Henri Herz
célébrité aux deux cents coins de Paris, sont néanmoins condamnés à garder à tout jamais l'anonyme.
Je ne m'arrêterai guère, non plus, au sujet des innombrables concerts particuliers que les Anglais et les Allemands appellent private concerts, et qui, chez nous du moins, sont ordinairement privés d'intérêt et de sens. Ces réunions d'ailleurs ne sont pas tout à fait du ressort de la critique d'un journal et aussi bien, si nous en exceptons deux ou trois salons véritablement artistes (comme on dit aujourd'hui) :
« Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé». Mais un point sur lequel on n'a pas suffisamment appelé l'attention, et que je me fais un devoir de signaler, c'est l'extrême difficulté, les nombreux obstacles que les artistes supérieurs rencontrent inévitablement dans l'organisation d'un concert et qui font que beaucoup d'entre eux y renoncent. Ces obstacles sont tels qu'ils équivalent presque à une impossibilité absolue. — Je m'explique.
Pour donner un concert, il faut de toute nécessité, une salle et des musiciens. Or, ces deux choses physiquement et moralement indispensables manquent à Paris. Cela paraît incroyable, fabuleux, et, cependant rien n'est plus exact. Deux règlements, deux privilèges, fourniront la preuve irrécusable de cette assertion.
1° Le privilège que s'est réservé la Société des Concerts d'avoir à elle seule exclusivement, pendant les quatre mois de la saison musicale (janvier,
février, mars, avril), la salle des Menus-Plaisirs, dont elle n'a besoin que pour huit matinées au plus K
2° Le privilège abusif, le règlement absurde du théâtre Italien et de ÏOpér'a, en vertu desquels il est défendu expressément sous peine d'énormes amendes à tous les chanteurs et à toutes les cantatrices attachés à ces deux entreprises de se faire entendre dans aucun concert '.
Je ne prétends contester le droit d'user et d'abuser à personne, et moins encore à MM. les directeurs de théâtres qu'à tout autre. La j-aison et la logique de ces hauts personnages m'écraseraient net. Ainsi, bien loin de leur chercher querelle, je ne fais qu'exposer au grand jour la sagesse de leur règlement afin de remplir ma tâche qui est de donner au public connaissance de quelques-unes
1. On sait que cette salle est la seule convenable pour les concerts d'un certain ordre. Ni la salle Cléry, louée d'abord par l'abbé Ghàtel et tombée depuis entre les mains des commissairespriseurs, ni celle du Vauxhalle que son éloignement et les destinations successives qu'elle a subies ont fait oublier aux dilettanti, ni même celle de l'Hôtel de Ville, à la vérité très favorable à la musique et libéralement accordée par M. le Préfet, ne remplissent les conditions voulues. [Note de Liszt.) La salle des Menus-Plaisirs n'est autre que celle du Conservatoire.
2. On sait encore que tous les chanteurs, toutes les cantatrices de talent sont sous la tutelle de MM. Véron et Robert et que par conséquent, interdire aux artistes de VOpéra et des Italiens de chanter ailleurs qu'au théâtre, c'est détruire ridiculement la partie vocale des concerts. Nous concevons à peine que les artistes remarquables auxquels il appartiendrait de faire la loi à l'entrepreneur se soient ainsi laissé lier pieds et poings par un règlement qui les sépare de leurs frères et leur défend tout échange de services d'amitié. (Id.)
des tribulations et des entraves qui arrêtent les malheureux artistes fatalement prédestinés à donner concert.