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CHAPITRE XXII

Xa mcrt de Monseigneur Taché

e vingt-deux juin 1S94. la nouvelle de la mort de Monseigneur Alexandre- Antonin Fâché plongeait dans le deuil tous les catholiques du pays. A Saint-Pierre, où Sa Grandeur était si populaire. où elle était si aimée, ce fut de la stupeur. Cette mort n était pas imprévue. Monseigneur Taché était malade depuis longtemps, cependant on ne pouvait réaliser que le bon vieil archevêque pût nous quitter. Tant d’années il avait été l’àme du pays tout entier, et bien que dans ses derniers temps, il ne pût que rarement visiter ses paroisses, on peut dire que par ses relations et communications avec ses curés, son esprit vivifiait tout: c’était vraiment le père.

I.e lundi suivant devait avoir lieu la distribution des prix au couvent, et voulant donner une solennité toute particulière à cet événement cette année à cause de la persécution scolaire dont les catholiques de Manitoba étaient les victimes depuis ISiX) et qui venait de prendre une intensité plus grande encore, monsieur le curé, profitant de l’autorisation de don-

ner le salut du Très Saint Sacrement à la suite de la distribution des prix, avait organisé une véritable fête des écoles de toute la paroisse. Cette fête devait se faire à l’église et se terminer par un salut solennel. On crut que le grand deuil dans lequel nous étions plongés ne devait pas donner cause à supprimer cette protestation et cette fête de nos enfants.

Donc, à neuf heures le lundi matin, avait lieu un grand service pour le repos de l’âme du vénéré défunt, et immédiatement après se fit la distribution des prix et la fête religieuse qui avait été préparée, et Monseigneur Taché dut tressaillir dans son cercueil pendant que nous chantions:

Nous voulons Dieu dans nos écoles Afin qu’on enseigne à nos fils Sa loi, ses divines paroles,

Sous les regards du crucifix.

L’église se remplit pour le service comme aux grands jours de fête ; c’était vraiment une douleur profonde dans cette foule; tous pleuraient le père. La fête scolaire qui suivit fut des plus touchantes et des plus belles que l’on ait vues à Saint-Pierre.

Un grand nombre de paroissiens voulurent aller aux funérailles à Saint-Boniface et la société de Saint- Jean-Baptiste de Saint-Pierre s’y rendit en corps avec sa bannière voilée de crêpe. Un assez grand nombre de messes furent dites pour l’illustre défunt, et, chose touchante à remarquer, c’est que les enfants se firent les quêteurs à cette occasion pour accumuler les honoraires.

L’église de Saint-Boniface resta veuve jusqu’au

mois de janvier, et Monseigneur Louis-Philippe- Adélard Langevin se faisait sacrer dans sa cathédrale le dix-neuf mars suivant.

Le sept juillet suivant, la paroisse de Saint-Pierre avait l’honneur de recevoir son nouvel archevêque.

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