L.e village de Saint-Pierre
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très coquet le village de Saint-Pierre au milieu des arbres qui l’entourent d’une verte cein- - ture; arrosé qu’il est par le petit ruisseau de La Fourche qui se plaît à paresser dans son voisinage, il semble vouloir prendre chaque année plus d’importance. La belle église qui le domine toutvà fait semble le protéger. Le beau couvent des RR. Sœurs de Jésus-Marie porte à quarante-cinq pieds de hauteur sa belle statue de la Mère de toutes grâces et le presbytère avec sa pelouse parsemée d’arbres et de fleurs jette une note très gaie entre les deux nobles édifices. Du même côté de la rue, c’est l’Hôtel de ville qui, outre la salle où se réunit le conseil de la municipalitéde De Salaberry et le bureau de son greffier, possède aussi le bureau du greffier de la Cour de Comté de Jolys; c’est le siège du comté judiciaire dont dépend tout le territoire du comté législatif de Carillon. Le juge de comté, qui tient session à Saint-Pierre environ tous les deux mois, a pouvoir de connaître de toute cause civile jusqu’à la somme de quatre cents piastres. C’est surtout une
cour d’équité. La première fois que la cour de comté prit session à Saint-Pierre, ce fut le 8 novembre 1884, et la séance fut présidée par l’honorable juge Ardagh.
C’est l’honorable juge L.-A. Prudhomme qui depuis de longues années vient siéger à Saint-Pierre. Mais la municipalité de De Salaberry et la justice ne sont vraiment bien logées que depuis 1908. C’est alors que fut érigée la belle construction en briques que nous venons de nommer, l’Hôtel de Ville. Au-dessus de la salle municipale et des bureaux se trouve une belle salle publique pour les réunions d’intérêt général et dans le sousrsol se trouve un cachot fourni de toutes les améliorations modernes avec ses étroites cellules, véritables cages de fer où sur un dur lit de camp on peut envoyer réfléchir les tapageurs et les délinquants; la crainte est vraiment le commencement de la sagesse, car jusqu’à présent cette prison n’a guère servi.
C’est monsieur Adhémard Renuart qui fut l’entrepreneur de ce palais municipal et palais de justice en même temps.
Le village de Saint-Pierre est vraiment le cœur de la paroisse; outre sa belle église et son beau couvent, il possède une école de garçons très convenable où nous verrons bientôt enseigner des Frères d’une compétence indiscutable.
Plusieurs maisons de commerce peuvent pourvoir aux besoins de toute la population. Une compagnie sous la raison sociale de « Saint-Pierre trading Co. » ou Compagnie marchande de Saint-Pierre, possède un grand magasin sur l’emplacement de l’ancien presbytère, à l’intersection des deux principales rues du vil-
RÉSIDENCE DE MONSIEUR ADHÉMART RENUART.
lage. Monsieur Joseph Madore tient lui aussi ouvert un grand et beau magasin général sur la rue qui court de l’ouest à l’est, puis monsieur Alfred Lassalle leur fait concurrence amicale, son établissement fait presque face à celui de la Compagnie. Quand j’aurai mentionné la grande ferblanterie de monsieur Louis Tessier et l’épicerie qui s’y trouve annexée, j ’aurai à nommer monsieur Napoléon Nault, le maître de poste, avec sa salle de billard, son magasin de fruits et sa chaise de coiffeur et de barbier.
A l’extrémité Est du village, se trouve le très important établissement de monsieur Adhémard Renuart: bois de charpente et de menuiserie, fers, portes et fenêtres, en un mot tout ce qui sert à la construction, et, comme annexe, magasin de meubles en tous genres, depuis les premiers objets d’ameublement jusqu’aux cercueils, et aussi son agence de machines agricoles.
La banque d’Hochelaga depuis quelques années est venue établir une succursale au milieu du village de Saint-Pierre et un roulement d’environ trois cent mille piastres se fait par ses guichets.
Un certain nombre de belles et coquettes résidences bordent les rues du gentil village; trois forges, une boulangerie et une boucherie, deux magasins de nouveautés. Et c’est tout si j’ajoute que deux médecins veillent à la santé de notre population tout entière et poussent des pointes dans les établissements des environs.
Il y a trente-trois ans, alors que nous construisions la si modeste petite église qui nous paraissait bien belle pour le temps, personne n’eût songé qu’il surgirait
ici ce coquet village aux allures de petite ville, dans les larges rues duquel nous entendons à chaque instant ronfler les automobiles.
J’ai fini ma tâche, j’ai mené jusqu’à 1913 l’histoire de la paroisse de Saint-Pierre- Joly s; il ne me reste qu’à souhaiter que le cher établissement continue à se développer. Nous avons un territoire capable de contenir cinq cents familles, un sol d’une fertilité sans égale et nous sommes outillés pour pourvoir à tous les besoins d’une belle et grande paroisse. Malheureusement, la fièvre de l’Ouest a passé ici comme ailleurs; depuis quelques années nous avons vu avec regret un assez grand nombre de familles nous quitter; plusieurs parmi elles étaient des familles excellentes qui n’ont pas été remplacées et combien d’entre elles ont regretté et regrettent encore Saint-Pierre. Ce vent de folie a passé un peu partout, nous devions ici être les derniers à le craindre avec les avantages précieux qu’offrent notre sol et notre établissement. Il a cependant sévi chez nous au point que nous regrettons de lourdes pertes.
Et maintenant, pauvres feuilles avec lesquelles j’ai vécu pendant un an, prenez votre vol, allez-vous-en faire connaître notre chère paroisse de Saint-Pierre; quand vous frissonnerez sous les doigts qui vous tourneront, quelque peu de mon cœur palpitera sous ces mêmes doigts amis. Bon voyage!
Fin