‹ Pages détachées, notes de voyageChapitre 1 sur 33 · BIBLIOTHEQUE SAINTE GENEVIEVE · texte numérisé non relu

BIBLIOTHEQUE SAINTE GENEVIEVE

L'auteur et les éditeurs déclarent réserver leurs droits de reproduction et de traduction en France et dans tous les pays étrangers, y compris la Suède

et la Norvège.

Ce volume a été déposé au ministère de l’intérieur

(section de la librairie) en juillet 1894.

PARIS. TYP. E. PLON, NOURRIT ET Ci®, RUE GARANCIÈRE, 8.

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Tous droits réservés

Les pages qui suivent sont détachées d'un Joutllis de notes prises au jour le jour. Fe les at reportées ici à peu près telles qu’elles ont été écrites sur les lieux et à leur heure pour fixer mes souvenirs.

A défaut d'autre mérite, elles auront du moins celut d'être sincères, de refléter exactement mes impressions du moment, d'avoir été vÊêcues.

Je n'at pas prétendu faire un livre d'étude ; J'at voulu seulement mettre en relief ce que voit surtout le curieux qui passe et qui cherche à saisir au vol le trait original, pittoresque,

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28 quin 100... — Il y a bientôt dix jours que le Congo m'a déposé à Dakar. J'ai à peine eu le temps d’entrevoir le futur grand port de la côte occidentale d'Afrique; j'ai passé toute maä Journée en chemin de fer, de Dakar à Saint- Louis, dans des wagons transformés en étuves par un soleil de feu.

Haletant sous les bouffées embrasées qui montent du sol surchauffé et debout sur la passerelle qui tourne autour des wagons, j'ai vu défiler comme dans un rêve d'immenses plaines arides et brülées couvertes d’une herbe rare et Jaunie, des bois sans ombre et sans eau, des arbres aux troncs calcinés et noircis par le

soleil; des villages aux toits pointus, grouil-

lants de nègres, négresses et négrillons; des blockhaus tout blancs au-dessus desquels un orand vent d'est soufflant du feu faisait battre les plis du pavillon français.

Dans les wagons, qu’un étroit couloir divise en deux dans leur longueur et fait communiquer ensemble d’un bout du train à l’autre, je vois des visages de toutes sortes, noirs pour la plupart, somnolents et abêtis par la chaleur : ici la figure hâlée et ruisselante de sueur d’un Européen; là le visage jaune citron d’un mulàtre ou la face rebondie d’une grosse négresse

aux joues luisantes couleur d’ébène et aux

vêtements multicolores.

C'est un amoncellement de paquets dans tous les coins, et, par-dessus tout, flotte une odeur chaude, fade et écœurante, faite d'huile rance, de victuailles, de parfums trop forts et de sueur aigre.

Huit heures du soir; la nuit est presque venue quand nous arrivons à Saint-Louis. On nous attend à la gare : quelques amis retrouvés,

des mains qui se tendent pour une joyeuse

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bienvenue, d'autant plus joyeuse que l'heure de notre arrivée sonne pour d’autres l'heure tant attendue et si désirée du départ.

Quelques centaines de mètres sur une route poudreuse que bordent de maigres arbres et où tremblote la lumière falote d’une demi-dou-

zaine de réverbères à pétrole; puis un grand,

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interminable pont de bateaux dont le plancher

de bois inégal sonne sous nos pas, et quioscille

au courant en tendant ses chaînes avec un bruit de ferraille, et au-dessous le Sénégal, dont les eaux clapotent contre le pont, en miroitant sous la clarté des étoiles. Plus loin, la silhouette vague et noire de quelques navires mouillés dans le fleuve, et en face un amas confus de maisons.

Voilà notre arrivée à Saint-Louis du Sénésal.

Je m'installe à la hâte dans ma chambre de l'aviso /a C...; qui va me porter pendant près de deux ans; je fais le lendemain une rapide connaissance avec Saint-Louis, et vingt-quatre

heures après nous levons l’ancre.

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Nous remontons le fleuve le plus haut possible, au-devant de la colonne qui descend du Soudan, et pendant que j'écris ces lignes, par mes larges sabords ouverts, je vois la rive défiler à une centaine de mètres, au bruit monotone des roues qui battent bruyamment les eaux un peu jaunâtres du Sénégal.

Dans la journée qui a précédé notre départ, J'ai parcouru Saint-Louis et ses rues droites et larges se coupant uniformément à angle droit, et dans la plupart desquelles on enfonce jusqu’à la cheville dans un sable poussiéreux.

Toute blanche sous la lumière crue d’un soleil ardent, sans ombre que celle portée par ses maisons, sans aucune construction riche, élégante ou simplement originale, à part, peutêtre, l'hôtel du gouverneur, elle offre, au contraire, surtout quand on s'éloigne un peu du centre, un aspect délabré et même en ruine; avec leur faux air mauresque, les maisons y étalent lamentablement leurs lézardes et leur décrépitude, et de tout Saint-Louis monte un

Jarfum d’ennui et de morne tristesse qu’une q

certaine animation des rues ne parvient pas à dissiper, laissant la sensation, exacte d’ailleurs, d’une ville autrefois prospère, aujourd’hui déchue.

Elle est construite dans une île de sable au milieu du Sénégal; un grand pont de bateaux, long de près de sept cents mètres, passe pardessus le grand bras du fleuve, à l’est de la ville : c'est le pont de Sorr. Sur la rive gauche se trouvent le village nègre de ce nom, la gare du chemin de fer Saint-Louis-Dakar et le cimetière européen.

Un pont de bois fixe jeté sur le petit bras, à l’ouest de la ville, la relie à l’étroite et longue bande de sable qui forme la côte et où sont les deux immenses villages nègres de Guett N’Dar et de N'Dar’toutt, sur le bord de la mer.

Le Sénégal, à la hauteur de Saint-Louis et au-dessous, offre, en effet, cette particularité ‘assez rare de courir pendant plusieurs milles du nord au sud parallèlement à la mer, dont il ne se trouve séparé que par une bande

sablonneuse et basse, assez étroite en certains

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