V... m'avait déjà mis un livre ouvert sous le nez. Je lus
(( Mon bien aimé seigaour, seré tousiours vostre; ainsse n'avoit vostre doulce accointance ; de qu'eu prix seroit le jour qui me luict?... Que me seroit la nuict qu'ameine doulceur et plaisir à doulce iouvencelle? Soyez mien; vos doulces amours me sont plus que richesses et accoutremens : accoutremens ne sont plaisirs, plaisirs sont en doulces paroles, en doulx baisers qu'ai donné et qu'ai receu de mon doulx amy. Li mien fidel serviteur que vous porte ceste, m'est tesmoing qu'ai baisé à tant et baisé benoiste et gracieuse escriture que vous m'avez faicte et vous attens à la couchiée du soleil, et le mien cueur bondit d'aise dont ne doubtez, ne doubte du nostre.
(( Ne versez plours, mon bel amy, larmes de vous sont trop poignantes. Le bel accoutrement que vot femme a mis en souciance et que veult avoir baillez li. Ne or ne
1. Valentin, Thabile et l'élégant dessinateur de TIllustration, pendant ces années.
pierreries n'ont eu pouvoir de férir mon cueur. M'aimez en blanche chemisette et me suffit. Se quarante années n'ont en moy oslé que fleurettes de iouvence, ne les envie, ne les regrette : mon cueur n'est vieulx, gentil corsai ge, n'est descrépit et duict à mon amy. N'ai de désireulx vouloir que d'aimer vous, et tant que seré vostre doalce amye, ne sera peine, ne plours pour moy.
« Not petit Auber, mon doulx amy, et la Jehanneton ont fait sur la désieunée renconstre de vot femme qu'a caressé et baillé bijoteries et sucreries à Auber, et a ploré vot femme en devisant, devait estre mien! et a fait question et demande à Jehanneton et dicte à souvente fois : L'est donc tant belle la Dame que sois mieulx à poinct que ne suis?... Jehanneton n'a répliqué aultre, que disant : Alix est tant bonne que sauriez croire. A ce, vot femme a ploré en plus. Adonc ne pouvons cachier ce qu'est faict; et ne croies que me pardonne, Dame qu'est ieune, et qu'a désir de benoiste caresse à cueur grevé et ne pardonne à doulce amye de son seignour. »
Je glissai le pouce à la première page. Elle portait TROIS LETTRES d'Alix DE GïïAMPRÉ, Dame de Vandières. Je tournai le verso, je vis : Tiré à 100 exemplaires, Nancy.
Le monsieur maigre disait sur le trottoir au monsieur gras :
— « Monsieur, le journaliste est le député de opinion !
— Quand il n'en est pas l'homme d'affaires ! répondit le monsieur gras.
0 ciel! fis-je, la politique! et je me sauvai. Je
m'étais sauvé comme cela en i848, les mains sur les oreilles pour ne pas entendre le baragouin qui se faisait. En uneprairie je me trouvais, uneprairie dans les Vosges avec de grandes herbes qui se rejoignent par-dessus vous, quand vous êtes couché. J'étais sur le dos, une tige de folle avoine au-dessus de ma tête se balançant; des nuages blancs bordaient amicalement le ciel, comme une fourrure de cygne borde un manteau de satin bleu. On aurait dit que la nature faisait sa méridienne. Seuls, de gros bourdons noirs voltigeaient pesamment sur les fleurs lasses et endormies. La rivière ressemblait à de l'argent en fusion roulant des milliers de petites émeraudes. «Mauvaise fée pohtique! dis-je, attrape-moi maintenant dans ma belle prairie vosgienne, où ne pousse pas un journal! dans mon tranquille coin vert, si loin de l'homme! Deux garçonnets étaient de l'autre côté de l'eau sur l'écluse. Le plus âgé, un enfant de huit ans, avait une bretelle faite d'une lisière de drap ; l'autre laissait fièr'fement passer par derrière un pan de chemise de sa culotte. Je finissais mon invocation; voilà que le garçonnet de huit ans leva le bras sur le garçonnet de six, et je l'entendis qui lui dit : « Crie : A bas Guizot ! ou je te flanque une momifie! »
0 fenêtres^ ! pourquoinous regarder ainsi? et si tristement, et d'un si doux et d'un si long regard ? Par ces
1. Les fenêtres de la maison au coin de la rue Laflitte et de la rue Rossini, maison où s'est passée notre enfance, et où est mort notre père.
fenêtres, nous voyions, tout enfants, les beaux messieurs et les belles dames passer dans la rue, lui, plus sage et plus grand et empêchant le petit de se pencher. Fenêtres I vous êtes notre enfance heureuse, et notre grand souvenir de mort... « Votre père est souffrant aujourd'hui,- mes enfants, ne faites pas de bruit, » nous disait notre mère; — et lui, comme il nous voyait attristés de taire nos jeux, — il nous prenait tous deux sur ses genoux, et riant avec nous, il nous contait des choses qui nous semblaient des contes de fées, la campagne de Russie, et qu'il l'avait faite l'épaule cassée, parfois attaché sur un canon. Oh! c'étaient de belles histoires des grandes guerres qu'il nous contait, notre jeune père, vieux de gloire! Enfants que nous étions! sur sa tête cicatrisée il nous faisait promener nos petites mains, et nos petits doigts passaient sur sept coups de sabre... Puis nous jouions avec sa croix d'officier, cette croix qu'il mît sur son uniforme de chef d'escadron, à vingt-cinq ans, du temps que la croix coûtait cher!... Comme tout cela a vite passé! comme Montmartre nous a tout pris î
— Mon seul or à moi, c'est le soleil du matin; mon seul argent, c'est le rayon de la lune ; ma chanson est toute ma richesse.
Ainsi il fredonnait, en me coudoyant sans me voir.
— Holff î
pagp:s retrouvées.
— Tiens, bonjour! Mon seul or à moi, c'est le soleil du matin...
— Et où allez-vous de ce pas?
— Ah ! le grand poète que mon Georges Hermegh ! (( Ma chanson est toute ma richesse! » Où je vais! Quelle heure est-il?
— Onze heures.
— Au revoir. J'ai l'habitude de déjeuner... Au fait, attendez-moi au journal, />myo/in27 un joli titre, mais il est pris...
— Avez-vous vu le vaudeville d'hier, Cornélius?
— Jucheirassassah !
— Plaît-il?
— C'est un juron d'Hoflmann de Fallersleben, si vous voulez le savoir !