CHAPITRE XV
Une cloche
e quatrième dimanche de l’avent 1882, au moment de sonner la grand’messe, monsieur le curé, comme d’habitude, était sur le seuil de la petite église de Saint-Pierre et secouait une petite cloche à main. Elle faisait dioledaing-ding, ding, ding, etc. Quelqu’un dit : <( Monsieur le curé, vous n’êtes pas tanné de sonner cette petite clochelà? » Il n’y avait pas jusqu’alors de cloche à Saint- Pierre. « Oh! oui, dit le curé. ... et c’est la dernière fois que je sonne ce grelot. » Et cependant, il avait rendu bon service le grelot. « Tenez, c’est fini! » et ce disant, monsieur le curé lance la clochette de l’autre côté du chemin, elle tombe en tintinnabulant dans des saules qui bordaient le petit étang qui peu à peu s’est desséché depuis.
Après le prône, monsieur le curé annonce que le jour de Noël la quête de la messe de minuit se ferait pour aider à l’achat d’une cloche. « Mais, dit monsieur le curé, il nous faut une cloche qui s’entende au loin et qui porte jusqu’aux extrémités de la paroisse la voix de l'église. Il demande des parrains et des marraines pour le baptême de ce bébé qui devra
peser mille livres. Cinquante piastres, c’est le prix de l’honneur de nommer Mademoiselle.
Le jour de Noël, quatre enfants faisaient à la messe de minuit la quête annoncée. C’étaient Philibert Ladéroute et sa sœur Alice, et François L’Heureux et sa sœur Anna.
La quête donna quatre vingt-douze piastres; c’était un excellent commencement. Dans le cours de la semaine suivante, cinq parrains apportaient leurs contributions de cinquante piastres. Enfin, avec les souscriptions particulières, qui vinrent d’elles-mêmes dans les quinze jours suivants, la somme totale arrivait à cinq cents piastres.
La cloche fut commandée à la fonderie de Clinton H. Meneely à Troy, état de New-York.
Elle fut expédiée au mois de mai à la station de Niverville; car il n’y avait pas encore de pont sur la Rivière-aux-Rats, et les paroissiens de Saint-Pierre craignaient d’avoir des difficultés à lui faire traverser à bras le pont du chemin de fer. Elle arrivait à Saint-Pierre dans les premiers jours de juin. On lui avait fait un rustique palais aérien à cette cloche. Montée sur une sorte d’échafaud de vingt-quatre pieds de hauteur, elle pourra lancer sa voix à tous les vents.
Tout fut bientôt prêt, et le 20 juin, par un temps splendide, eut lieu la cérémonie de la bénédiction.
L’acte relatant cette belle cérémonie fut dressé par l’honorable Joseph Royal, alors député de Provencher aux Communes du Canada, et il est assez intéressant pour qu’il nous suffise de le transcrire ici, et le lecteur connaîtral’histoire de lacloche de Saint-Pierre.
MONSIEUR ANDRÉ NAULT Préfet actuel de la Municipalité de De Salaberry, qui fut premier enfant de chœur à Saint-Pierre en 1880, et qui est Maire de la paroisse depuis plusieurs années.
« Le vingtième jour de juin 1883, a eu lieu le baptême de Marie, Eusèbe, Alexandrine, Philibertine, Noël, cloche de la paroisse, par Sa Grâce Monseigneur Taché de Saint-Boniface, en l’église du lieu, au milieu d’un grand concours des habitants de la paroisse et d’étrangers.
« Cette cloche pèse 991 livres, à été fondue à Troy, état de New-York, E.-TJ., par Cünton H. Meneely Bell Co., et porte les inscriptions suivantes: à savoir,
sur une face:
J’AI ETE FONDUE A TROY POUR LA PAROISSE DE SAINT-PIERRE * EN MDCCCLXXXIII,