LA D
et désagréable de nos promenades, qui s’en
ressentirent et durent être très bornées.
De r snüure Aanrâe a à At: n er L la eux Jours après, nous étions devant la 1 "TS r Le mn PATES UE . A grande île de Tonga, Tonga-Tabou, l'ile sacrée, et devant sa capitale, Mafuga.
atre ou r1 cle PERRET PRES ER Quatre ou cinq bricks ou trois-mâts étaient mouillés dans cette vaste baie hérissée de récifs; nous avions devant nous une terre basse et plate, et en face nous apercevions
l'église et les bâtiments de la mission, autour
eo o
était groupé le petit village catho-
desquels s lique.
Un peu sur la droite et s'étendant assez loin, la ville, avec ses maisons de bois démon-
tables, apportées toutes faites de Nouvelle-
Zélande où d'Australie et toutes construites
sur le même plan, le palais (?) du roi, en bois également; plus loin, sur une éminence, le temple protestant, et à ses pieds l'immense village tongien avec ses cases éparpillées de tous
côtés, et coupé par de larges voies parallèles à
la mer ous enfonçant dans l’intérieur de l'île.
Peu d'arbres et de verdure, si ce n'est au loin derrière le village où on devine un fouillis inextricable de végétation.
Là encore, le jour de notre arrivée, nous retrouvons la pluie, mais vers quatre heures elle cesse, un peu de bleu se montre au ciel, et. en attendant la nuit, nous allons du côté de ce qui nous semble être une petite ville.
De loin, c'était quelque chose; de près, ce ne fut presque rien ; nous trouvâmes une vingtaine de maisons en bois rangées sur le bord de la mer et une dizaine d’autres disséminées çà et là, à un ou deux étages, paraissant posées là avec un air bizarre de choses dépaysées et pas à leur place, co structions hâtives et comme
passagères.
En revanche, quand nous eûmes gravi la petite colline où s'élève le temple protestant, nous vimes s’éparpiller de tous côtés les nombreuses cases tongiennes.
Nous avions croisé, dans le cours de notre promenade, quatre ou cinq dames anglaises on allemandes, mises à la dernière mode de Sydney ou d'Auckland, et dont le costume détonnait singulièrement dans un tel milieu. Il y avait déjà longtemps que nous n’en avions vu de pareils, les rares Européennes ou Américaines de Tahiti ayant, en général, des vêtements simples en rapport avec le climat. Aussi nous arrêtâmes-nous pour regarder les larges chapeaux à longues plumes, les robes collant aux hanches et les gants à vingt-six boutons avec la même curiosité que nous avions eue en arrivant en Océanie pour les costumes tahitiens.
Quand nous passons devant l’école, la classe vient de finir, et par la porte s'échappe bruyamment, comme une bande d’oiseaux à qui l’on vient de donner la clef des champs, une
troupe joyeuse de jeunes filles tongiennes de
dix à quatorze ou quinze ans. Tout ce monde-
là s'égrène gaiement dans tous les sens, et, à notre aspect, les exclamations étonnées ou moqueuses se croisent ; elles nous examinent avec un petit air effronté, dans des attitudes pleines de coquetterie mutine. Les unes, sur notre passage, s’écartent timidement ; d’autres s'arrêtent en souriant, nous montrant deux belles rangées de dents blanches, et répondent franchement à notre salut; la glace est rompue, tout un joli groupe nous entoure et nous laisse, avec de petits rires, feuilleter les livres et interroger les ardoises et les cahiers.
Elles portent toutes le même costume, le costume tongien : un pagne serré à la ceinture, et sur les épaules un court vêtement fait simplement d’un rectangle d’étoffe troué au milieu d’une ouverture pour passer la tête et tombant à demi flottant en avant et en arrière; 1l laisse
ainsi les bras nus et permet d’apercevoir les
lignes d’une gorge généralement irréprochable. Ces vêtements sont de toutes étoffes et de
toutes couleurs : en mousseline, en cotonnade,
en soie, voire même en velours, et blancs, rouses, bleus, bariolés, verts, etc.
