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Cf. Aujruste Goiule

deux joues par les rois et les peuples, dans les antichambres et sur la place publique, cette église, disons-le sans détour, s'est entièrement aliéné le respect et l'amour de la société actuelle. Le peuple, l'art, la vie, se sont retirés d'elle; et il semble que sa destinée soit de périr dans le délaissement et l'abandon!* D'un autre côté le pouvoir temporel toujours plus ou moins ouvertement en état d'hostilité avec l'église, a définitivement divorcé avec elle en juillet. La royauté citoyenne et bourgeoise, économe, prudente par nature et par nécessité, forcée de défendre son terrain pied à pied, sans cesse chicanée, tracassée, harcelée de toute part, cette pauvre royauté n'a ni le temps ni la volonté de s'embarrasser des choses qui sont à la fois du domaine du culte et de l'art.

Au delà du Rhin, il est vrai, tous les principicules, ducs, grands-ducs, roitelets et potentats tiennent à honneur d'avoir une chapelle et des maîtres de chapelle-. Mais en France la loi étant athée. Sa Majesté Louis-Philippe qui ne va que peu ou point à la messe, a pensé avec raison qu'une chapelle était de trop, et que les musiciens devenaient des sinécuristes. 11 s'est donc dépêché dès les premiers jours de son avènement au trône, de

1. Cette diatribe contre l'église catholique est certainement inspirée à Liszt par l'excommunication de Lamennais.

2. Spohr et Hummel sont attachés en cette qualité, le premier à la cour de Hesse, le second à celle de Saxe-Weymar, Haydn dirigeait la chapelle du prince Esterhazy. (Note de Liszt.)

congédier aumôniers et artistes en signifiant à sa famille que désormais le plain-chant de Saint Rocli était assez harmonieux pour elle.

Assurément, c'est la une de ces mille et une hontes de V ordre de choses qui suffirait à elle seule pour soulever notre indignation. Mais une fois en train, le vandalisme bourgeois ne s'arrête pas en chemin; il va vite en besogne. Les réformes économiques pleuvent de droite et de gauche. La dissolution de l'école Choron* suivit de près la dissolution de la chapelle. De peur d'être accusé de Jésuitisme, on mit à la porte des Tuileries MM. Chérubin!, Plantade, Lesueur, avec leurs messes, leur reqiiiems, et cela fait, sans perdre de temps, on profita de l'occasion pour rayer de la liste civile la modique pension de l'institution de la rue de Vaugirard, dont l'utilité et les services étaient généralement appréciés, et qui, par suite de cette royale et pitoyable lésinerie, fut hors d'état de continuer ses travaux.

Au reste tout cela est bien conséquent et prouve jusqu'à l'évidence que les arts sont protégés et la situation des artistes grandement digne d'envie !

1. Choron (1772-1834) avait fondé une Institulion royale du musique classique et religieuse, subventionnée de 1824 à 1830 par le gouvernement de Charles X et qui survécut peu à la révolution de Juillet.

'Les dieux s'en vont, les rois s'en vont, mais Dieu reste et les peuples surgissent. Ne désespérons donc point de l'art.

D'après une loi adoptée par la Chambre des députés en 1834, la musique devra être enseignée prochainement dans les écoles. Nous nous félicitons de ce progrès, et nous l'acceptons comme gage d'un progrès plus vaste et dont l'influence sur les masses tiendra du prodige.

Nous voulons parler d'une régénération de la musique religieuse.

Quoique par ce mot on ne désigne ordinairement que la musique exécutée à l'église pendant les cérémonies du culte, je le prends ici dans sa plus large acception.

A l'époque où le culte exprimait et satisfaisait à la fois les croyances, les besoins et les sympathies des peuples, alors que les hommes et les femmes cherchaient et trouvaient à l'église un autel pour s'agenouiller, une chaire pour nourrir leurs esprits et un spectacle qui récréait et exaltait saintement

1. Les lignes suivantes sont extraites d'un long article fait en 1834, dans le but de dénaontrer la nécessité d'ouvrir un concours pour la composition poétique et musicale des airs, cantiques, chants et hymnes nationaux, moraux, politiques et religieux qui devront être enseignés dans les écoles. Cet article, oublié depuis, pourra peut-être, en temps et lieux, se transformer en pétition* (Sote de Liszt.)

