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CHAPITRE XII

Uu chemin de fer qui brûle

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out le monde connaît le feu de prairies. Dans ces c/+Y immenses plaines, l’herbe poussée pendant l’été, et ayant atteint parfois, surtout dans les bas-fonds, une hauteur assez considérable, se dessèche vite après les premières gelées et par les automnes secs ordinairement devient inflammable comme de l’amadou.

L’imprudence d’un voyageur jetant un bout d’allumette enflammée, le feu mal éteint d’un campement font allumer un incendie. Le vent l’excite et le pousse très vite; c’est une bande de flammes qui court en crépitant. Le long des lignes de chemin de fer, ce sont les étincelles échappées de la locomotive qui allument le terrible élément. Le feu court, s’étend, il vole, et le vent croissant, il vole avec une' rapidité inconcevable: tout de suite un nuage de fumée obscurcit le ciel; le soleil n’apparaît plus que comme un disque rouge; une odeur âcre remplit l’atmosphère, et loin du rideau de flamme encore inaperçu, on sent le feu de prairie.

Le soir, l’horizon devient rouge et la réverbération produit comme une aurore sanglante.

Autrefois, le voyageur qui courait la prairie avait à redouter cet incendie qui dévore l’espace en course folle, et quand il voyait au loin la bande de flammes il n’avait qu’une défense: c’était de mettre le feu. Il marchait alors sur la prairie brûlée, et l’incendie, qui tout à l’heure le poursuivait, s’arrêtait faute d’aliments; mais plus loin, devant, le feu courait et volait.

Parfois, par nos nuits d’automne, nous voyons encore les aurores sanglantes, nous sentons l’odeur du foin brûlé et, quelquefois, il nous est même donné de voir en vaste arc de cercle, la flamme courir en crépitant; mais les chemins, les cultures et les canaux qui coupent fréquemment la plaine, arrêtent le feu de prairie.

Nous le craignons cependant, car il ne se passe pas d’année sans que le feu de prairie détruise des milliers de tonnes de foin laissées en meules dans les champs et même parfois des meules de grains.

Mais alors que les vastes plaines n’étaient pas encore habitées, le feu de prairie, courant en liberté, s’en allait sans frein, dévorant des espaces immenses, détruisant les jeunes pousses d’arbres dont il rencontrait les touffes ça et là, nettoyant tout sur son passage, ne laissant derrière lui qu’un immense drap mortuaire.

Le six octobre, 1879, dès le matin, à Saint-Pierre, l’atmosphère sombre était chargée de cendres, et la fumée âcre vous faisait pleurer les yeux. Voilà que vers midi, des volées de poules de prairie passent, passent sans cesse, et bientôt tout là-bas, au bout de la vaste plaine qui se déroule au sud de Saint-Pierre, le feu paraît.

Qui n’a vu le feu de prairie excité et poussé par un grand vent ne peut s’imaginer avec quelle vitesse il court.

Des hommes travaillaient sur le chemin de fer. Ils veulent se sauver sur leur char à bras. Le feu les gagne, ils fuient avec toute la vitesse dont ils peuvent activer leur véhicule. Le feu gagne, gagne toujours, et le rideau de flamme les enveloppe un instant. Trois d’entre eux sont sérieusement brûlés. Un cultivateur d’Otterburne, Down, faisait du foin à quelque distance de chez lui. Il arrête sa faucheuse, veut décrocher ses chevaux; le rideau de flamme l’enveloppe aussi et il est horriblement brûlé. Ses chevaux sont brûlés à mort.

Les dormants de la voie du chemin de fer prennent feu et les boulons sautent et les rails se tordent. Des cordes de bois amoncelées aux approches d’Otterburne font une terrible fournaise, et le feu court toujours vers le nord poussé par la violence extrême du vent du sud.

Les trains venant du sud furent arrêtés vingtquatre heures à quelque distance de la gare jusqu’à ce que des équipes d’ouvriers aient pu raccommoder la voie.

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