l'Europe, nous aurons besoin d'un débouché pour les produits de nos industries à mesure que celles-ci se développeront ; au lieu d'aller bien loin nous procurer un marché nous l'aurons à nos portes. Le nord-ouest attend.
Mais qui connaissait le nord-ouest en 1870 ? Presque personne. Le souvenir en était perdu. Voilà vingt ans, une lettre venant de la Eivière Rouge était regardée comme venant de la Chine, ou à peu près, . En tous cas, les plaines visitées
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par nos pères et où tant de Canadiens sont établis, ne disaient plus rien à notre imagination. En ce moment, sous la pression des événements politiques, une sorte de réveil eut lieu : on s'occupa de la colonie de la rivière Eouge, on alla même jusqu'à lui donner une constitution qui en faisait une province fédérale, mait; c'est tout. On ne voulut pas en savoir plus long. On poussa l'indifférence jusqu'à ne vouloir parler ni des immenses territoires situés à l'ouest de Manitoba, ni de la lisière de terre exploitable qui s'étend au nord entre la baie d'Hudson et le Saint Laurent. Nous en étions là : possesseurs, seigneurs, administrateurs, payant les frais de ces pays nouveaux, mais ne les connaissant pas et ne voyant pas que leur avenir est relativement à nous, ce que l'Afrique et l'Australie vont être pour l'Europe, lorsque l'entreprise du chemin de fer du Pacifique a fait redécouvrir notre I^ord-Ouest.
Autour de la simple question de géographie viennent donc se placer plusieurs autres sujets d'étude. A vrai dire, la géographie est, dans cet ordre d'idées — idées qui naissent des besoins modernes — le pivot sur lequel tourne en ce moment la destinée des peuples. J'oserai dire que le Canada est plus que tout autre exposé à périr s'il ne tient pas compte de ce qui se passe et s'il ne pourvoit à retenir sa part d'action dans le mouvement qui, d'ici à trente ans peutêtre, aura changé la face de tout ce qui reste sous le soleil de pays à coloniser. Inutile, je pense, d'insister là-dessus ; néanmoins, si l'on avait des doutes, une simple question les réglerait : où
soDt les hommes qui savent ce que c'est que notre marine, nos pêcheries, ce qu'il faut faire j^our uuiéliorer le golfe Saint-Lauient et y créer des industries ; où sont ceux qui connaissent le nord des provinces de Québec et d'Ontario ; où sont les écrivains, les orateurs qui peuvent populariser la connaissance du Nord-Ouest ! Il y en a quelquesuns, sans doute, mais isolés, méconnus, n'ayant chance de se faire écouter que par accident et à titre de phénomènes — comme la machine parlante et les chiens savants. Ce qui n'empêche pas que nous payons pour mettre sous notre nom ces espaces immenses dont il serait à propos de tirer quelques profits dès à présent. Nous voulons les pêcheries de Terre-Neuve et les autres, nous voulons la baie d'Hudson, nous voulons la Saskatchewan, fort bien, mais savons-nous ce que c'est 1 Pas plus que nous ne connaissons la lune. Alors pourquoi ne pas demander la lune également ? Cela me rappelle ce fameux cri des chambres françaises avant 1870: "Il nous faut le Rhin ! " Un député impatienté posa brutalement cette question : "Savez-vous seulement ce <iue c'est que le Rhin et où il se trouve !" Il n'en faut pas davantage pour nous embarrasser.
Envisageons les choses avec soin. Ce qui ]uanque aux pays d'Europe nous l'avons à nos portes : le territoire, l'espace, les ressources d'un sol fertile. Reste à en faire la géographie à tous les points de vue que cette science comporte : histoire, agriculture, mines, voies de communications, climat, etc. C'est beaucouj). Oui, c'est l'cauroup en efTet qunnd on songe qu'il a fallu
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dépenser quatre millions de piastres pour indiquer sur la carte la route que peut suivre un chemin de fer entre l'ancien Canada et les Montagnes-Eocheuses — et il ne s'est rencontré personne dans le parlement pour allumer le moindre lumignon, la moindre chandelle propre à éclairer les ministres de deux administrations qui ont travaillé dans ces ténèbres ! Nous sommes tellement rentrés dans notre coquille que nous ne savons ce que c'est que le pays appelle Canada. Nos voyageurs du temps passé étaient plus savants que cela ! Ils nous eussent tracé de mémoire, la carte de la confédération, d'un océan à l'autre, sans omettre ce que nos ingénieurs ont tant de peine à retrouver aujourd'hui. Ah ! j'ai eu raison, en parlant de nos ancêtres, de prendre pour titre de ces pages : " De Terre-Neuve aux Montagnes-Rocheuses."