Elles s’en allaient, les plus petites courant et jouant, les grandes par groupes de deux ou trois se tenant enlacées par la taille.
D'autres, seules, marchaient sravement, crayonnant encore sur leur ardoise.
| y avait là de superbes filles de quinze ans et de gracieuses fillettes de huit ou neuf ans.
Tous ces visages étaient intelligents, vifs, ouverts, avec un petit air de fierté coquette qui leur seyait à ravir; et, avec leurs costumes clairs de toutes nuances, leurs épaules, leurs bras et leurs jambes nus aux tons chauds, leurs jolis minois et leurs srands yeux noirs Si expressifs, elles formaient un tableau original et charmant.
Elles se dispersèrent peu à peu de tous côtés avec cette démarche droite et cadencée, ce balancement un peu nonchalant des hanches de toutes les femmes maories.
Et nous rentrâmes à bord.
Nous tentâmes, le lendemain, d'aller faire une promenade vers l'intérieur de l'ile, et nous suivimes une grande et large vole qui paraissait s’enfoncer dans cette direction.
Malheureusement, le sol était détrempé par les pluies des jours précédents, et, après avoir pataugé pendant environ une lieue, nous nous décidimes à revenir sans avoir atteint aucun village. De chaque côté de la route une broussaille inextricable courait, par-dessus laquelle les liserons avaient jeté leurs longues tiges contournées et qu'émaillaient leurs nombreuses corolles roses ou bleues. Des milliers de cana sortaient leurs tiges d’un vert tendre toutes couvertes de fleurs d’un rouge éclatant ; des eroupes de bananiers balançaient doucement à la brise leurs grandes feuilles délicates que le vent de la veille avait déchirées, tout en haut les têtes des cocotiers entre-choquaient leurs pennes, et de grands arbres au feuillage sombre jetaient leur ombre sur l’épais fouillis d'où s'élançaient quelques lianes venues s’en-
rouler à leurs premières branches.
Sur notre route, nous croisâmes plus de deux cents Indiens qui revenaient par groupes vers le grand village, avec leurs petits chevaux chargés d’ignames ou de feuilles tendres de bananier enveloppées avec soin.
Les chevaux sont très nombreux dans l’île et à bon marché. Presque tous ces hommes en menaient un ou plusieurs.
Ils paraissaient venir de loin et étaient couverts de boue; comme ils nous dirent que le village le plus proche était encore assez éloigné et que la route devant nous s'étendait de plus en plus boueuse, nous fimes volte-face et revinmes vers la capitale.
Nous y rentrions quand l'inévitable pluie se mit de la partie; à l'abri de l'arbre sous lequel nous nous étions réfugiés, nous cherchions du regard une case à mine hospitalière, quand dans l'encadrement d’une porte se détacha le joli visage d'une jeune fille qui riait de notre embarras et qui de la main nous appela.
Un brave père de famille était assis sur une
natte, occupé à fabriquer ces petites cordes en
on
fil de cocotier dont ils se servent pour mille usages. Il avait une tête assez avenante de vieux patriarche, et nous offrit gracieusement une place sur la natte en attendant la fin du déluge.
Dans la case étaient avec lui une femme d’une cinquantaine d'années, deux jeunes filles de seize ou dix-sept ans et une enfant de huit à dix ans.
Les deux jeunes filles étaient toutes deux fort jolies, bien qu’il eût été difficile de trouver deux types plus différents. L'une, la fille de notre hôte, de taille moyenne, admirablement faite, bien qu’un peu forte, avait de longs cheveux noirs bouclés, des traits assez réguliers et accentués, de grands yeux noirs au regard à la fois moqueur et hautain, la lèvre sensuelle et dédaigneuse, la voix brève, les gestes un peu brusques, et un air de fierté boudeuse d'enfant gâtée. L'autre, de même taille, était svelte, sans être maigre, avec des épaules et des bras d’un modelé gracieux. Les traits du
visage un peu allongé étaient fins et purs, la
bouche un peu grande avec de jolies lèvres au sourire intelligent et doucement sérieux : une tête remarquable par la finesse et la pureté des lignes.
