‹ Pages retrouveesChapitre 8 sur 67 · DE GONCOURT · texte numérisé non relu

DE GONCOURT

ait donné sur les assolements... Mais Parmentier! A sa santé !...

— Allons I mesdemoiselles! disait-elle sur le pas de la porte. J'avais descendu l'escalier et j'étais au premier.

— Allons! mesdemoiselles, entrez donc! répétait la maîtresse de pension. — « Madame la maîtresse de pension, au moins accoutumez-les à faire leurs lignes droites, à rendre leur caractère net et lisible. »

La petite phalange enfantine montait, montait l'escalier, essoufflée de jouer. — « Madame la maîtresse de pension, il faudrait aussi qu'une fille sût la grammaire pour sa langue naturelle. Il n'est pas question de la lui apprendre par règles, comme les écoliers apprennent le latin en classe : accoutumezles seulement, ces jolis enfants, à ne point prendre un temps pour un autre. »

Joues rouges, minois poupins, paniers au bras, petits bas blancs, et petites bottines agiles, tout cela grimpait l'escalier, tout cela d'un leste et d'un frais charmants! Le soleil^ passant parles grandes vitres du palier, courait et se posait comme un papillon d'or sur les nattes blondes attachées de rubans noirs, et les chevelures brunes affolées. Elles grignotaient, en s'empressant, ouvrant leurs paniers, se montrant leurs tartines. — « Madame la maîtresse, elles devraient aussi savoir les quatre règles de l'arithmétique; elles s'en serviraient utilement pour faire des

comptes : c'est une occupation fort épineuse pour beaucoup de gens. »

Toutes entraient, pêle-mêle, petites et plus petites, et toutes petites, au pas de course, saluant la dame, puis disparues. Et langues roses de jaser au bord des oreilles rosées. Les petites amies se donnaient le bras, se racontant ieurs poupées. Les petites ennemies se disaient : Ma chère 1 Les petites en robe de soie toisaient les petites en robe de mérinos ; et quand je passai, je m'aperçus — qu'elles savaient déjà regarder. « 0 madame la maîtresse de pension, apprenez-leur à n'être femmes qu'à dix-huit ans ! »

La porte se referma ; les bons points se méritaient.

Me voici dans la rue. Un matin net et clair, et les paletots boutonnés; et les ramoneurs jetant leur voix à la cantonade. Le ciel était bleu comme un bas de collégien, les nez rouges. Messer Apollo, déjà juché sur les toits d'ardoise, rebadigeonnait les jolies maisons de la place Saint-Georges à grands coups de lumière, faisant de toutes vitres de la nacre, de toute lèvre un sourire. — Pourquoi les enterrements passent-ils sur cette place égayée : je sais bien qu'ils disent que c'est leur chemin. — La fontaine avait de l'eau ce jour-là; et les vermicellures décharnées des arbres sans feuilles embroussaillaient, comme des caprices d'une agate herborisée, le bas de la blanche architecture italienne : un petit tableau signé : Hubert Robert^ décembre.

Il faisait dix heures et demie. La première personne que je rencontrai était une dame qui venait de dîner en ville. Elle portait à la main son corset enveloppé dans la Presse*. Bon augure, dis-je. Et comme je disais : Bon augure, je me rappelai tout de suite une autre superstition qui dit : Journée stérile. A ce dernier compte, il n'y aurait que des rentiers dans le quartier.

Dans cette boutique ci-gît le plus beau corps de femme de Paris. De modèle qu'il était, il s'est fait marchand de tableaux. A côté de tasses de Chine se trouve un Diaz. Et j'en connais un plus beau. C'est un jeune homme et une jeune femme. La chevelure de l'adolescent se mêle aux cheveux déroulés de la dame, et la Vénus, comme dit Tahureau,

Croisant ses beaux membres nus Sur son Adonis qu'elle baise , Et lui pressant le doux flanc; So n cou douillettement blanc, Mordille de trop grande aise.

Ce Diaz-là, mes amis, a bien voyagé; mais. Dieu merci I il est revenu au bercaîL J'ai vu quelqu'un

1. Dans cet article que je donne amendé par quelques corrections de style, mais sans aucun retranchement de passages ou de motspoursuîvables avec les vers de Tahureau, était soulignée au crayon rouge cette ligne..." Une dame qui venait de dîner en ville. Elle portait à la main son corset enveloppé dans la Presse. » Je ne sache pas, par une pareille pudibonderie du parquet, un livre de Fheure présente, même parmi ceux couronnés par la vertueuse académie, qui aujourd'hui ne mériterait pas d'être poursuivi.

VOYAGE DU No 43

qui sait tous ses voyages, et qui m'a conté le dernier, l'avait envoyé à M^^^^ M^^^ l'a renvoyé à M^^^ avec cette lettre :

(( Ma chère camarade,

« Ce Diaz est vraiment trop peu gazé pour V ornement « de ma petite maison, Taime le déshabillé d'un esprit (( charmant, je ne puis admettre cette nudité, que VAr- <( sinoé de Molière aime tant. Ne me croyez pas prude, « Mais pourquoi vous priverals-je d'un tableau que je « serais obligée de cacher, moi!

« Mille remerciements quand 7nême , et croyez-moi (( votre dévouée camarade

Et M^^'^ *** a repris son Diaz, ô gué ! elle a repris son Diaz, turelure I et a répondu à M"^ en le raccrochant au mur déjà en deuil et tout triste :

« Chère camarade,

(( Je suis une folle, et pi^esque une impie, d'avoir cru « mon petit tableau digne dé votre autel. Mais ma sottise « m'a du moins valu un précieux renseignement sur les « limites de votre pudeur. Permettez-moi seulement de « défendre contre vous le répertoire comique que vous

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