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UN VIEUX LIVRE ET UN VIEUX FUSIL

—Oh ! que oui ! je ne pour:ai pas vous livrer un travail grossier, ça jurerait, vous voyez.

— A près tout, combien 1?

—Passablement cher !

—Mais encore ?

—Un gros prix. Sans compter que je ferai d« mon mieux afin de ne pas nuire à ma réputation.

—Nous payerons ce que cela vaudra. Combien ?

—Ce que ça vaudra. Vous êtes riches, l’argent ne vous pèse pas aux doigts... Tenez, chacun trois livres six. Qu’en pensez-vous ?

—Va pour l’écu français ! s’écrièrent les officiers, qui ne revenaient pas de leur étonnement en présence de cette modeste prétention.

Tolfrey vivait encore lorsque, en 1840, le fusil à percussion fut adopté. Il écrivit dans les journaux et les revues pour demander que l’on plaçât la base de la cheminée à l’arrière de la charge et cita avec éloge le raisonnemenc du chasseur et du forgeron de Québec, sans oublier de mentionner ceux-ci, procédé qui lui fait honneur.

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DE TERRENEUVE AUX MONTAGNES il ROCHEUSES

n- La confédération canadienne couvrant aujournt d’hui presque tous les territoires du nord de ce an continent compris entre le Pacifique et l’Atlan- | tique, il n’est pas hors de propos d’en retracer ff - les origines au point de vue géographique.

nt | Nous allons nécessairement procéder selon l’ordre des découvertes, c’est-à-dire allant de l’est à sil l’ouest. A l’aide de notre histoire écrite, il nous 1r- est facile de dresser le tableau de la marche qu’a la- suivie la race blanche en s’avançant du golfe

ge St-Laurent au pied des Montagnes Rocheuses. et Il ne faut pas oublier que Christophe Colomb n- et tous les découvreurs qui l’ont suivi cherchaient

à atteindre la Chine et le Japon. Quarante et quelques années après l’éclatant triomphe du grand navigateur, les Français tentèrent de pénétrer par le nord dans ces régions nouveiles. Terre-Neuve et les bancs, où les Bretons, les Basques et les Normands faisaient la pêche de la morue, n’avaient pas suffisamment attiré l’attention du monde civilisé. Le roi de France dirigea ses regards de ce côté. Ii envoya Jacques Cartier (1534) pour trouver un passage qui lui permît de nouer des relations avec le continent asiatique sans avoir recours aux Espagnols,

La carte du monde était alors bien restreinte. De vagues notions circulaient ça et là dans Ja classe des lettrés ; il aurait été difficile de trouver ce que de nos jours on nomme un public pour s'intéresser à ces questions nouvelles. Le monde de l’antiquité s’est tenu soigneusement en dehors des grandes questions géographiques. C’est à peine si quelques savants, quelques penseurs avaient osé aborder le problème de l’étendue et de la configuration de notre globe. La recherche des terres inconnues commençait cependant à préoccuper les monarques de l’Europe, mais chaque fois que ceux-ci se sentaient poussés vers des entreprises de cette nature, c'était pour satisfaire leur ambition personnelle, et non pas dans un but scientifique. Il a fallu attendre trois siècles après Cartier avant de voir poindre les études purement géographiques.

Le commerce qui a été le pionnier de presque toutes les entreprises de ce genre, nous à fourni un très grand nombre d’explorateurs. La religion catholique qui par ses missionnaires s’est étendue partout aux extrêmes limites des terres nouvelles nous à aussi procuré des renseignements précieux. Quelques gouverneurs et administrateurs de colonies ou de postes avancés ont contribué pour une bonne part à fixer l’attention des puissances et des hommes d'initiative, sur les régions infinies susceptibles de s’ouvrir à la civilisation.

Après Cartier qui rencontra dans le goife Saint Laurent des navigateurs français et qui osa pénétrer jusqu’à Montréal, nous restons pendant

soixante ans sans avancer dans la connaissance au Canada.

