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DENTELLES ET TOILES TEINTES I

ce sujet, n'a été plus décisive et plus féconde que la liberté du travail, des transactions commerciales et des aptitudes individuelles. Si tels n'avaient pas été toujours l'esprit des institutions nationales et la volonté des populations, la première des protections ou des garanties, celle du laisser-faire, venant à manquer, l'industrie n'aurait jamais poussé et nourri dans notre sol des racines aussi profondes.

Ce n'est certes ni l'air natal, ni le génie des habitants, qui ont amené, avec le cours des années, le déclin partiel de cet arbre vigoureux que nos pères avaient planté avec des mains si habiles; malgré de longues et courageuses résistances, les arts industriels, qui ont lentement disparu, se sont affaissés sur euxmêmes, ne pouvant plus tenir devant le nombre, les entraves et les privilèges des concurrences étrangères. Quand la matière première manque à un pays et devient difficile à se procurer au dehors dans de bonnes conditions de travail et de rémunération, que les principaux débouchés et les grands marchés extérieurs se ferment, les plus belles industries languissent et s'éteignent. Cependant, le regret que l'on éprouve en constatant cette décadence est en partie compensé par le plaisir que l'on ressent en voyant d'autres industries fleurir plus longtemps et toujours; toutefois la prospérité croissante et les progrès de celles-ci n'effacent pas les services et les souvenirs de celles-là

La fabrication des dentelles est la plus ancienne grande industrie connue du pays. Elle remonte à l'arrivée des réfugiés français pour cause de religion et

aux premières années du xviiP^ siècle ; elle était déjà florissante en 1712 au Val-de-Travers, qui en a été le berceau. Ce n'était encore, il est vrai, que des ouvrages grossiers que les colporteurs allaient vendre à Lyon. Mais, vers le milieu du siècle, le nombre des ouvriers occupés à cet art montre combien les produits s'en étaient augmentés.

Bientôt, ce fut l'occupation non seulement des femmes, mais d'enfants très jeunes et d'un bon nombre d'hommes, au Vallon d'abord, puis aux Montagnes, surtout aux Verrières, aux Bayards, à la Brévine, aux Ponts. La filature pour la dentelle, créée à la Brévine pour les besoins locaux, faute de secours étrangers, parvint à un degré de perfection remarquable, et n'était pas éloignée de celle de Flandre pour la force, la souplesse et l'éclatante blancheur. On y inventa un rouet au moyen duquel une seule ouvrière filait et retordait tout à la fois, en sorte que dans ce village la filature produisait annuellement jusqu'à 23,000 écheveaux de fil. Un pot de lin semé dans un espace de trente pieds carrés, réduit en dentelles ordinaires, s'élevait à mille écus, et le revenu du fil et des dentelles était alors évalué à 90,000 livres de France

Cependant on adressait aux dentelles des Montagnes le reproche de perdre au lavage leur fraîcheur et leur blancheur première, et les amis intelligents de cette industrie firent de louables efforts pour perfectionner le rouissage et le blanchiment du fil.

Aux Ponts, il était peu de femmes qui ne fussent

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