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MILLE

C’est le père de Chomel, Jean-Baptiste qui, le premier, quitta Gannat et vint s'établir à Paris pour y exercer la médecine, prenant ainsi la tête de la branche de Paris.

Il acheta en 1669 sa charge de « médecin par quartier du Roy » qu’il paya 24 milles livres tournois (1).

Il épouse la fille d’un chirurgien du pays et, bien soutenu par des amitiés puissantes, par le patronage de ses parents les De Lorme, médecin célèbre du Bourbonnais, il occupe bientôt à Paris une situation brillante.

De sa nombreuse famille nous ne retiendrons que les deux garçons : l’aîné Pierre-Jean-Baptiste qui succède dans sa charge à son père, et le cadet Jacques- François. Dans la grande maison de la rue des Fossés de la Porte Saint-Victor, un coin de l’ancien Paris, la vie était facile, le Docteur Chomel jouissait de l'estime de la ville comme « conseiller médecin ordinaire ». Ses enfants furent baptisés à l’église voisine, à Saint-Séverin.

Le jeune Chomel fit ses études à Paris. Elles sont tout entières orientées vers les lettres et c’est sans doute après avoir été reçu « maître es arts », un équivalent du baccalauréat, que François Chomel sentit naître en lui une vocation bizarre, celle de l’étude des eaux minérales.

Cette orientation est en effet très nette, elle s’explique facilement ; dans sa famille, noblesse de robe,

(1) In Delaunay, Le Monde médical parisien au xvur siècle. Chapitre : Situation sociale des Médecins.

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on ne s'occupe guère de lui, les traditions veulent que ce soit son frère aîné qui reçoive la succession paternelle ; François Chomel sera livré un peu à lui-même, à son inspiration.

Il voyage, il parcourt les monts du Bourbonnais où il a des parents, dans un but d'herborisation, en naturaliste ou même en minéralogiste ; c’est dans ce sens qu'il écrit à Tournefort pour lui demander conseil, mais au cours de ses voyages, il a été frappé par l’aspect particulier du pays, par ces sources que l’on trouve, de nos jours encore, au détour des champs, et l’on peut imaginer le jeune bachelier causant dans les châteaux ou les hameaux, apprenant des uns et des autres les vertus, les propriétés des eaux qu’il rencontre. Peu à peu se précise le désir d’étudier ces phénomènes, d’en rechercher la cause, d’en élucider le mécanisme, d’en vérifier les propriétés. C’est avec cette arrière-pensée qu’il partira en Italie, qu’il se dirigera surtout vers Naples (1) et ses montagnes où les sources sont nombreuses : ainsi Chomel fut hydrolo-

gue avant d’être médecin.

Cest au retour de ce voyage qu’il fait part à sa famille de son désir d'apprendre la médecine. Il n'est Pas question d’établir le jeune homme à Paris, réservé à l’aîné. Son père, fin diplomate, l'envoie alors faire ses études à Montpellier, la célèbre Faculté rivale. Dès ce moment, Chomel se destine à la Médecine ther-

(1) Archives de Monsieur Graviers Dumonceaux. Chapitre Chomel. Tome XVII.

male et l'exemple de Charles de Lorme, son oncle, le médecin de Bourbon, le pousse dans cette voie.

Les études de Chomel à Montpellier furent brillantes, il est élu « consilarius universitatis », ce qui est un honneur réservé aux bons élèves. Trois ans après, il est reçu bachelier, sous la présidence de Deidier, son grand patron. Il dédie sa thèse à Guy Fagon, thèse qui était divisée en 6 chapitres, très complète, très documentée, et, aux dires de Carrère, un modèle du genre.

Ensuite ce sont les cours, les 5 leçons sur les grands classiques, puis les examens « per intentionem », qui durent 4 jours, et se passent sous la présidence de maîtres différents.

C’est au cours de l’un d’eux qu’il fit connaissance avec Chycoyneau qui devait le suivre au cours de sa carrière. Le dernier examen, « le point rigoureux » que l’on passait avec le doyen, comportait 24 questions extraites d’'Hippocrate et de Galien, auxquelles il fallait répondre ; Chomel les franchit avec succès, il en garda reconnaissance et cite souvent dans ses ouvrages les maîtres de l’antiquité.

Il passe ensuite les « triduades », examen honorifique à la suite duquel il est admis dans la congrégation « per fidem magni ordinari ». L’année suivante, c’est le « triomphe », il reçoit le grade de Docteur en 1709. |

Telles étaient les études longues, difficiles, le programme étendu, les connaissances vastes que l’on de-

mandait aux médecins vers la fin du xvir siècle.

L'exemple de François Chomel montre que, même avec un nom célèbre, des patronages, on demandait encore aux étudiants des qualités solides, de l’assiduité, ce qui leur permettait de porter brillamment ce grade qu’un malade de génie de ce temps-là avait pourtant ridiculisé.

Un chiffre, d’ailleurs, prouve avec éloquence la difficulté des études : 14 étudiants seulement furent nommés médecins devant la Faculté de Montpellier en l’an 1709.

Devenu médecin, Chomel retourna dans le Bourbonnais, recommença à voyager, parcourut de nouveau la région. C’est à cette époque qu’il se fixa à Vichy, que par des études complètes et personnelles il acquit une connaissance approfondie des besoins du Pays, connaissance telle qu’en 1715 il adresse au roi sa première requête pour l'Hôpital de Vichy.

C’est pourquoi un an après, Poirier le proposa pour succéder à Claude Fouet comme Surintendant : Il ne s’improvisait pas médecin thermal.

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