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DES THEATRES LYRIQUES

La faveur publique et la mode protègent d'une manière toute spéciale, les deux principaux théâtres lyriques de Paris. Personne ne peut raisonnablement contester aux directeurs de V Opéra et des Italiens, le titre d'habiles spéculateurs administrants. MM. Véron et Robert font évidemment des miracles. Peu leur importe qu'à l'Académie royale de Musique on n'écoute que la Danse, et au théâtre Italien que les entrechats de gosier ; la salle est toujours comble, le public ravi, et les journaux moussant d'enthousiasme. C'est plus qu'il ne leur en faut. Toutefois, ceux qui ont le malheur de considérer l'art d'un point de vue sérieux, et qui sont jaloux de sa dignité, ceux qui voudraient incessamment le voir grandir, progresser et prendre le pas sur la marchandise, n'ont-ils que des actions de grâces à rendre à ces messieurs?

Devront-ils adhérer dune manière absolue à la marche de leur administration?

Les forcera-t-on par exemple d'applaudir sans

DE LA SITUATION DES ARTISTES k']

relâche à la reproduction continuelle de certains ouvrages reconnus universellement pour détestables, et qu'on ne soutient qu'à l'aide d'un pas de Mlle Taglioni, ou de Mlle Essler?... Essaiera-t-on de les rendre solidaires de ce vandalisme d'une nouvelle espèce qui s'acharne aux plus admirables chefs-d'œuvre, à Guillaume Tell, \\ Moïse, à Don Juan; — qui les dépèce, les mutile, en retranche les deux tiers, et ne les livre au public que par fractions morcelées, sous prétexte de composer un spectacle attrayant?

Je n'en finirais pas de questions de ce genre, qui heureusement n'ont plus le mérite d'être nouvelles; — mais il me tarde de toucher un point plus important encore.

J'ignore, et il m'intéresse peu de savoir, si V Opéra et les Bouffes, tels que MM. Véron et Robert nous les ont faits, sont des débouchés suffisants pour les produits de tels et tels fabricants et faiseurs, mais ce qu'il y a de certain, d'irréfragable,

c'est que, vu la fertilité de MM , non seulement

les noms de Gluck, de Spontini, de Ghérubini, de Mozart, de Cimarosa, etc., etc., ne reparaissent plus sur l'affiche, [Orphée, Armide, Ipliigénie^ la Vestale, Corlez, les deux Journées, les Noces de Figaro, la Flûte enchantée, le M alliage secret et tant d'autres chefs-d'œuvre n'étant plus d'aucun répertoire) ; mais encore les jeunes compositeurs, ceux dont le talent ou le génie n'a pu se déployer à l'aise et se manifester avec éclat, sont continuellement

repoussés en arrière, obligés de se renfermer dans d'étroites limites, et contraints de vivre ignorés ou méconnus.

« ^J Opéra n'est pas un théâtre d'essai » répondit logiquement M. Véron, lorsqu'il fut question dé monter un ouvrage de Berlioz; « pourquoi ne se met-il pas sur les rangs à Y Opéra-Comique'^ » Ce conseil vraiment comique, qu'il aurait également donné h Weber, à Meyerbeer, à Schubert, peut-être même à Beethoven en pareille occasion, nous instruit de la véritable situation des choses.

En efFet, VOpéra ne monte tout au plus que deux ouvrages par an. Bien entendu qu'il y en a toujours au moins une demi-douzaine d'inscrits à l'avance, dont le tour est fixé et légalement déterminé, — sans compter ceux qui sont reçus et qui attendent inutilement depuis vingt ans dans les cartons.

Le théâtre Italien de son côté, tout occupé à réchauffer les succès napolitains et milanais, n'a que faire d'ouvrages originaux ; — cela ne le regarde pas.

Le moyen donc que des hommes nouveaux se produisent sur la scène et parviennent h faire représenter leurs opéras?

Je viens de qualifier de comique le conseil de M. Véron. Je ne voudrais cependant pas qu'on pût croire que c'est un parti pris à moi de dénigrer et de méconnaître h dessein, les efforts que fait l'administration de Feydeau pour remonter son personnel de chanteurs et d'artistes. Ces efforts sont

honorables et. méritent d'être encoura£fés; mais jusqu'à présent il nous semble qu'ils n'ont été couronnés que d'un bien médiocre succès. C'est involontairement que nous nous rappelons que pendant toute la durée des représentations des Nouveautés^ un petit journal s'obstina à imprimer chaque jour, en gros caractères, à la suite des annonces de tous les autres spectacles de Paris, « théâtre des Nouveautés, mauvaise salle, mauvaise pièce, mauvais acteurs ! ! ! » — L'Opéra Comique a hérité de la Salle, espérons que le Pandore n'aura pas été prophète, insecula seculorum^.

Mais espérons surtout que le moment n'est pas éloigfné où nous aurons enfin un véritable théâtre lyrique- dirigé par des hommes éclairés, qui feront grandement la part du passé, du présent et de l'avenir, et qui au lieu de reléguer dans l'oubli et d'exclure à la fois les œuvres consacrées, et les jeunes compositeurs, ambitieux d'agrandir leur

1. La France départementale contenait dernièrement un article sur les théâtres, que d'autres journaux politiques ont cité par fragments, et dont la conclusion était, qu'il devenait urgent d'augmenter la subvention de V Opéra-Comique. Les raisons alléguées en faveur de cette opinion, nous semblent parfaitement valides. {Note de Liszt.)

2. L'Opéra s'éloigne de plus en plus de son but lyrique; les machines, les décors, les costumes et le ballet tendent à absorber presqu'entièrement la musique. « On voudrait bien se passer de moi, disait Meyerbeer, la musique n'est qu'un hors-d'œuvre, » au pachalick de la rue Lepelletier.

M. Fétis, dans un excellent feuilleton du Temps, a fait ressortir la proche parenté et quantité de points de ressemblance entre le Cirque-Olympique et V Académie royale de musique. {Note de Liszt.)

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nom, ouvriront une vaste carrière et appelleront au concours tous les genres, toutes les illustrations, toutes les capacités, toutes les grandeurs vieilles ou nouvelles, tout ce qui enfin, hommes ou choses, a force, valeur et vie.

C'est le vœu des artistes les plus avancés. La réalisation tient trop visiblement au progrès de l'art et aux intérêts du public, pour qu'elle ne soit prochaine.

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