Après quelques minutes de conversation assez difficile entre gens qui ne se comprennent même pas à demi, et pendant qu’au dehors Ja pluie continuait à crépiter sur les larges feuilles des bananiers, nous primes une ardoise et nous fimes les maîtres d'école.
Nous fûmes bien un peu étonnés. Ces petites sauvages rencontrées par hasard vous bÂclaient une multiplication sans broncher ; elles avaient une écriture ferme, courante, presque élégante, et, quand nous arrivames à la géographie, elles nous montrèrent une carte et une géographie de l'Europe, en tongien, éditées à Londres.
Paris et Londres étaient pour elles les deux capitales du monde, et ces deux fillettes avaient des idées très exactes sur beaucoup de choses dont nous n’aurions jamais supposé
qu’elles pussent même soupçonner l'existence.
Quand nous visitâmes plus tard le village catholique groupé autour de la mission, nous ne pûmes nous empêcher de relever un trop violent contraste.
Notre leçon valait mieux qu'un fromage; on nous offrit le £aewa. La fille de notre hôte écrasa la divine racine, non avec ses dents, mais avec une pierre, et prépara le breuvage.
Au dehors, le déluge continuait; mais le crépuscule venait, et nous nous retirâmes; la maison de notre hôte était tout au bout du village sous les cocotiers, au milieu des maiores et des bananiers. De grandes flaques d’eau çà et là coupaient la route dont le gazon s’enfonçait sous nos pas, les feuilles des bananiers trempées d’eau penchaient vers le sol, et sur nos têtes les longues feuilles barbelées des cocotiers, agitées par le vent, joignaient leur averse à l’ondée du ciel.
Nos jolies et rieuses amies d’une heure
nous accompagnèrent un instant, puis nous
repgapgnâmes notre baleinière. Sous la pluie, 1A
oO Oo ' |
mer était d’un vert sale, et à un demi-mille, à
moitié voilées par l’ondée ruisselante, se proflaient avec un air lamentable la silhouette et la masse sombre de notre croiseur.
Dans ces pays du soleil, je ne sais rien de
triste et de mélancolique comme la pluie.
Nous avons reçu hier une invitation de l’évêque de l'Océanie centrale pour aller faire une promenade au grand village de Moa, où se trouve une autre mission catholique.
Comme Moa est éloigné de près de vingtcinq kilomètres de la capitale de Tonga- Tabou, nous y sommes allés en baleinière à travers les récifs.
Au milieu du village s'élèvent la mission et l'église, sur une place où croissent d'énormes banians séculaires. Le plus beau s'était écroulé quelques jours auparavant, dans un ouragan.
De six qu’il y avait autrefois, il n'en reste aujourd’hui que deux.
C'est sur cette place que Cook eut plusieurs
Can
rendez-vous avec les chefs indigènes, et c'est là aussi qu’il faillit être massacré. On lui avait offert une fête à la fin de laquelle les blancs devaient tous être tués. Les rôles avaient été distribués, mais Cook, ennuyé de la longueur de la fête, partit avec son escorte avant que le signal eût été donné. Il leva l'ancre le lendemain matin sans se douter du danger qu'il avait couru.
La great attraction de la journée était, pour changer, un £awa et des danses.
Auparavant nous allimes visiter le cimetière tongien avec ses tumuli en corail blanc et la tombe du dernier fuitongä, c'est-à-dire du dernier roi de Tonga-Tabou, car le roi actuel n'est, comme tant d'autres, qu'un vulgaire usurpateur (1).