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leurs sens, la musique religieuse n'avait qu'à se renfermer dans la mystérieuse enceinte et pouvait se contenter de servir d'accompagnement aux magnificences de la liturgie catholique.

Aujourd'hui que l'autel craque et chancelle, aujourd'hui que la chaire et les cérémonies religieuses sont devenues matières à doute et à raillerie, il faut nécessairement que l'art sorte du temple, qu'il s'étende et accomplisse au dehors ses larges évolutions.

Comme autrefois, et plus même, la musique doit s'enquérir du peuple et de Dieu, aller de l'un à l'autre; améliorer, moraliser, consoler l'homme, bénir et glorifier Dieu.

Or, pour cela faire, la création d'une musique nouvelle est imminente, essentiellement religieuse, forte et agissante, cette musique qu'à défaut d'autre nom nous appellerons humanitaire résumera dans de colossales proportions le théâtre et l'église. Elle sera à la fois dramatique et sacrée, pompeuse et simple, pathétique et grave, ardente et échevelée, tempétueuse et calme, sereine et tendre,

La Marseillaise qui mieux que les récits fabuleux des Hindous, des Chinois et des Grecs, nous a prouvé la puissance de la musique, la Marseillaise et les beaux chants de la Révolution, en ont été les terribles et glorieux préambules.

Oui, n'en doutons pas, bientôt nous entendrons éclater dans les champs, les hameaux, les villages, les faubourgs, les ateliers et dans les villes, des

chants, des cantiques, des airs, des hymnes nationaux, moraux, politiques, religieux, faits pour le peuple, enseignés au peuple, chantés par les laboureurs, les artisans, les ouvriers, les garçons et les filles, les hommes et les femmes du peuple.

Tous les grands artistes, poètes et musiciens, fourniront leur contingent à ce répertoire populaire incessamment renouvelé. L'état décernera des honneurs, des récompenses publiques, à ceux qui auront été comme nous' trois fois aux concours généraux; et toutes les classes enfin, se confondront dans un sentiment commun, religieux, grandiose et sublime.

Ce sera le fiât lux de l'art.

Vienne, vienne donc une ère glorieuse où l'art se complète et se développe à la fois sous toutes ses faces, et s'élève au plus haut degré en unissant fraternellement les hommes dans de ravissantes merveilles. Vienne le temps où l'inspirateur ne sera plus pour l'artiste cette eau amère et fugitive qu'il trouve à grand peine, après avoir creusé dans un sable stérile, mais où elle s'épanchera comme une source inépuisable et vivifiante. Vienne, oh ! vienne l'heure de délivrance où le poète et le musicien ne diront plus « le public » mais le peuple et Dieu* m.

1. sic dans le texte : il faut lire sems doute : < couronnés trois fois. »

2. L'inspiration lamennaisienne est trop sensible dans ce dernier fragment pour qu'il y ait besoin de faire plus que de la

ignaler.

* Résumons ce qui a été dit précédemment.

Au point de vue où nous nous sommes placés (et il est superflu de dire que ce n'est point par caprice que nous l'avons choisi mais uniquement pour le besoin de nous élever à la plus complète intelligence des faits) nous avons remarqué de toute part :

Souffrances, abaissement, amertumes, misère, solitude et persécution,

POUR l'artiste ;

Entraves, exploitation, réformes économiques, établissements incomplets ou vicieux, baillons et menottes,

POUR l'art;

De toutes parts aussi, dans toutes les classes de musiciens exécutants, professeurs ou compositeurs, nous avons entendu des plaintes, des palinodies, des paroles de mécontentement et de colère, des vœux de changement ou de réforme, des aspirations vers un avenir plus large, plus satisfaisant; aspirations confuses et contradictoires parfois, mais qui accusent toujours la fermentation du levain nouveau.

Plus ou moins ouvertement, plus ou moins profondément, TOCS SOUFFRENT.

Que ce soit dans leur contact avec leur public ou avec la société; que ce soit de par MM. les direc-

1, Revue et Gazette musicale, du 11 octobre 1835.

leurs de théâtre, j\IM. les critiques-feuilletonistes, MM. les employés au ministère, MM. les marchands de musique, etc., etc.; que ce soit, en un mot, dans leurs rapports civils, politiques et religieux, ou dans leurs relations mutuelles : — rapports dépourvus de sanction, — relations sans lien véritable, n'importe. Tous souffrent et, beaucoup d'entre eux sentent qu'ils souffrent... illégitimement, iniquement d'ordinaire; mais souvent aussi par suite de torts réels, à cause de leur isolement, de leur égoïsme et de leur manque de foi.

