COUP D'AILE
Tu portes dans ton cœur la flamine qui remonte : Il faut la rallumer! Tu le dois; le veux-tu?
L'écume a pu salir les flots de la vendange ; L'hirondelle en pa-sant a pu toucher la fange, Mais secoue au soleil son plumage soyeux !
Courage seulement! fais un battement d'aile : L'àme reprend son vol dès qu'on revit par elle, Et son premier essor peut la conduire aux deux.
Il a vécu sur un tombeau, Le rosier fleuri que j'arrose :
Le mystère du froid caveau S'épanouit dans chaque rose !
Sur le tombeau d'un pauvre enfant, D'un pauvre enfant qui fut mou frère !
11 avait ses fleurs à tout vent, Et ses racines dans la bière.
Un simple marbre a tout couvert; Le buis n'y vient plus en bordure ; Le thuya, l'arbre toujours vert, N'ombrage plus la sépulture;
Le deuil a parfois son dédain :
On a proscrit tout ce qui tombe, Et j'ai planté dans mon jardin L'humble rosier, fils de la tombe I
Parmi les autres confondu, Nul regard ne peut le connaître; Dans la corbeille il est perdu :
Seul, je le vois de ma fenêtre ;
Et j'hésite en le comparant :
Mêmes parfums et même tige ; Sur sa corolle, indifférent, Le papillon plane et voltige ;
Son feuillage est aussi léger, Sa fleur n'est pas plus tôt flétrie ; Rien ne trahit, pour l'étranger, La première et sombre patrie !
Mais souvent, au déclin du jour, Quand la foi rêve, ou bien le doute, Seul, je m'approche avec amour, Je l'interroge et je l'écoute ;
Alors, je le vois frissonner Au souvenir que je réveille ;
Chaque rameau semble incliner Vers ma lèvre sa fleur vermeille ;
11 me parle du cher blondin, Endormi dans la paix profonde; Et fait passer dans mon jardin Comme un souffle de l'autre monde!