CHAPITRE XI
Magasin - Bois de corde et escroc
c(^T auvreau et Fortier, telle est la raison sociale que portait le premier magasin de Saint-Pierre. Il fut ouvert en 1879.
Jusque là, il fallait aller s’approvisionner à la ville. Manque d’argent, manque d’expérience ou autre chose, le magasin Gauvreau et Fortier vint bien vite en liquidation. Ce magasin se tenait dans un tout petit chantier sur le lot 27 de la Rivière-aux-Rats.
En même temps, un M. F. Garneau avait ouvert une épicerie auprès d!Otterburne, au Nord du pont du chemin de fer, du côté est sur le lot « N ». Il végéta jusqu’au printemps 1880.
En 1879, encore à Otterburne, un ancien officier de l’armée anglaise, — du moins on l’appelait (( le capitaine Iwing », — ouvrit un petit magasin qui résista jusqu’à la mort du propriétaire.
C’était un curieux type, ce grand et gros bonhomme, affable, honnête en affaires, parlant outre sa langue, l’anglais, assez bien le français et l’allemand. Il avait couru le monde. D’après ce qu’il me raconta un jour, en 1848, dans sa fougue de jeunesse, il était allé à Paris et aux « Trois Glorieuses » ; il se battit dans les rues pour la république; il fut ramassé la tête
ouverte et sans connaissance auprès d’une barricade. Il guérit et prit du service dans l’armée des Indes, conquit quelques grades, puis, dut donner sa démission et revint en Angleterre. Il s’était quelque peu marié je ne sais trop où, et l’esprit d’aventures le reprenant, il était venu en garçon au Canada, et il vint échouer à Otterburne, en 1879. Quelque temps après, il était nommé chef de poste et ensuite, il devint juge de paix. Dieu ait pitié de son âme!
Au printemps 1879, un individu du nom de Zerbess ouvrit lui aussi un magasin près de la station d’Otterburne. Très aimable, complaisant, parlant un peu toutes les langues, il eut vite fait de s’attirer la confiance de tout le monde.
Le chemin de fer venait de se construire, et les locomotives chauffaient au bois. Les nouveaux colons de Saint-Pierre n’étaient pas riches, et le bois était alors en assez grande abondance. Des centaines de cordes de beau chêne furent transportées à Otterburne pendant l’hiver 1879-1880. Zerbess se chargeait de les vendre.
Il les vendit bel et bien et le jour où l’argent fut remis entre ses mains, le 18 mars, il prit tout simplement le train de Saint-Paul. On n’en entendit plus parler. Il emportait un millier de piastres appartenant aux gens de Saint-Pierre et laissait en outre environ deux milles piastres de dettes que ses fournisseurs durent mettre au chapitre des profits et pertes.
La maison de Zerbess avait passé au feu dans l’automne et il s’était rebâti presque aussitôt. Voici comment, à l’automne 1879, Otterburne fut visité par le feu.