CHOMEL ADMINISTRATEUR
Mais le côté médical, scientifique de Chomel, ne représente qu’une partie de son œuvre ou de son caractère. Son activité, sa personnalité s’exercèrent sur un domaine beaucoup plus vaste que la médecine thermale théorique.
L'un des premiers, il sut comprendre que la clientèle des villes d'eaux demanderait de jour en jour un luxe plus grand, des installations plus confortables.
L'un des premiers, il comprit les ressources que l’on pourrait tirer de l’exportation des eaux thermales, et il prit sur ce chapitre nettement position contre tel de ses contemporains qui, comme Burlet, soutenait que les eaux exportées n’avaient aucune valeur thérapeutique ou une valeur moindre. Et il appuya sa conviction de nombreuses communications à l’Académie Royale des sciences.
Le rôle de Chomel débuta dès son arrivée à Vichy,
avant même sa nomination de surintendant. Tout tombait en ruine. La maison du Roy était dans un état lamentable. Les réparations étaient urgentes, Chomel d’abord augmenta le bain public, d’une chambre et d’un vestibule qui permettaient un meilleur accès.
Il enrichit le bain d’une petite cabine où les sœurs de charité pouvaient déposer le linge qui servait aux baigneurs ; ces travaux sont consignés dans le rapport de l’Intendant Chillot (1).
Mais les réparations se montrèrent vite insuffisantes, d’ailleurs Chomel rêvait d’autre chose. Aussi dès 1727, présente-t-il une nouvelle requête au Roy pour demander des embellissements. Il invoque, raison bien neuve, et qui prouve la grande intelligence de l’hydrologie générale que possédait Chomel, l'importance de ces réparations au point de vue propagande française et étrangère. C’est l’instruction de Chillac-Brunet d'Evry, qui conclut rapidement dans le sens de Chomel. Leurs constatations sont désastreuses ; le toit de la Maison du Roy s'écroule, les encoignures menacent de tomber, les portes sont incapables de fermer. À l’intérieur le plancher est pourri ; on se demande ce qui restait de l'établissement primitif ?
Sous l’impulsion de Chomel, ils proposent des améliorations notables et presque luxueuses, deux pavillons en pierre de Volvic, au-dessus de la Grande Grille et du Puits Quarré, pavillons soutenus par des colonnes sous lesquelles les baigneurs pourront boire
(1) Arrêté de 1717. Archives de la Ville de Vichy.
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les eaux sans être trop incommodés par la pluie ou le vent.
À la Maison du Roy, un premier étage avec mansarde pour réunir les accessoires nécessaires aux baigneurs, on aménage le canal réservoir d’où viennent les eaux. Le tout coûte, d’après le devis que l’on retrouve aux archives de l’Allier : 3.490 livres 15 sols.
Le devis n’était pas achevé, que le réservoir des Capucins s'écroule, et que la Maison du Roy menace de s'effondrer. Chomel tire le meilleur parti de cet incident : il s'empresse de commencer les réparations à ses frais, il reconstruit le mur éboulé, dépense 1.500 livres dans l’aventure.
Mais les frais dépassent les prévisions et Chomel fait encore des avances aux entrepreneurs. Il leur donne des sommes importantes qui vont leur permettre d'exécuter le devis de Chillac et d'élever en plus un pavillon, au-dessus de la source Chomel qu’il avait récemment découverte et de l’englober dans un bassin de marbre blanc.
C’est au cours de ses opérations que les Capucins, lésés dans leur droit, feront à Chomel un fameux procès que nous exposerons ultérieurement.
Chomel, homme de décision, mena à bien ce travail et le sévère historien de Vichy, Mallat, conclut, ce qui est sous sa plume un des plus beaux compliments, que l’on pouvait adresser à Chomel :
« D’une chaumière qu'était la Maison du Roy, il fit un logis d’assez belle apparence ».
Chomel, en effet, avait transformé l'établissement
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thermal. Il sépare les eaux et les deux sources principales, Grande Grille et Puits Quarré, alimentent deux bains différents, dans deux chambres séparées. En outre, il capte les vapeurs, les conduit dans des étuves et, ainsi, les baigneurs peuvent faire leur cure sans sortir de l’établissement. Il y avait également des chambres de repos ; ceux qui veulent « suer » dans leur lit sont servis par des doucheurs.
Les eaux se déchargent dans l'Allier par un grand canal voûté, souterrain, au-dessous du jardin des Capucins.
La ville et les ruelles sont toujours propres.
Chomel traduisait ainsi le souci de confort et de luxe qui est le fait dominant de son époque.
Mais Chomel ne reste pas inactif. Trois ans après, en 1732, il adresse au Roi une nouvelle requête pour agrandir l'hôpital et demande la Maison Fouet pour y mettre les paralytiques. Cette maison que Fouet avait légué à sa sœur, qui venait de mourir, était proche des sources et particulièrement commode. Pour réussir dans sa demande, Chomel varie ses interlocuteurs, pour le Puits Quarré, il s’adressait au Duc de Grammont, pour l'hôpital, il importune Forisson.
Chomel connaît les détours de la Cour, il sait la lenteur des Administrations. Aussi dans toutes ses requêtes, avec une générosité qui ne s’est jamais démentie, il propose toujours d'avancer les fonds. Méthode qui lui a toujours réussi, mais qui présentait avec l'avantage d’accélérer la procédure, le grand danger