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LA RIXE. 1G

On le vit aussitôt pâlir, affreux, livide.

Chercher un point d'appui pour ses bras dans le vide.

S'arrêter un instant, chanceler, se pencher.

Puis tomber de son long sur le sanglant plancher.

Or c'étaient deux amis que ce couple de brutes

Qui tentaient, sur un mot, ces effroyables luttes!

Quand l'homme au lourd poignet vit tomber son ami,

Et contempla ce corps immobile et blêmi,

La raison lui revint, comme au sortir d'un rêve.

11 se dit quelques mots, sombre et d'une -voix brève;

Puis, comme on l'entourait, poussant les matelots,

11 bondit vers le bord et sauta dans les flots.

11 nageait lentement à vingt pas de la poupe.

En criant : « Est-il mort? » On s'empresse, on se groupe,

ICO LA RIXE.

Et des jurons! « Saisis l'amarre! pousse au bord! y» Une seconde fois il leur crie : « Est-il mort? » ^On détache un canot, on lâche une bouée.

« Est-il mort? » hurlait-il d'une voix enrouée. On ne l'écoute pas; on veut pêcher ce fou !

Un mousse cependant lui cria tout à coup :

a 11 est mort. — Bien! » dit-il, et, plongeant dans l'abîme, 11 alla devant Dieu retrouver sa victime.

Dieppe, 1859.

Qu'il est beau, Tenfant vermeil A qui nul souci ne pèse !

Il goûte un calme sommeil, Assis dans sa liaute chaise.

Son haleine doucement Sort de sa lèvre mi-close,

Et son visage, en dormant, A les couleurs de la rose.

Ses petits doigts ont serré, Dans une étreinte obstinée»

Le jouet tout lacéré Dont il remplit sa journée.

Autour de son col si pur

Les blonds anneaux s'arrondissent;

Il s'éveille : un clair azur

Est dans ses yeux qui grandissent.

11 a trois ans; qu'il est fort! Quelle sève généreuse I

L'AMIi ABSENTE. IC»

Tu Tadaiires tout d'abord,

Et tu dis : mère heureuse I »

Pourtant il ne sourit pas; Quelque chose en lui résiste; Eu vain tu lui tends les bras :

Si jeune, et déjà si triste I

N'entend-il pas cette voix?

A-t-il peur de l'étrangère?

Cette froideur que tu vois.

Est-ce une ombre passagère?

Pourquoi ce regard errant Comme au jour qui Ta vu naître,

Qui s'arrête indiflFérent,

Et semble ne rien connaître?

L^étrange enfant! Tu pâlis, Tu murmures : a Pauvre femme l » Ces yeux ternes où tu lis, Crains-tu d'y cherclier une âme?

Ohl ne l'interroge pas En levant les yeux sur elle.

Celle qui souffre ici-bas Cette épreuve maternelle I

Oui, la nature a voulu Cette implacable torture.

Et personne encor n'a lu Aux secrets de la naturel

Le corps est là, beau, charmant, Femmes, à vous faire envie l Mais rêtre, en se consumant, Ne saura rien de la vie!

La matière a revêtu Cette forme souhaitée :

Mais rame, où la trouves-tu?

Près de Dieu Tâme est restée.

A ce réveil sans gaîté,

Qui n'est qu'une somnolence;

A la morne gravité De cet éternel silence;

A ces yeux irrésolus ; A la pâleur de la mère Qui couve et ne quitte plus Son fils, son bien, sa chimère;

A ces mortelles douleurs, A cette attente inquiète.

Épiant avec des pleurs Un son d'une voix muette;

A cette angoisse sans nom Qui guette, sombre et glacée.

One lueur de raison.

Un éclair de la pensée,

Rien qu'un regard étonné.

Rien qu'un sourire éphémère :

Oui, tu l'avais deviné î Ne dis plus : « Heureuse merci »

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