Cette tombe est assez curieuse; elle est disposée comme la coutume l’exigeait pour les tuitonga : on les enterrait généralement sur une éminence, et tout autour, dans un rayon
(1) Le roi Georges, dont il est question ici, est mort
depuis que ces lignes ont été écrites.
d’une vingtaine de mètres, on entassait d'énormés blocs de roches de forme rectangulaire que l'on apportait des Wallis sur de grandes pirogues accouplées, car on n’en trouve pas aux Tonga. Pour arriver au sommet de l’éminence, :1 nous fallut escalader les gros blocs que leur poids et la pluie enfonçaient peu à peu dans le sol et entre lesquels quelques lianes épineuses avaient poussé. La place où est le corps est marquée, selon la tradition, par du sable blanc et des débris de coraux.
À deux heures, la foule commença à envahir la cour de la mission. Les danseuses arrivent avec leurs jupes de /apa qu’elles font bouffer et qui paraissent raides comme du carton; sur les épaules elles ont le léger vêtement habituel, puis des colliers de feuillage, d'énormes défenses de cochons sauvages suspendues au cou, et, piqués dans les cheveux, des plumes rouges, des fleurs d’ibiscus rouges et des gardénias blancs. À peu près ce que nous avons vu à Pango-Pango, avec cette différence qu’ici
nos danseuses sont beaucoup plus vêtues.
Elles se groupèrent en bas de la véranda où nous nous trouvions:; une dizaine de Tongiens, chargés de les accompagner de leurs chants et de battre la mesure en frappant des mains, se placèrent derrière elles.
La foule des curieux se groupa à gauche, et dans l’espace vide qui séparait les deux groupes, en face de nous, deux ou trois hommes sérieux comme des pontifes en train d’officier gardaient le plat de #awa, la coupe de coco et l'éponge en bourre de coco.
En bas des marches de Ia véranda, un énorme cochon rôti étalait son ventre doré sur lequel le foie avait été piqué.
Pendant les danses un peu monotones, à peu près les mêmes qu à Pango-Pango, bien que plus convenables à cause du caractère éminemment respectable de nos hôtes, Gou, le fils du roi, arriva dans une voiture à deux chevaux, la seule qu’il y eût dans l'ile probablement. C’est un grand gaillard d'au moins six pieds, un peu gros, et d’une allure qui ne manquait pas d’une certaine dignité.
Il était vêtu d’une simple tunique à raies blanches et bleues, serrée à la taille, lui tombant jusqu'aux genoux et laissant les jambes et les bras nus. Il se présenta sans embarras et nous offrit ses hommages dans un anglais très correct. La tête est singulièrement expressive et intelligente : le front haut, le nez aquilin, les lèvres fortes et sensuelles, la barbe et les cheveux noirs abondants. Les jambes un peu grosses dénotent un commencement d’éléphantiasis.
Nous vimes aussi passer sur la route devant la mission trois ou quatre chefs qui venaient s'asseoir un peu à l'écart de la foule. Une dizaine d'hommes les suivaient à quelques pas, leur faisant escorte.
Nous fûmes tous frappés de la démarche hautaine et fière de ces chefs simplement vêtus d'un pareo ou d’une tunique, mais que distinguait un visage aux traits réguliers et fermes, d'un ovale qu’allongeait encore une barbe courte taillée en pointe.
En passant devant Gou, ils regardaient de
son côté et le saluaient de la main, inclinant légèrement la tête.
La fête se termina par le #ewa qu’on distribua solennellement. Un vieux chef descendit au pied de la véranda, et, à haute et intelligible voix, il désignait celui à qui la coupe devait être offerte: le maître des cérémonies vous la présentait gravement, et, avant de la prendre, l'étiquette voulait qu'on frappât non moins gravement d'un air solennel deux coups dans ses mains.
