LA VIE THERMALE AU XVII: SIECLE
Telles furent les études particulières, spécialisées, à la fin desquelles Chomel fut nommé médecin de Vichy. Il est juste de dire qu’il était une exception à son époque. Au xvir° siècle, en effet, la vie thermale était encore très influencée par la Renaissance, très handicapée par l'hygiène lamentable de cette époque que l’on a appelée le « prétendu Grand Siècle ».
Certes sous Louis XIV, comme à toutes les époques, on avait fréquenté les stations thermales, c’est même à ce moment que l’on voit se dessiner la vogue des stations d'Auvergne, mais le grand centre attractif de l’époque était encore Forges-les-Eaux dont la vie thermale, et surtout la vie mondaine, faisait beaucoup de bruit, à ce qu’en disent les chroniqueurs de l’époque, à ce qu’on peut en relire dans le « Mercure Galant ».
N'est-ce pas au grand théâtre de Forges qu’on joua les premières pièces d’un avocat rouennais peu connu:
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Pierre Corneille. Forges collectionna les clientes célèbres, et ce fut surtout la Grande Mademoiselle qui lui fut la plus fidèle, tandis que Louvois en revint furieux.
A côté de Forges, il faut aussi citer Pougues et naturellement Plombières, qui gardait comme un reflet de sa réputation du Moyen-Age.
Mais c'était surtout les stations thermales étrangères qui étaient les plus fréquentées. Les stations italiennes très nombreuses en Toscane, au Piémont, étaient célèbres par leur luxe; un peu de la gloire artistique de la Renaissance leur était restée. La beauté des édifices, l’agrément des sites, le charme des habitants, avaient frappé l'esprit des voyageurs, même les plus blasés comme Montaigne.
Spa rivalisait avec l'Italie ; ses plaisirs célèbres, ses maisons de jeu attiraient les baigneurs.
Bath, en Angleterre, était déjà très fréquentée.
Dans tout cet ensemble, il était à peine question des eaux minérales, ce n’était pas pour elles que l’on voyageait ; ce qui, au xvir° siècle, attirait les malades, ce n’était pas seulement le désir de guérir, ils venaient pour bien d’autres raisons :
D’abord la Mode. Il était de bon ton, dans la société, autant celle de Paris que celle de Londres ou de Berlin, de se rendre à un moment propice aux eaux, déplacement qui apportait des distractions nouvelles dans des pays généralement beaux. Le traitement présentait pour beaucoup un intérêt bien moins grand que les amis que l’on y rencontrait, que l’agrément
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d'écrire ou de dire autour de soi les nouvelles de la cure, et comme généralement les villes d'eaux n’étaient pas fameuses pour les rigueurs de leurs mœurs, la joie de médire un peu : c’est ainsi que nous sont parvenues les frasques du chevalier de Lorraine, les distractions galantes de Lord Buckingham.
Très près de la mode, il faut placer la recherche du Plaisir. Si, au xvrr° siècle, les villes d’eaux n’étaient plus ce qu’elles représentaient au Moyen-Age, s’il n’était plus possible d’y trouver les ressources qui avaient rendu Bade célèbre, il faut croire qu’elles présentaient encore un certain attrait, puisque dans les clauses des mariages de la Haute Bourgeoisie, le mari s’engageait à conduire « une fois l’an » aux Eaux, sa jeune épousée.
La gaieté régnait dans les stations thermales : promenades, collations plus ou moins improvisées, sérénades se multipliaient. C’est là que les gens d’esprit donnaient libre cours à leur imagination, témoin l’histoire de Bassompierre et de ses violons ; et l’on peut se demander si Louis XIII serait venu à Forges si le pays avait été moins giboyeux.
Enfin l'influence des religieux n’était pas négligeable ; les couvents étaient installés dans presque tous les grands centres thermaux. Ils soignaient et hébergeaient les pauvres. C’étaient les Cordeliers à Alise- Sainte-Reine, les Capucins à Bade, à Forges, à Spa et à Vichy ; les Bénédictins étaient à Cauterets ; les dames du Chapitre de Remiremont à Plombières. Mais ils donnaient aussi l'hospitalité aux riches. Les
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pères étaient de familles nobles et l’hospitalité conventuelle des plus recherchées. Leur puissance était grande, témoin le respect, les louanges que Chomel, politique à ses heures, leur prodiguera dans son ouvrage.
Recevoir l’appel des Bons Pères et y répondre était considéré comme des plus flatteurs.
Mais de toutes ces raisons de la vogue des stations thermales, de la principale, des vertus thérapeutiques des Eaux, il n’en est guère question : elles existaient pourtant.
De loin en loin, un observateur plus perspicace notait une cure heureuse, c’est ce qui a rendu célèbres les classiques remarques de Mme de Sévigné. Certaines cures historiques nous sont aussi parvenues, telle la cure de Catherine de Médicis conduite à Forges par son premier médecin Fernel, ce médecin que son Époque considère comme aussi classique qu'Hippocrate lui-même.
Les deux grossesses de Jeanne d’Albret et d'Anne d'Autriche expliquent en partie le succès de Forges.
On pourrait citer d’autres cures célèbres, celle de M. de Marcillac, celle de Louis XIII, du Duc de la Rochefoucauld. Louvois, le duc du Maine vinrent à Barèges et Fagon s’institue médecin thermal, comme si les stations n’en possédaient pas.
Des médecins « Aux Eaux » au xvir siècle, il faut d'emblée en excepter quelques-uns, précurseurs de génie, médecins de talent, qui ont dans l’histoire de la médecine une place méritée, et aussi quelques mé-