Michel Bégon, de la ville de Blois, avait épousé Madeleine Druilon. Leur fils aîné, Michel, qui fut intendant du Canada, naquit en 1676 ; le second, Seipion-Jérôme, devint évêque et comte de Toul, puis prince du St. -Empire. Le troisième et dernier, Claude-Michel, né en 1683 ou en 1687, fut gouverneur des Trois-Eivières.
Les dictionnaires mentionnent aussi un certain Rtienne Bégon, avocat au parlement et jurisconsulte, qui mourut à Paris en 1726. Je ne sais s'il était parent de ceux-ci.
Michel Bégon, le père, fut successivement commissaire général à Brest et intendant des galères (le France.
Le marquis de Seignelay, fils du grand Colbert, protégeait Bégon ; il lui procura l'intendance (les îles françaises situées à l'entrée du golfe du Mexique. Ceci paraît avoir eu lieu vers 1683, sinon cette année là même.
Bégon était apparenté aux Pontchartrains. C'est probablejnent grâce à ceux-ci qu'il obtint 'es faveurs de Seignelay. Et puis, de Colbert à J'ontchartrain il n'y a pas loin.
Au mois de septembre 1684, le sieur Cavelier (le la Salle, conduisant une expédition navale destin*'.' M Iji (lécoii ve?f f (Ics bouclics du Missis-
sipi, était rendu aux îles françaises. Parmi les principaux fonctionnaires auxquels il devait recourir se trouvait M. Bégon, intendant de ces îles qui, en ce moment, stationnait à Port-de- Paix, île de Saint-Domingue. Charlevoix dit que l'intendant s'était rendu en cet endroit sur une commission spéciale du roi, pour aider M. de Cussi, le gouverneur, à régler la' police, donner une forme à l'administration de la justice, et remédier à plusieurs désordres qui ruinaient le commerce de cette colonie naissante.
Louis Phélipeaux, comte de Pontchartrain, premier président du parlement de Bretagne (1667) , intendant des finances du royaume (1689) , secrétaire d'Etat (1690), chancelier (1699), décédé en 1727, pratiquait le népotisme avec un sans-façon comparable à celui du grand Colbert. Il n'eut garde d'oublier notre intendant, lequel d'ailleurs paraît avoir eu les mérites nécessaires aux emplois qu'on lui confia. C'est toujours ainsi. J'approuve un ministre qui ouvre des carrières aux membres de sa famille lorsque ceux-ci ont de la valeur. L'aristocratie pratiquait ce genre de népotisme. La démocratie qui l'imite fait bien.
Le 20 juin 1689, Louis XIV déclarait la guerre à Guillaume d'Orange, qui venait de renverser le roi d'Angleterre, son beau-père, pour prendre le trône. Bégon, intendant à Rochefort, l'Aunis et la Saintonge, reçut ordre de préparer les munitions qui devaient être embarquées à Rochefort, sur deux vaisseaux, que le sieur de la Caf- (inière nxMKiil ;mi (^-anada, i)()ur se placer lui-uiênie
sous le cominaiidement du comte de Frontenac. (Charlevoix, I, 545.)
En 1696, Bégon, intendant à la Rochelle, lit armer, à Rochefort, VEnvieux et le Profond^ qui furent placés sous le commandement de deux Canadiens, Le Moyne d'Iberville et Denys de Bonaventure, pour une expédition contre les Anglais de l'Acadie et ensuite contre Terreneuve et la baie d'Hudson. (Ferland, II, 296.)
C'est la dernière fois que je rencontre un acte concernant Michel Bégon. Il s'agit à présent de suivre son fils aîné, nommé aussi Michel.
Bibaud confond Michel Bégon, premier du nom, avec le fils de celui-ci qui fut intendant du Canada. II ajoute que son personnage '' est célèbre par son cabinet de médailles, d'antiques, d'estampes et de coquillages recueillis dans les quatre parties du monde, par sa bibliothèque, et pour avoir fourni à Perrault les matériaux pour les Hommes Illustres de France.'''^ Ces louanges s'adressent, je crois, au premier Bégon, père de notre intendant.
