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encore, la molle créature, et vivre, vivre à tout prix. On devine sur cette bouche sensuelle le dernier cri qui va s'en échapper : « Encore une minute, monsieur le bourreau! »
Encore une minute! Encore un peu de plaisir!
C'est le cri qu'ils jetteraient tous, s'ils savaient, ces hommes et ces femmes de plaisir, ceux mêmes et celles qui vont mourir courageusement. Au seuil du salon Louis XVI, le dernier de l'enfilade, la terreur et la pitié retiennent un instant le visiteur. La plupart des têtes qu'il voit là sont marquées pour le couteau, d'autres pour l'exil, pour les funestes aventures des jours futurs. Le vieux Gluck, placé sur une des portes, et qui lève les yeux au ciel en cherchant ses mélodies, pourrait trouver dans cette salle et y faire entendre les incantations aux mânes dont le gémissement emplit son Orphée. L'auditoire du musicien est composé d'ombres tragiques.
Suspendons ici notre visite; nous l'achèverons une autre fois, parmi les personnages de cette société plus proche, plus émouvante, rattachée à la nôtre par tant de liens. Ils nous conduiront jusqu'à nos jours, à travers les troubles et les angoisses qui font leurs portraits si pathétiques.
Un monde commence avec Louis XVI, un monde a fini avec Louis XV. De même que le siècle de Louis XIV, à l'autre bout de cette galerie, empiétait sur son successeur, de même le siècle des
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Révolutions, — celui qui hier encore était le nôtre, — reflue violemment sur les dernières années du xviii* siècle, les sépare de l'ancien temps et les tire vers nous. Nous en avons fini avec ceux qui ont goûté pleinement toute cette douceur de vivre, regrettée par M. de Talleyrand. Laissons-les se rendormir dans la nuit qui vient; regagnons les terrasses et les bosquets où ils se divertirent dans les fêtes galantes. L'immense paix du soir tombe sur la nappe verte des bois, sur les blanches statues, sur les bassins assoupis,
Ces bassins où sont morts tant de soleils augustes....
Une fois encore, les lueurs fantastiques du couchant rallument dans les vitres de la galerie les feux éteints; elles y raniment la vie, toutes les vies du passé. La plainte funèbre d'Eurydice va soupirer là-haut, sur le clavecin de la Reine; ou, plus lointaine dans ces tribunes du jardin, l'ariette de Lulli sur les basses de viole qui versèrent l'amour à La Vallière, à tant d'autres Psychés délaissées par le jeune dieu... « Il y avait au-dessus une tribune pour les musiciens qui chantaient... »
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