La veille de notre départ des Tonga, les missionnaires nous amenèrent à bord une cinquantaine de Tongiens qui nous exécutèrent encore quelques danses, avec accompagnement de casse-tête et de hurlements. Toutes ces danses de guerre, tant aux Tonga qu’ailleurs, nous ont généralement paru insignifiantes; elles ressemblent beaucoup à celles que les montreurs d'ours font exécuter à leurs élèves : des cris, des hurlements, des bonds, des gesticulations, des roulements d’yeux plus
ou moins féroces, voilà tout; qui en a vu une les
a vues toutes, et qui ne les a pas vues ne perd
pas grand’chose et peut se les figurer aisément. Vers dix heures du soir, tandis qu'à bord les sauts continuaient et finissaient par nous
fatiguer plus que les danseurs, traînant notre ennui sur le pont, un de nous eut l’idée d'aller voir le village tongien « effet de lune ».
Nous accrochâmes deux Indiens, sautâmes à cinq, y compris les susdits, dans une espèce de coquille de noix et nous allâmes à terre après avoir failli chavirer vingt fois : un désert, ou plutôt une vaste nécropole, chaque maison prenant un air de sépulcre. À la lumière de la lune nous voyons les cases se découper en noir sombre sur le ciel étoilé; parfois passe à travers les murs de bambous un filet de lumière ou un bruit de voix, et nous errons au hasard, poursuivis par les aboiements des chiens, qui se multiplient à mesure que nous allons, et bientôt c’est dans tout le village comme une traînée grandissante de hurlements qui font entre-bâiller les portes où se devinent des
figures effarées.
AT LR Ê 3 1! 4 RAA Nous regagnions tranquillement le bord, D OO g ] Ÿ RAP PER ENTRE Fe , les honte: nous allor : quana nous entendons des chants; nous allons A1? ° 4 ) NES ] ET Un + Ve de ce côté ; ils partent d’une case dont la porte est entr ouverte, et à l’intérieur nous aperce- 7 " * ñ" ] dE A dé e à : ] : Pneus » x À vons, à la lumière douteuse d'une lampe posée à terre, une dizaine d'hommes acCroupis sur des nattes, en train de se livrer à cet exercice.
Les profils se dessinent vaguement, et certaines têtes se perdent complètement dans l’ombre. Sans façon nous passons le cou par la porte entre-bällée ; les voix se taisent et Gou en personne nous fait signe d’entrer.
Nous nous étendons sur les nattes et prions de faire comme si nous n’étions pas là, de continuer les chants. L'un d’eux, à voix de baryton, conduisait le chœur où résonnait une superbe voix de basse.
C'était, comme tous les chants polynésiens, une mélopée lente et grave où certains mots revenalent régulièrement, quelque chose d’indéfinissable qui vous berçait doucement, vous
emportant dans une vague et triste rêverie, à
moins que cela ne vous endormit pour tout de bon.
Gou avait un peu voyagé, en Nouvelle- Zélande et aussi, je crois, en Australie; 1l nous parla de la France, de l'Angleterre, avec des remarques généralement fort justes; 1l avait vu jouer // Trovatore, je ne sais plus où, à Melbourne ou à Auckland, et en avait conservé une impression profonde. On sentait qu'il joignait à une intelligence remarquable un grand désir de connaitre et qu’il comprenait à peu près la civilisation européenne.
Bien que fils du roi, 1l n'était pas héritier du trône, celui-ci passant non du père au fils, mais au frère, à la ligne collatérale, pour revenir
ensuite au fils ou à ses héritiers.
Le 2 septembre nous jetons l'ancre en rade
de Levuka, dans l’île d'Obelau. Nous suppo-
L'OCÉANIE CENTRALE. 267 sions que Levuka était la capitale des Viti; nous nous trompions; depuis quatre jours la susdite ville était décapitalisée. La chose n'avait entrainé ni émeute, ni soulèvement populaire : de simples mais importants intérêts commerciaux en étaient la cause; le centre du commerce se déplaçait et le gouvernement suivait.