Une lettre m 'arrive qui me reproche de signaler trop souvent les erreurs de mes devanciers. Pourquoi donc accepterais-je ces erreurs ? Pour- (|uoi les passerais-je sous silence? On consulte les livres de ces écrivains. Je veux que l'on possède aussi leur correctif. Si je trouve une erreur dans Tanguay je la signale. Qui a le privilège de se tromper et de n'être pius repris? Bibaud est un rude travailleur, mais s'il enmêle la chaîne d'une narration, ou prend le fils pour ]«' père, je le dis. Je dis ce que je sais. Que
l'on s'arrange ensuite ! Depuis trente ans que je pense tout haut, c'est-à-dire, que j'imprime à mesure que je pense, j'ai indiqué bien des erreurs, mais je n'ai jamais attaqué personne.
Michel, fils de Michel Bégon, épousa Jeanne - Elisabeth de Beauharnais. La date du mariage n'est pas connue; mettons que c'était vers l'année 1700.
En 1710, dit Charlevoix, M. de Beauharnais avait déjà succédé à M. Bégon dans l'intendance de La Rochelle et de Kochefort. Etait-ce le père Bégon ou son fils ? Et lequel des Beauharnais ?
Les sieurs Jacques et Antoine-Denis Raudot, père et fils, se retirant de l'intendance du Canada, on désigna Michel Bégon pour les remplacer. Gédéon de Catalogne écrit, dans son Recueil, sous la date de 1711 : '^ M. Bégon, nommé intendant du Canada, ne s'y rendit point. Cependant l'indisposition de M. Raudot, père, par le conseil des médecins, le contraignit de passer en France, après avoir commis M, d'Aigremont aux aflaires de l'intendance, de quoi il s'acquitta très-bien. '^'
Antoine-Denis Raudot était passé en France en 1710, son père restant à Québec jusqu'à l'année suivante.
M. Ferland dit: "M. Bégon, inspecteur général de marine et ordonnateur du département de Rochefort, avait été nommé, en 1710, intendant du Canada, mais il ne put se rendre à Québec avant le mois de septembre 171'.i."
Cette année 1712, au M. de Beauharnais était intendant à la Rochelle et à Rochefort, d'après le même auteur.
Charlevoix (II, 512) note que Michel Bégon, intendant du Canada, était fils de Michel Bégon, ancien intendant des îles d'Amérique. Ceci paraît certain.
La commission du nouvel intendant est du 31 juars 1710. Le roi l'y qualifie '' d'inspecteur général de la marine et ordonnateur au département de Rochefort." (Edits & Ordonnances III, 63.)
Bégon apportait ici des vues larges. Il entendait l'extension de la Nouvelle-France vers l'ouest. Au moment de la décadence de Louis XIV en Europe, cette politique américaine avait à la fois de la hardiesse et du bon sens. Il pénétra mieux que Vaudreuil les mystères de notre continent. Tous deux étaient hommes à faire de grandes choses — mais le grand siècle était fini. Le gâchis de la Régence pesa sur Bégon, sur le Canada, sur tout un monde. L'intendant eut l)eau se préparer, à l'aide des mémoires de Perlot, à dominer le centre de l'Amérique du Nord, on ne le comprit pas et il n'eut pour toute satisfîietioii «lue le plaisir de laisser à son parent Beauharnais l'accomplissement de ses vues. Beauharnais, mal secondé, mais courageux, porta le Moiri (le la France aux plaines que traverse aujourd'hui notre chemin de fer du Pacifique. Il se servit de La Vérenderye, un homme incomparable, et, avant «^ue de retourner en France, il sut où étaient situées les Montagnes-Rocheuses, ces bornes du monde américain.
I^a nuit du 5 au 6 janvier 17J3, à Québec, le v>alais de l'intendant brAla. M. et madame Bégon
458 KÉGON
se sauvèrent en robe de chambre. Quatre de leurs gens y périrent. Quelques mois plus "tard, naquit leur premier enfant, Michel, qui mourut en 1715.
Dans la Biographie Universelle, publiée à Paris en 1844, je trouve cette note qui m'étonne par sa nouveauté : '^ Eaymond-Balthazar, marquis de Phelypeaux, secrétaire d'Etat et diplomate, né en 1671, mourut en 1713, au Canada, où il avait été envoyé comme gonverneur." Le gouverneur du Canada était M. de Vaudreuil. Que devons-nous penser de ces lignes ?