Schiller a dit quelque part : « Toutes les fois que l'art s'est perdu, c'a été par la faute des artistes. »

Ne pourrait-on pas ajouter : Toutes les fois aussi que les artistes, au lieu de s'unir, soit pour résister aux oppressions et aux exigences mauvaises, soit pour marcher de concert au but qui leur est providentiellement désigné, — se divisent, repoussent la conscience de leur dignité, et subissent une à une, jour par jour, toutes les conséquences à^ux\Q suhalternitè tacitement acceptée, il y a certainement beaucoup de leur faute... Mais n'anticipons pas sur des choses qui trouveront leur place ailleurs.

Encore une fois, nous le répétons, la situation des artistes, leur condition dans la société, ce qu'ils sont, ce qu'ils devront être, dans la cité, le temple, la salle de concert ou de spectacle, toutes ces questions complexes que nous avons pris à tâche d'entamer, sont à la fois d'une haute importance et d'une extrême délicatesse; elles tiennent indissolu-

blement aux problèmes les plus ardus. Pour ne les ébaucher que d'une manière spéciale et imparfaite ; il nous a fallu un assez douloureux noviciat pratique et de nombreuses réflexions.

Après nous être rassasiés de dégoût dans l'étude des faits et détails contemporains*, nous avons remonté successivement tous les échelons historiques pour nous abreuver enfin à la source éternellement féconde et vivifiante des traditions. En contemplant les magnifiques destinées que le génie de l'antiquité assignait à la musique, en évoquant les législateurs et les philosophes illustres qui instruisirent les peuples au sonde la lyre, nous nous sommes demandé « quelle pouvait être la cause de cette déchéance, de cette abdication sociale de la musique moderne, et comment ceux qui étaient les premiers avaient consenti à se faire les derniers?... »

Puis, au fur et à mesure que nous examinions plus attentivement, dans leurs principes et leurs résultats, les évolutions diverses, les développements graduels de l'art, cette chose éternelle; à mesure que nous pénétrions plus avant dans l'intimité des rapports de la musique avec la poésie, la religion, le cœur humain, l'homme tout entier, corps et âme, ses mystères et sa valeur effective se révélèrent en même temps à nous; —

1. Et à cet égard nous croyons n'avoir fait aucune omission de quelque importance. Au besoin, nous pourrions citer une foule de noms propres et de faits correspondants, mais on comprendra facilement pourquoi nous nous en abstenons. {Note de Liszt.)

Et désormais notre foi se retrempant,

Dans la certitude des convictions que nous avons acquises, nous crions sans relâche qu'une grande œuvre, qu'une grande mission religieuse et sociale est imposée aux artistes.

Or, afin qu'on ne nous reproche pas d'employer ces mots au hasard, dans un sens vague ou indéterminé, — pour traduire d'ailleurs d'une manière efficace les sympathies générales que le parallélisme ininterrompu du progrès de l'art et du progrès moral et intellectuel des artistes ne fait qu'accroître et rendre chaque jour plus vives; — pour aider enfin de notre mieux la réalisation de cet avenir que tous pressentent, que tous veulent, nous appelons TOUS LES MUSICIENS, tous ccux qui ont un sentiment large et profond de l'art, à établir entre eux un lien commun, fraternel, religieux, à instaurer une société universelle, ayant pour but :

1° De provoquer, d'encourager et d'activer le mouvement ascendant, l'extension et le développement indéfini de la musique.

2° D'élever et d'ennoblir la condition des artistes, en remédiant aux abus, aux injustices qui les frappent, et en déterminant les mesures nécessaires dans l'intérêt de leur dignité.

Au nom de tous les musiciens, au nom de l'art et du progrès social, nous demandons, nous réclamons : premièrement la fondation d'un concours quinquennal de musique religieuse, dramatique et symphoiiique. Los meilleures compositions dans

ces trois oenres devront être solennellement exécutées pendant un mois au Louvre, et ensuite acquises et publiées aux frais du gouvernement. En d'autres termes, — la fondation d'un nouveau

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