‹ Pages détachées, notes de voyageChapitre 12 sur 33 · ILES · texte numérisé non relu

ILES

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Il y a quarante-deux jours que nous avons quitté Valparaiso, et nous sommes encore à plus de cent lieues de Tahiti.

En vain avons-nous gagné le nord pour chercher les alizés de sud-est qui devaient nous pousser; nous n'avons rien trouvé, ou plutôt, ils sont si faibles et si intermittents que la plupart du temps nos voiles battent presque inertes le long des mâts.

Le Pacifique mérite en ce moment son nom; une longue houle nous berce sans nous faire avancer, et, comme nous ne sommes pas pressés, ce n’est que lorsque, depuis vingt-quatre

heures, nous roulons sur place ou dérivons en

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dehors de notre route que les feux sont allumés et que nous marchons à la vapeur.

Au point de midi, chaque jour, notre route, que nous suivons avec impatience sur la carte, se mesure par des traits si insignifiants, notre point d’arrivée paraît si peu se rapprocher, qu'un concert de lamentations éclate chez la plupart, exaspéré encore par le flegme d’un ou deux autres.

C’est que nous sommes là huit officiers, dont le plus vieux n’a pas de beaucoup dépassé la trentaine et dont les autres ne l'atteignent pas, et nous commençons à trouver monotone cet éternel horizon où le ciel et la mer se rejoignent et où, depuis quarante-deux Jours, rien n a apparu, rien, ni une terre ni un navire.

Nous sommes dans des parages désertés, si loin de toute terre, que les oiseaux de mer qui accompagnent si longtemps les navires nous ont abandonnés il y a longtemps, et que la mer même paraîtrait inhabitée si d'énormes cachalots n’apparaissaient fréquemment, nous sui-

vant des journées entières, s’approchant jus-

qu’? frôler, plongeant d’un côté F qu’à nous frôler, plongeant dun côté pour

reparaître de l’autre.

À la recherche des alizés introuvables, nous avons peu à peu gagné les régions intertro-

picales, et la chaleur est accablante. La mer

est d'un bleu intense, violent, in vraisemblable,

unie comme un miroir, avec de longues ondu-

lations de la houle qui nous balance, ou à peine

ridée par de petites vagues courtes et heurun peu de brise passe comme un

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