Champlain voulut (1613) recounaître le pays jusqu’à la baie d'Hudson, mais au lieu de prendre la voie du Saint-Maurice qu’il avait remarquée (1610) il tenta le passage par l’Ottawa. Rendu à l’île des Allumettes, les. Sauvages le convainquirent de l’inutilité de sa tentative, en ce sens que la Baie était beaucoup trop loin pour y établir des relations immédiates avec le Saint-Laurent. La connaissance de l’ouest et du nord à cette époque était tellement peu répandue parmi es blancs, que ceux-ci s’imaginaient pouvoir atteindre le Pacifique ou l’entrevoir, à peu près comme Balboa l’avait découvert du haut des montagnes du Darien. On était loin de penser que, au lieu d’un isthme, on avait affaire à un territoire de neuf cent lieues.

Le génie de Champlain lui fit comprendre que si le nord était d’un accès difficile, le sad pouvait s'ouvrir à ses projets. En conséquence il se dirigea de ce côté (1615) et après avoir reconru les abords de la baie Geocrgienne il voulut voir l’On. tario, le traversa et parcourut quelques endroits de l’Etat de New-York. Ainsi, moins de huit ans après la fondation de Québec, le Bas et le Haut-Canada étaient connus. Champlain parait avoir compris que, en äeça des grands lacs, se trouvait un versant dont la pente correspondante de l’auvre côté devait s'étendre très loin. Ses efforts personnels n’allèrent pas jusqu’à tenter la vérification de cette théorie ; mais on voit que, à son retour de France (en 1633-34) il n’hésita

pas à tirer parti des informotions acquises depuis vingt ans, et qu’il envoya Jean Nicolet découvrir la région appelée aujourd’hui le Wisconsin. Nicolet lui rapporta la connaissance d’un grand fleuve qui coulait au delà des pays qu’il avait parcourus. Ceci devait le convaincre de l’extension du continent au sud-ouest des lacs. Malheureusement il ne vécut pas assez longtemps pour vérifier le fait. Les cartes de Champlain ne s’étendent pas au-delà des renseignements obtenus en 1627, c’est pourquoi les grands lacs y sont à peine tracés.

Nous sommes obligés dans cette étude de mettre de côté les colonies anglaises dont les siéges d’opération étaient fixés au bord de la mer, pour la rai bien simple que ces nouveaux habitants de ; Amérique ne cherchaient pas à pénétrer vers l’intérieur. C’est donc uniquement en suivant les explorateurs français, ou plutôt canadiens, que nous allons poursuivre l’examen du développement des connaissances géographiques dans le nord de ce continent.

Après la mort de Champlain, le pouvoir ne parait pas s’être occupé des territoires nouveaux. C’est aux missionnaires Jésuites qu’appartient l’honneur d’avoir fréquenté le plateau des grands lacs entre 1635 et 1670. Il y aurait un volume à écrire sur cette époque curieuse. Je noterai en passant les voyages de deux hommes qui de 1645 à 1660 ont atteint le Missouri et connu le pays des Sioux. (C’étaient Médard Chouard des Groseillers et Pierre Esprit de Radisson son beaufrère, tous deux domiciliés dans le Canada. Le

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rêve que Champlain avait caressé en 1613 et même avant, Chouard pensa le réaliser cinquante ans plus tard pour s'emparer de la baie d'Hudson.

-Il lia connaissance avec les tribus qui trafiquaient

de ce côté et crut an instant à la possibilité d'établir entre le lac Supérieur (mission des Jésuites), et les Kilistinons des rapports suivis. Détrompé par l'indifférence des gouverneurs, il se replia sur l’esprit d'initiative des traiteurs des bords du Saint-Laurent et voulut les entraîner à former une compagnie qui S’assurerait la traite de la ‘ Baie du Nord.” N’ayant pas réussi, à cause du petit nombre des Canadiens (2,000 âmes à cette époque) il osa offrir ses services à l’Angleterre, et fut le véritable fondateur de cette fameuse compagnie de la Baie d'Hudson, qui n’a cessé de prospérer depuis deux siècles et qui est devenue une puissance dans l’Etat,.

