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LA MAISON DE CAMPAGNE D'UN VIEUX JUGE

cheur. C'est bien la crypte bourgeoise élevée à Candide; rofficiant y a tout ce qu'il faut pour célébrer l'office :1a table d'a-cajouoùles testaments s'écrivent, la chaise curule en maroquin vert, un coupe-papier en buis jaune, une grosse paire de lunettes d'argent, — et aussi une calotte grecque, brodée dans le salon d'une maison de prostitution pour monsieur Dimanche,

Le salpêtre a fait sa proie du Yorick de Ferney; des vers paissent dans la Plcelle; une bonne moitié de l'esprit de Zadig est tombée en pourriture ; une gangrène de larges taches jaunes s'est mise au papier de Kehl qui se meurt; et en plein sel français, dans les boutades et les malices, des souris campent, mangeant à belles dents les plus grandes gaietés du railleur. Et cela est triste, fort triste, plus triste peut-être, qu'une princesse allemande médiatisée... recommandée au conducteur d'une diligence française.

D'ordinaire, sur les rayons, Rousseau est à côté de Voltaire. C'est pour les bonnes gens, pour les cœurs sensibles, un soulagement incomparable, et une- bien précieuse ressource, que d'avoir ainsi le médecin de l'âme Tant-Mieux côte à côte avec le médecin de l'âme Tant-Pis. Mais ici, point de Rousseau I nulle toute petite odeur de pervenche ! nulle minuscule consolation d'utopie! Voltaire tout seul! miroir unique dans lequel le vieillard regarde* son esprit! Voltaire, maître absolu de ce mur, dont il descend pour jouer des niches à la con-

science de son propriétaire! Le voyez-vous, tenant à sa goutte une compagnie moqueuse, et qui souffle sur les châteaux de cartes du moribond, qui fait les cornes à ses attendrissements, qui tour à tour lui promet Dieu, le diable et le néant, qui conte des gaudrioles à ses vieux sens, qui le berce et le berne, qui le turlupine, qui le barbouille, le confesse, et fouette, à tour d'ironies, sa raison comme un sabot! Il rôde tout autour, voletant, sautelant, gambadant^ l'hôte des vieux logis, le lutin des foyers célibataires, Trilby étique enveloppé d'une étoffe à ramages, un bonnet de soie noire à son petit crâne, — statue de Houdon réduite à deux pouces, qui d'un rire de casse-noisette, ameute, par instants, les échos de la maison morte !

Dans le jardin, un sapin a tout pris, la place, et l'air, et les fenêtres. Il pousse magnifiquement comme s'il poussait en de l'engrais humain. Autour, des rosiers maladifs s'affaissent et se courbent, penchant à terre des fleurs traînantes, pâmées et expirantes, d'où montent des arômes fermentés, des parfumeries d'alambics. Un air lourd, chargé de résine et d'essence de rose. Sous l'arbre, accroupis, mendiant le soleil, un vieux chat, un vieux chien. Ils tremblotent sur place. Le chat n'a plus de ronron. Le chien est râpé comme un vieux chapeau.

Assise dans ce jardin, une fille, son chapeau sur la tête, les deux mains sur un panier de paille noire, une fille pâle, les yeux bistrés, les lèvres plates, attend inoccupée.

A M. PH. DE CHENNEVIÈRES

Monsieur et ami,

J'aimerais à vous avoir un beau soir à moi tout seul, sarrasin de Vire et tripes de Gaen sur table, appétit en éveil, causerie aux lèvres ; ou bien encore j'aimerais, au fin fond du terroir normand, après avoir couru avec vous les rousses bruyères, les mares, les pâturages coupés de ruisseaux argentelets : votre solide et grasse terre natale, j'aimerais, en une ferme accolée à un chemin creux, faire station, jeter châtaignes en la marmite, tirer une pinte de poirée doux, friand, et en bon Gaultier et bon compagnon, nous paissant « le cerveau caséiforme de belles billevesées», coudes au menton, vous causer de l'ami Jean de Falaise.

Mais de tout ceci, bouche cousue à l'ami Jean de Falaise I je ne suis pas auteur, mais j'ai fait deux volumes; je ne suis pas critique, mais j'écris dans

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