Une demi-heure après notre arrivée, un trois-mâts allemand eut le bon goût de pavoiser pour l’anniversaire de Sedan. Avec lui étaient mouillés quelques cutters, une demi-douzaine de goélettes et un trois-mâts battant pavillon de la Nouvelle-Grenade, lequel avait un faux air de négrier qui ne trompait peut-être qu’à moitié.
La rade de Levuka est bien protégée par une ceinture de récifs qui entourent l’île; deux passes assez étroites y donnent accès. Sur le quai, sur une longueur d’un kilomètre environ, sont rangés les maisons et magasins des colons. Presque aussitôt, derrière la ville, monte en
pente raide une ligne de hautes collines, à mi-
flanc desquelles s'étagent quelques habitations blanches tranchant vivement sur le vert sombre des bois.
Dans une petite anse, sur la gauche, les bâtiments abandonnés du gouvernement, bâtiments en bois que l’on va démolir et transporter à Souva, la nouvelle capitale.
Vue de la rade, la petite ville offre un aspect assez agréable, encadrée par une ligne de montagnes aux sommets peu élevés, mais fort pittoresques, et qui, en descendant vers la mer, se creusent en de nombreuses et fraiches vallées.
Le soir, avec ses « bars » et ses magasins éclairés, cette ville minuscule avait de petits airs coquets et sur les quais se rencontraient quelques promeneurs : dames anglaises, américaines ou allemandes, à moins qu'elles ne fussent australiennes, à la mise la plus correcte et la plus élégante, strictement gantées, bien serrées dans leur robe blanche ou noire. Quelques hommes allaient raides et le nez au vent,
l'air affairé; des Fidjiens à demi nus erralent
nonchalamment par les rues; des enfants aux cheveux blonds ou rouges passaient accompagnés de quelque servante indienne; on Croisait des nègres des Nouvelles-Hébrides ou des Salomon, bien différents des Fidjiens par Île ton de leur peau, leur plus petite taille et leurs membres grêles. Les magasins étaient ceux que l’on voit dans toutes ces villes : un entassement de toutes les choses les plus diverses, de même que dans les rues se rencontrent les types de toutes les parties du monde.
Devant un comptoir, une blonde et pâle Anglaise tâtait une robe, tandis qu'à côté d’elle de noires Fidjiennes, les épaules et les bras nus, dépliaient quelque mauvaise cotonnade aux tons criards.
Dans un bar, deux ou trois gentlemen en manches de chemise buvaient debout, tandis que la « bar maïd », une grande fille d’un blond roux, attendait d’un air distrait ou ennuyé, appuyée sur un coude, l'air las, regardant dehors avec des yeux vagues. La mer, qui
venait directement de la passe, battait bruyam-
ment les quais; dans la rade obscure on voyait une grosse houle courir et monter confusément, et par moments, tandis que nous sulvions le bord du quai, une lame plus forte nous jetait ses embruns au visage; on entendait dans le lointain le grondement sourd et continu des brisants.
Le type fidjien est essentiellement différent du type polynésien; il n'appartient plus à la race maorie; la peau est noire et non cuivrée, le profil est celui du nègre, les cheveux sont crépus et courts ou ébouriffés en tête de loup, souvent rougis avec de la chaux. Les Fidjiens sont généralement bien bâtis. Leur costume ne diffère pas de celui des îles voisines, ils plantent quelquefois une plume noire dans leurs cheveux, et, apparemment, ne se trouvant pas eux-mêmes suffisamment noirs, 1ls se noircissent encore, avec je ne sais quoi, tout ou partie du visage.
Presque tous portaient à la ceinture ou à la
main un énorme coutelas.
Dans une promenade, je suivis avec B...
pendant quelque temps la route qui côtoie la mer ; nous traversâmes trois ou quatre villages sur la plage, à l'entrée de belles vallées profondes. Tous ces villages, assez peu importants et fort sales, étaient entourés d’une sorte de talus, et aux alentours nous remarquions des tombes qu'indiquaient des amas réguliers de pierres.
