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Le Conservatoire lut fondé en 1703 (id

DE LA SITUATION DES AUTISTES 4l

cune du règlement contre les étrangers, dont cependant je désirerais pouvoir atténuer la rigueur. Mais je le demande sans prévention, ni partialité, je le demande aux professeurs et aux élèves eux-mêmes; le Conservatoire répond-il aux besoins, satisfait-il en tous points aux exigences du moment actuel? La vie circule-t-elle abondamment dans ce vaste corps que plusieurs accusent de décrépitude et que nous ne croyons qu'engourdi.

Ceux qui sont chargés de la direction et de l'enseignement des classes sont-ils réellement liés , unis entre eux par une doctrine et des sympathies communes? Ont-ils conscience de l'œuvre qu'ils sont appelés à réaliser? En ont-ils le courage et le prosélytisme ardent? N'est-ce pas simplement pour le cérémonial, qu'ils signent leur nom les uns à la suite des autres ; et par habitude et avec une sorte de dégoût fatigué qu'ils remplissent leurs fonctions? Les méthodes et les procédés d'enseignement sontils au niveau des progrès de l'art?

Les élèves à leur tour, ont-ils pour leurs maîtres le respect, l'amour, l'enthousiasme que mériterait le premier corps enseignant de l'Europe?... Croient-ils ce qu'on leur apprend, écoutent-ils ce qu'on leur dit, pratiquent-ils ce qu'on leur ordonne? Y a-t-il en un mot, je le répète, y a-t-il de la vie, de l'activité, un sentiment vrai, profond et passionné de l'art, dans ces classes sales et mal distribuées de la rue du Faubourg-Poissonnière?

Des noms célèbres, dira-t-on, sont inscrits comme

professeurs de l'établissement : oui, sans doute, je suis loin de le nier; mais à côté d'eux ne voyonsnous pas quantité de médiocrités infirmes et de bas-étage qui occupent la place que d'autres hommes aussi célèbres que les premiers, et désignés par l'opinion publique, devraient remplir? Et parmi ceux mêmes qui professent avec le plus de distinction et d'éclat, n'en est-il pas plusieurs qui reconnaissent hautement l'impossibilité d'obtenir des résultats satisfaisants dans l'organisation présente, et la nécessité de réformes importantes, radicales? Ne sont-ce pas ceux qui se sont conciliés plus particulièrement l'estime du public et l'affection de leurs élèves?

Le Conservatoire a fourni d'excellents élèves, ajoute-t-on : je ne le conteste guère non plus, mais le nombre en est-il considérable, suffisant, proportionnel?... Des circonstances accessoires, des raisons étrangères, (comme par exemple : leçons qui sont prises avec des professeurs qui ne sont pas attachés h l'école royale \ — changement de manières, — travail acharné après qu'ils ont remporté le premier prix, etc.) n'ont-elles pas aidé puissamment au développement de leurs facultés?

M. Kalkbrenner et quelques autres, qui ne sont

1. Je ferai remarquer que la plup;irl des élèves du Conservatoire, vu le peu de durée des leçons qu'ils reçoivent dans l'établissement, sont oblig-és de prendre des leçons particulières en payant. Il leur est absolument défendu de choisir un autre professeur que celui de la classe dont ils font partie {note de Liszf).

nas des moins éminents, n'ont-ils pas presque désavoué leurs leçons, et ne se sont-ils pas moqués de leur science de lauréats?