Les connaissances géographiques, à la date de 1670, s’étendaient done de Terre-Neuve à l’embouchure du Saguenay, de là à l£ baie James et de là au nord du lac Supérieur. Il faudrait aussi tenir compte de ce que Chouard et les missionnaires avaient fait dans la direction du pays des Sioux (Missouri) et Se rappeler l’exploration de Nicolet du côté de la baie Verte et de la rivière Wisconsin, découvertes quis’étendaient au centre même de l’Amérique. Les nations de ces vastes territoires n’avaient pas tardé à établir des rapports avec le Saint-Laurent. Désormais l’idée française pouvait dominer cette partie du Nouveau-Monde. Pour arriver plus loin, il fallait des hommes aptes à comprendre le mouvement

de la civilisation vers l’ouest. Les missionnaires et quelques interprètes entrèrent dans cette voie. Ce n’était pas tout pour la petite colonie de Québec que d’avoir inspiré la fondation des Trois-Rivières et de Montréal ; il fallait remonter le cours des eaux, franchir la hauteur des terres au nord et à l’ouest, et se répandre dans l’inconnu.

Rien n’égale dans l’histoire des découvertes, l’audace et la sagesse des conceptions que nos pères surent déployer dans cet envahissement pacifique qui devait les mettre en possession des domaines du soleil couchant.

S'assurer l’alliance des tribus indiennes, était une condition indispensable, Les colonies de la Nouvelle-Angleterre commençaient à traiter avec les peuplades du voisinage des laes. La France avait intérêt à faire pencher de son côté l’influence de tant de nations qui, pour les fins du commerce ou de la guerre, pouvaient lui assurer la prépondérance sur presque tout le continent. C’est pourquoi en 1670 il y eut au Sault Sainte- Marie une cérémonie de prise de possession solennelle de tous les pays autour des lacs. Plusieurs personnages contribuèrent à cet évènement, mais parmi eux Nicolas Perrot paraît mériter le premier rang. Il entraîna du côté de la France les nations desquelles dépendait le libre accès des pays inconnus. Si notre drapeau a flotté sans obstacle pendant un siècle (1670- 1760) sur lg majeure partie de ce continent, c’est dû en partie à l’initiative énergique de quelques humbles traiteurs de sa trempe,

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A peine les grands lacs étaient-ils devenus définitivement français que Joliet et Marquette (1673) descendaient le Mississipi ‘‘ jetant d’un seul trait sur la carte du monde ces vastes régions, futur grenier du genre humain” (L. H. Fréchette)., La Louisiane se révéla aux yeux des Canadiens comme le Canada s'était montré à la France un siècle auparavant. Seulement, cette fois, la marche de la civilisation fut beaucoup plus rapide,

Les temps nouveaux commençaient. Le foyer des connaissances géographiques n’était plus à Paris mais à Québec, c’est-à-dire aux portes mêmes de la zône à étudier. C'était de nous désormais que devait partir le mouvement, Nos pères ne se firent pas tirer l’oreille, ils doublèrent et triplèrent le champ de découvertes qu’on leur désigna. L’Ohio fut remonté à ses sources ; le Missouri livra ses secrets, la baie d'Hudson devint un lac canadien. Tout cela eut lieu de 1675 à 1700. Epoque fameuse, dont on ne saurait trop admirer l’élan.

Bientôt il fut question de reculer encore les bornes du monde connu. Un blanc restait sur la carte, comme il en existait un, il y a vingt ans, au centre de l’Afrique. Du lac Supérieur à la mer de l’ouest, tout était resté mystérieux ; on ne savait même pas quelle était l’étendue des terres de ce côté. Il se présenta un homme dressé à ces sortes d’aventures et on le laissa porter le nom de la France au pied des Montagnes Rocheuses, Varennes de la Vérendrye ne se contenta pas de découvrir, il sut fonder et doraer

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