‹ Pages de critique et de doctrineChapitre 3 sur 12 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Mon cher Lemaitre,

Je vous envoie un de ces recueils composites que nos aînés intitulaient simplement : mélanges. J^ai toujours aimé, chez les autres, ces sortes d'ouvrages, dont le type supérieur serait, — si parva licet..., — les Lundis de Sainte-Beuve et les Essais de Montaigne. Même à ces chefs-d'œuvre du genre, je vois bien qu'il manque l'ordonnance, l'unité d'objet, la perspective, ces qualités qui font d'un livre une créature organisée dont les chapitres se tiennent comme les membres d'un corps. N'ont-ils pas, en revanche, d'autres vertus : plus de spontanéité, plus de liberté, plus de naturel? Passant, comme ils font, d'un thème à un autre, les effleurant tous sans les épuiser, Sainte-Beuve et Montaigne laissent leur esprit aller devant soi. Ils l'astreignent moins. A les sîùvre ainsi qui, tour à tour et sans transition, discutent un point d'histoire et un point d'esthétique, une question de morale et un problème littéraire, n'a-t-on pas l'impression de causer avec eux, de les avoir là, vivants? Oui, l'unité d'objet

manque, mais une autre unité se dégage, celle de la personne. Cest le charme encore de ces volumes que f allais oublier, — ne sont-ils pas, eux aussi, des mélanges? — les Contemporains et les Impressions de théâtre. Vous avez su y empreindre toute U originalité que nous goûtons dans vos œuvres méditées et armaturées : Sérénus, Révoltée, le Pardon, la Massière, Racine, Rousseau... Ce n'étaient pourtant, ces Contemporains et ces Impressions, que des recueils d'articles, des fragments écrits au hasard, selon qu'un incident plaçait en vedette tel poète et tel historien, tel romancier ou tel philosophe. Je voudrais penser que vous trouverez à feuilleter ces Pages de Critique et de Doctrine, rédigées de même, un peu du plaisir que f avais autrefois à rencontrer, dans quelque journal, vos Opinion et vos Billets du matin. J'entends toujours la voix de V aimable Meilhac m' interpellant, quand j'allais déjeuner avec lui, dans cet aimable restaurant Durand, aujourd'hui détruit : o Etait-il exquis, le dernier Lemaîtrel » Et sur sa face ronde de vieux mandarin, il avait le spirituel et jeune sourire que vous lui avez connu, — celui de ses délicieuses pièces et de ses contes.

D'une chose au moins, je suis sûr, ce livre aura pour vous cet intérêt : il s'y dessine une courbe de pensée très analogue à celle que vous avez suivie vous-même. Nous avons grandi tous les deux, mon cher Lemaître, dans l'atmosphère et dans

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