Les concerts du Conservatoire, nous objecte-t-on enfin, sont uniques dans le monde. Certes, si jamais quelqu'un a tressailli à l'audition des symphonies de Beethoven, exécutées par cet orchestre merveilleux, puissant comme l'archange qui foudroie Satan, capricieux et mobile comme la reine Mab , c'est moi. Mais... (car il faut toujours qu'il y ait des mais), ces concerts qui ont jeté un manteau de gloire et d'harmonie sur les infirmités de l'école, ne tiennent pas d'une manière intrinsèque à l'institution du Conservatoire. Ils n'en sont qu'un accident, un phénomène presque indépendant; leur fondation ne remonte pas plus haut que 1829. Pendant six années consécutives, les symphonies de Beethoven en ont fait presque exclusivement les frais et le succès. Il devient superflu de répéter que sous le rapport vocal ils laissent énormément à désirer. Les chœurs sont rarement justes et plus rarement encore exécutés avec l'intelligence et le sentiment convenables. Quant à la musique instrumentale proprement dite, les solos, duos, quatuors, sextuors, y sont nécessairement écrasés, sacrifiés et rendus comme impossibles par la masse orchestrale. J'oserai donc encore le demander, ces concerts, qui ne dépassent guère le nombre de huit par an, si admirables qu'ils soient, satisfont-ils pleinement tous les besoins, toutes les exigences

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légitimes du public et des artistes? Des concerts plus fréquents, plus complets, et par cela même plus variés, fondés dans un double but de conservation et de progrès, des concerts dont le programme se partagerait entre les chefs-d'œuvre de Weber, de Beethoven ; — sans oublier comme on ne le fait que trop, ceux de Mozart, Haydn, HcTndel, Bach, et de tous les grands maîtres enfin dont la tombe a scellé la gloire; et les productions nouvelles ou peu connues des compositeurs et des contemporains : — Chérubini, Spohr, Onslow, sans mettre tout à fait de côté les plus jeunes : Mendelssohn, Berlioz, Hiller, etc., etc. Des concerts ainsi organisés, soutenus par des chœurs nombreux et intelligents qui rivaliseraient de prodiges avec les légions instrumentales, ne sont-ils pas réclamés par le goût sérieux d'un grand nombre qui sent vivement le besoin d'une éducation plus forte et plus complète?

De plus,

Des séances régulières de musique, di Caméra * où l'on ferait également la part des anciens et des modernes, des morts et des vivants, des classiques et des romantiques, des séances à la fois artistiques et fashionables qui deviendraient facilement un

1. Et en ce genre de musique nous sommes plus riches qu'on ne le pense : Mozart, Beethoven, Weber, Schubert, etc., etc., ont composé des soJos, des sonates, des fantaisies, des duos, des trios, des quatuors, etc., qui pour la vigueur du dessin, la richesse et la magie du style, ne le cèdent guère à leurs œuvres les plus renommées (noie de Lisrl).

point de réunion pour le beau monde et le rendezvous habituel des artistes distingués qui s'y associeraient fraternellement, ne seraient-elles pas un enseignement excellent, indispensable h ceux qui se destinent spécialement à l'art, — plein d'intérêt et de charmes pour ceux qui l'aiment.

Des exercices d'ensemble concertés entre les jeunes gens déjà à moitié artistes et élèves du Conservatoire, qui ne prennent aucune part aux grands concerts, — des exercices de musique vocale et instrumentale, et disposés d'après le même plan que celui des concerts et des séances dont nous venons de parler, ne contribueraient-ils pas efficacement à préparer les uns et les autres à lutter plus tard avec les hommes faits, et h surpasser peut-être même les maîtres? Ne seraient-ils pas le meilleur moyen d'entretenir parmi eux une noble émulation?

Enfin l'histoire de la littérature et de la philosophie de la musique ne mériterait-elle pas une chaire spéciale ?

Une grande publication, qui embrasserait dans leur ensemble ces objets si peu ou si mal connus, ne satisferait-elle pas un besoin vivement ressenti à notre époque? Et n'est-ce pas (ou plutôt ne serait-ce pas), au premier corps enseignant d'Europe, au Conservatoire royal ou national de France, pour lequel c'est à la fois un devoir et une condition d'existence de s'adjoindre successivement tous les talents, toutes les supériorités et d'enseigner en même temps par l'exemple et le précepte, par la

théorie et la pratique, ne serait-ce pas au Conservatoire à satisfaire, comme je l'ai dit plus haut à tous les ce besoins divers, toutes les exigences légitimes des artistes et du public », et à imprimer et à diriger le mouvement, au lieu de le suivre et de le traîner à la remorque?

Je soumets toutes ces questions à qui de droit.

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