‹ Pages retrouveesChapitre 35 sur 67 · LEVASSOR · texte numérisé non relu

LEVASSOR

(( Un Romain, -en faisant son éloge, l'appela le dernier des Grecs.» Plutarque parle de Philopœmen.

Levassor est le dernier des étudiants.

Ohé! ohé! les flambards, les chicancards I Ohé I de la Chaumière ! C'est le lait d'anesse ; c'est le basbleu. Et voici Ovide, Ovide au geste facile, à la tournure leste, à l'amour impromptu, aux jambes balancées. Ohé! ohé ! c'est Levassor crevant une armoire et tombant comme une trombe chez Aline, la queue de billard au port d'armes !

Eh lioiip ! eh houp ! charmantes bergères ! Eh houp ! eh houp ! grisettes si chères !

Comme il pince le cancan, ce fils naturel de Vestris !

Gais enfants

De vingt ans, Vous qui là-bas suivez ma loi, Là-bas dansez pour moi !

L'étudiant est mort, vive Levassor!

Et pourtant, c'étaient de gais garçons, des joyeux, des excentriques, que ces nomades du quartier LatinI peuplade ayant à elle une histoire, des usages, des cafés, une religion, un code, — et des chansons de gestes chantées, tous les soirs, autour d'un bol de punch! Et pourtant il avait bon air, l'étudiant, avec son béret rouge, sa redingote à boutons dorés, son pantalon de hussard ballonnant, ses deux mains dans ses poches, la bouffarde aux gencives^ et un bouquin sous le bras ! un bouquin qu'on s'en allait lire au Luxembourg, et qu'on n'y lisait pas, parce que... Il y avait toujours des parce que!

L'étudiant î l'étudiant qui avait place partout, à Hernani comme aux émeutes ; l'étudiant qui serrait son argent dans une tête de mort; plaçait son cœur sur le carré, la porte en face; l'étudiant qui riait aux missions sous la Restauration; l'étudiant toujours un peu carbonaro^ et qui chansonnait et qui gaudriolait; l'étudiant dont on savait le petit nom à tous les Porcherons de la rive gauche ; l'étudiant, cet enfant gâté, cet enfant terrible du quartier Latin, de ce quartier Latin, « le Trivium et le Quatriviiim des sept arts libéraux » ; l'étudiant qui se consolait de ne pas avoir rossé le guet, en se colletant avec les sergents de ville, et de ne pas avoir de quoi applaudir Carlotta, en improvisant le pas de la Girafe en calèche ou de la Limande amoureuse ; l'étudiant qui vendait son cor de chasse pour aller au bal de l'Opéra I

L'étudiant 1 l'étudiant etla grisette ! — car ils étaient

toujours bras dessus, bras dessous, — l'été comme l'hiver au théâtre Beaumarchais, ainsi qu'au café de rOdéon 1 Bras dessus, bras dessous, l'étudiant et la grisette ! Et c'étaient des amours qui se nouaient sans lettres et qui se dénouaient sans larmes!... ménages de pinsons accrochés à un cinquième étage ! Bras dessus, bras dessous, Paul de Kock etBéranger ! Bras dessus, bras dessous, la Jeunesse et la Gaieté ! Bras dessus, bras dessous... Aujourd'hui bien enterrés la grisette et l'étudiant! oui, une pipe cassée, un sourire envolé.

Passants, aimezj)our eux I

Eh! non, ce n'est pas l'étudiant! eh! non, ce monsieur raide, ce teint lymphatique^ cette pose en bois, ce faux-col inexorable, cette chevelure jaune, ces favoris frisés, toute cette personne tirée à quatre épingles. C'est sir George Walker, baronnet, libre de son personne et de ses trois niillions. Mais ici plus de ces Anglais charges, de ces Anglais burlesques et calomniés, qui ont eu seuls si longtemps droit des planches chez nous. Il semblait vraiment que nous voulussions venger, nous, le peuple le plus spirituel du monde! — nous le disons au moins, — Waterloo avec des vaudevilles. Ce n'est plus ce Britannique qu'on eût dit découpé dans une caricature du Punch; c'est le gentleman. Et sir George a tout le temps cette fleur de froide distinction qu'ont seuls, quoi qu'en disent les patriotes, les Anglais distingués.

Eh ! non, dit un autre, — la lorgnette magique passait de main en main, — c'est Adonis, le grand gas de la ferme. Adonis qui a de gros souliers, une chemise en treillis. Adonis qui dit: M^n'onque! Adonis le pataud qui débarque de la charrue, Adonis dont on se gausse. Adonis qui pue le patois à vingt pas à la ronde ! — Est-ce assez le paysan, le paysan retors, le paysan madré, le paysan toujours normand, le paysan qui vous fait faire un bail en une petite chambre avec un gros feu de fagot dans la cheminée et du vin clairet sur la table : A votre santé, m'n'homme !

Allons donc! vous ne voyez donc pas son pantalon garance et son bonnet de police, et son petit doigt sur la couture du pantalon? Ce garçon-là est militaire jusqu'à la moelle des os I II en a le physique, il en a Tinintelligence. Salut, sergent Trifaut ou fusilier Brésil I Les bancs de pierre des Tuileries se souviennent de vous, — les nourrices aussi. Et votre catéchisme n'est pas long : Mon capitaine et Dieu! Ptan, plan, plan, plan, plan, tambour battant : le

Page 1