Les années 1713-15 furent activement employées par Vaudreuil et Bégon. Ces deux hommes ne s'accordaient pas toujours, mais le résultat de leur travail n'en est pas moins une preuve de leur intelligence et de leur patriotisme. S'ils différaient d'opinion dans les moyens à prendre, ils entendaient bien tous deux contribuer au développement de la Nouvelle-France et à la grandeur du roi. Nous savons que les privilèges et immunités que possédaient en ce pays, comme aussi en France, les gouverneurs et les intendants, étaient la source de malentendus déplora-bles entre eux, et dont la chose publique souffrait invariablement.
M. de Vaudreuil se voyant assuré de hi paix du coté des Anglais et des Iroquois, " songea sérieusement, de concert avec M. Bégon, successeur de M. Raudot, à fortifier et peupler la colonie, où il voyait avec douleur que le nombre des habitants semblait diminuer, au lieu d'augmenter." (Charlevoix II, 402.)
N'icolas Perrot écrivait, entre 1712 et 1717, son précieux mémoire sur les moeurs et coutumes des Sauvages de l'Ouest, à la demande de Bégon. Cet intendant passa le manuscrit au Père Charlevoix qui sut en faire bon usage.
Le 27 août 1715, naquit Elisabeth, fille de Michel Bégon, laquelle fut baptisée à Québec, le 14 mars 1717, dans la chapelle du palais de l'intendant. D'où provenait ce délai entre la naissance et la cérémonie du baptême ? Probablement de ce que l'on voulait avoir un parrain qui ne se trouvait pas sur les lieux. En effet, l'acte au registre de la paroisse constate que ce répondant fut Messire François Bégon, chevalier, conseiller du roi, grand-maître dips eaux et forêts de France, département de Blois et Berry, représenté par le sieur Jean Martel, marchand, seigneur de la rivière Saint-Jean, en Acadie. Ce François Bégon pouvait être un frère de Michel Bégon, père.
Michel Bégon, intendant du Canada, fit baptiser, à Québec, en 1718, sa fille M. -Madeleine ; en 1719 Catherine; en 1723 François-Louis, et en 1728 iin enfant qui mourut aussitôt.
M. de Chazel, qui devait remplacer M. Bégon, périt en 1725 dans le naufrage du Chameau avant que d'avoir vu la colonie. Le marquis de Beauharnais étant nommé gouverneur de la Nouvelle- France, arriva à Québec vers la fin du mois d'août 172f), accompagné de M. Dupuis pour remplacer M, Bégon.
Madame Bégon était sœur de M. de Beauliarnais le nouveau gouverneur, et celui-ci était frère
460 BÉaoN
de M. de Beauharnais qui avait été inteadant en Canada.
M. Tanguay dit que notre intendant Bégon se nommait Claude-Michel. N'était-ce pas plutôt son frère qui portait ce double nom de baptême ? Il dit aussi qu'il était enseigne de vaisseau, capitaine des troupes (sont-ce là des grades applicables à un intendant ?). Je crois que, sur quelques points, il y a confusion entre les deux frères.
Dès son arrivée en Canada, on voit que ^'Michel Bégon " s'intitule : " chevalier, seigneur de la Picardière, Murbelin et autres lieux, conseiller du roi en ses conseils et au parlement de Metz, •intendant de justic^e, police et finances de la Nouvelle-France." {Edits & Ordonnances 111. 158.)
Au moment où M. de Vaudreuil mourait dans son gouvernement de la Nouvelle-France, montait au pouvoir, à Versailles un personnage de la famille Philippcaux qui a joué un grand rôle dans les affaires d'Europe et d'Amérique. C'est lui sans doute qui désigna M. de Beauharnais pour le premier poste de la Nouvelle-France.
J. Frédéric Philippeaux, comte de Maurepas, né en 1701, eut dès 1725 le portefeuille de la marine et celui de la maison du roi. Son pouvoir dura jusqu'en 1749. Il reparut aux affaires eu 1771, et s'y maintint jusqu'aux premières crises de cabinet qui firtmt présager la révolution.
L'intendant Bégon paraît être repassé en France en 1728, sinon plus tard. Il fut nommé intendant du Havre et des armées navales, puis mourut en 1753 dans la soixante et dix-septième
année de son âge, ce qui le fait naître en 1676. (Daniel : Officiers de rAea(îie,(i^.)