Les cases fidjiennes sont peu élégantes à l'extérieur; les cloisons en sont faites d'un épais feutrage de faisceaux de roseaux secs et jaunis, qui, du dehors, ressemble à une grossière toison ; le mode de construction est d’ailleurs identique à celui des Tonga et des Samoa.
L'intérieur est assez propre, de nombreuses nattes sont étendues sur le sol et constituent à peu près tout l’ameublement avec le traditionnel plat à #awa, un tas de racines de #awa dans un coin, d'igname dans un autre, et le coffre où sont serrés les vêtements et ornements de fête.
Nous avions ainsi traversé plusieurs villages
d'un aspect assez sale et où de nombreux cochons paraissaient vivre dans une douce intimité avec leurs maîtres. Par moments, les bords de la mer se transformaient en véritables marécages à palétuviers qui, à marée basse et par un soleil un peu chaud, répandaient une odeur infecte. Toute une génération d'animaux bizarres et d'insectes étranges aux brillantes couleurs y rampait et y grouillait, tandis qu’en un concert de grognements satisfaits des cochons s’y vautraient avec délices, tout couverts de vase noire et puante.
Un peu fatigués par la chaleur, nous nous arrêtâmes un instant; un vieux Canaque, qui nous suivait sans mot dire depuis un quart
d'heure, vint s'asseoir à côté de nous et enga-
sea la conversation en nous demandant du tabac. Nous lui bourrâmes consciencieusement sa petite pipe en bois et nous tentâmes une conversation. Au bout de cinq minutes, nous parlions tous les trois sans nous comprendre ; mais comme il prononçait sans cesse
le mot « fale », nous crûmes que /ale devait
sh
Le
ressembler beaucoup au tahitien fare qui veut dire maison; de plus, comme il étendait la main du côté de la baie voisine et faisait le geste de manger qui se comprend dans toutes les langues, nous saisimes qu'avec l'hospitalité la plus large il nous offrait les mets les plus variés.
Nous acceptons l'invitation et, après quelques minutes de marche à la suite de notre Fidjien qui s'absorbait dans la fumée de sa pipe qu'il tirait à petites bouffées, nous arrivons, en suivant le détour de la plage, dans une baie assez vaste au fond de laquelle on distinguait un grand village.
La case de notre hôte était tout au commencement de la baie; nous nous y glissâmes à sa suite.
L'intérieur était divisé en deux par un orand drap tendu en travers; la partie que nous ne voylons pas, plus élevée de quelques centimètres et rembourrée de cinq ou six nattes, était vraisemblablement le gynécée.
À notre arrivée, le rideau se souleva légère-
ment : deux têtes de femmes, une tête d'enfant et une tête d'homme apparurent, toutes noires, encadrées par le grand drap blanc. Les bouches des femmes se fendirent jusqu'aux oreilles pour ce qui voulait être un sourire de douce surprise, en nous montrant des dents d’une blancheur invraisemblable; l’homme bAilla et se recoucha, reprenant son rêve interrompu; l'enfant fit une horrible grimace, tous ses traits se contractèrent, et il éclata en sanglots.
Les femmes sortirent tout à fait, l'une d'elles ferma de son sein la bouche du marmot, qui, ne pouvant plus crier, se décida à teter.
Nous nous étions assis par terre, nous épongeant ; le vieux Fidjien finissait sa pipe.
La conversation ne pouvait que languir, mais nous avions soif, et nous attendions Île kawa avec impatience; une petite fille à mine de chat éveillé survint et nous offrit sur une feuille des #apés (sorte de châtaigne sauvage) mal cuites et de l’igname.
Le kawa vint, mais nous trouvâmes néan-
moins sa préparation un peu trop primitive :
c'était en tout point le procédé des danseuses de Pango-Pango.
Aucun temps de l'opération ne nous échappa ; les mâchoires allaient régulièrement, posément, montrant parfois leurs dents blanches, et avec leurs joues gonflées les deux femmes avaient l’air de vaches qui rumineraient. Et l’on nous servit là aussi solennellement, et là aussi celui qui recevait la coupe frappait deux fois dans sa main en s’inclinant vers l’hôte, et après avoir bu remettait la coupe en disant je ne sais plus quel mot.
Et nous bûmes, ce que je ne me rappelle pas aujourd'hui sans une certaine confusion; si nous n’étions pas papous, nous étions en train de le devenir, et rapidement.
Les hommes seuls boivent ainsi le #awa ; comme il en restait un peu dans le plat, les deux femmes se mirent à quatre pattes et lappèrent le reste.
Cette petite scène de famille décrite, nous
abandonnerons Obelau, non sans dire un der-
nier adieu à un coin ravissant où nous allions tous les soirs prendre un bain délicieux et frais : c'est, au fond d’une gracieuse vallée,
une suite de petites cascades qui dégringolent
bruyamment de roches en roches dans de Jolies vasques assez profondes où l’eau s’amasse froide
et limpide avec une transparence de cristal.
Souva, dans la grande île de Viti-Lebou, est une ville qui naît, qui se crée de toutes pièces et qui, à brève échéance, aura supplanté Levuka.
Levuka, outre les inconvénients de sa rade, est trop resserrée par sa ceinture de montaones; et enfin et surtout les grands travaux de défrichement et l'extension de la culture de la canne à sucre dans l’île de Viti-Lebou demandaient un débouché particulier au commerce de cette île.
Aussi, presque toutes les maisons de commerce s'y sont transportées, n'ayant plus à Levuka que des succursales; et le gouverne-
ment anglais a sulvile mouvement.
La rade de Souva est vaste et d’un accès £ 1l 1C ]: c bia A sect hifficile nc les laclle, Mails la sortie en est dircile pour les bateaux à voile, étant donnée la direction générale des vents régnants.
De tous côtés on défriche, et on a tracé des voies dans les hautes herbes et les boïs. Dans
| ral] ] à ral 5 ( | R 2%*7° 0 En 36 À "NOT ! râr1 la orandae vaiiee ae KeVva, alTOsce Dal un veri- LL ? L
table fleuve et transformée en un immense
# 1 Le 2e depulis
champ de cannes à sucre, s’est monté déjà plusieurs années une magnifique raffinerle.
Le terrain où s'élève Souva a été donné par une compagnie de Melbourne à laquelle appar-
tient la sucrerie de Reva. Il est probable que
intérêts.
Quel est l’avenir de la colonie naissante ?
Elle est abandonnée à ses propres ressources ;
il est vrai que plusieurs compagnies sont fort rich TE nAa1c 1] nn. és HA ri ak Hs 0 Li ES, Mais 1 Ÿ a Sept ou nuit ans NAME €!
) y ir best = grandes faillites avaient porté un rude coup au
commerce des Viti. Le gouvernement anglais
donne la sécurité et la stabilité; d'autre part,
le colon anglais est tenace, celui qui vient s'installer là ne vient pas pour faire rapidement fortune et repartir; il s'implante dans le pays, y apporte son € home », sans espoir de retour; on est fort dans de telles conditions : il faut réussir et l’on réussit.
Mais il me semble que dans ces pays-là l'air est plus lourd qu'ailleurs, les visages plus durs et plus inquiets; c'est l’âpre lutte pour la vie, sans trève, san merci. La gaieté y est plus grosse, elle sent le « porter » ou le wisky. Nous levons l'ancre demain; nous retournons à Tahiti, et le navire a pris un air de fête, l'allégresse est générale, car là au moins les orangers embaument, les ruisseaux chantent, les femmes égrènent des rires clairs et légers, et chez tous, êtres et choses, S€ lit comme la
joie de vivre et d'être.
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