Claude- Michel Bégoii, frère de l'intendant, épousa, à Montréal en 1718, M. -Elisabeth Eocbert et en eut une fille (1719) qui se maria avec M. de Villebois, puis un garçon (Claude, 1724) sans compter d'autres enfants dont les actes de naissance n'ont pas été retrouvés. (Tanguay, II. 188.)
En 1730, î\ propos des demandes d'avancement, on voit le nom du •' chevalier Bégon" accompagné de la note suivante : ^' Cet officier a très bien servi dans la marine. Il est depuis 18 ans dans la colonie et a plusieurs blessures considérables. Il convient de lui accorder cette place." (Daniel : Aperçu^ 49.)
En 1732, est major à Québec, le chevalier Bégon, âgé de 45 ans, ce qui le fait naître en 1687. (Daniel : Aperçu, 50.)
Cette même année, il y avait au pensionnat des XJrsulines de Québec trois demoiselles Bégon. La plus jeune, âgé de six ans, mourut l'année même. {Les UrsuUnes de Québec II. 174.)
En 1739, M. Bégon était lieutenant du roi à Montréal, avec M. de Beaucourt comme gouverneur et le baron de Longueuil major. (Daniel : Ajjerçu, 55).
M. Eigaud de Vaudreuil (frère de celui qui était gouverneur de la Louisiane et qui revint de cette colonie pour prendre les rênes de l'administration du Canada en 1755) était gouverneur des Trois-Eivières en 1742. Il fut remplacé par M. Bégon, car à l'acte de mariage du clieva-
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lier Autoiiie-Gabiiel Beiioist avec Melle LeBert, H Montréal, le 8 novembre 1743, je lis : '' Furent présents : le marquis de Beauharnais, gouverneur de la Nouvelle-France ; M. de Beaucourt, gouverneur de Montréal ; Michel Bégon, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, gouverneur des Trois-Rivières et son épouse Catherine Rocbert. (Daniel : Grandes Familles, 32. 165.)
Le 7 mars 1745, aux Trois-Rivières, '' madame de Bégon, gouvernante " est marraine de Louise- Marie, fille du chirurgien Alavoine. Le parrain est '' Louis Liénard, écuyer, sieur de Beaujeu, chevalier de Saint-Louis, et lieutenant du roi."
Le 9 avril 1746, même endroit, Rigaud de Vaudreuil est mentionné avec le ijing de major de la ville, à l'occasion du baptême de "Marie-Charlotte Hyabac, anglaise de nation, prise à Sarasto le 9 février " de la même année. Un peu plus loin, même année, je vois au registre de la paroisse des Trois-Rivières, M. ''François Rigaud de Vaudreuil " qualifié de gouverneur de la ville ; sa femme est Louise Hertel de Fleury.
Le 15 janvier 1748 '^ Rigaud de Vaudreuil, chevalier de Saint-Louis, commandant aux Trois- Rivières" est parrain, en ce lieu, d'une petite Algonquine. Le 27 janvier, au registre de la même paroisse, il est dit " major des Trois-Rivières et commandant actuel ; " en cette circonstance il est parrain de Marguerite Rebecca Priée, anglaise de nation, âgée d'environ douze ans.
Le 30 avril, même année, disent les Paris Documents (X. 159) M. Bégon, gouverneur des Trois-RivièreSj mourut à Montréal.
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M. Tauguay note que M. Bégoii était commissaire-ordonnateur du gouvernement des Trois- Kivières sans préciser la date. Dans l'ouvrage intitulé les Ursuîines de Québec (II. 174) il est dit que M. Bégon était capitaine.
Rigaud de Yaudreuil garda le gouvernement des Trois-Rivières, après la mort de M. Bégon. Ici je compl^te la liste des gouverneurs des Trois- Rivières, à la suite de recherches qui m'ont occupé durant vingt-cinq années. L'intervalle de 1742 à 1749 était restée la dernière à combler — mais à l'aide de la persévérance tout se découvre.
M. l'abbé Daniel dit que la famille de notre intendant Bégon est actuellement représentée en France par madame Bégon, comtesse de la Rosière.
Québec, Montréal, Trois-Rivières, qui se montrent soucieux de rappeler nos souvenirs historiques, devraient baptiser une rue ou une place publique d'après l'intendant ou le gouverneur Bégon.