Gazette musicale de Paris, 3 mai
encore enfouies et comme disparues sous la poussière des siècles!... Que de documents, que de trésors entassés silencieusement, dorment à jamais immobiles dans nos bibliothèques, ces gouiFres de l'intelligence ! . . . Que de travaux et de labeurs ignorés ou mal connus ! Combien d'autres épars ça et là, inaccessibles au grand nombre et qui demandent à être classés, ordonnés et renouvelés par la publicité!...
Et si, changeant de point de vue, nous reportons nos regards sur les turbulentes agitations des sociétés contemporaines, quels débats, quelles contradictions dans nos chaires et nos tribunes!... Quelle déplorable ignorance, quelles puériles présomptions, que d'intolérables incertitudes dans nos salons, nos conversations et nos journaux!... Oui certes (et qui ne le sent profondément aujourd'hui!), quoique tout soit dit, tout est à redire. En politique, comme en matière de philosophie et de beaux-arts, les plus simples notions ne sont encore qu'à peine soupçonnées par la foule; les plus grosses vérités passent et repassent toujours aussi inaperçues par les habiles et les docteurs et c'est sans paradoxe et avec toute la gravité qui convient à son caractère, qu'un député (homme d'esprit) a pu affirmer naguère que les lieux communs les plus usés et les redites les plus triviales fourniraient la matière d'un enseignement excellemment utile à plusieurs de ceux qui nous régentent avec des airs de capacité et de savoir.
— Je demande pardon de m'éloigner ainsi (en
DE LA SITUATION DES AUTISTES à
apparence du moins) de mon sujet. La question de la condition des artistes, telle que je la conçois, tient par tant de bouts aux questions les plus importantes de la société elle-même, qu'il est impossible de la soulever, sans toucher à la fois des choses qui, au premier abord et pour des yeux peu accoutumés à suivre l'enchaînement d'un certain ordre d'idées, y paraissent étrangères. Pour bien la poser, la traiter et la résoudre, de rares facultés, des recherches et des méditations laborieuses, et avant tout une grande synthèse religieuse et philosophique sont rigoureusement nécessaires'. On me dispensera ici de faire mon acte d'humilité. Jeune et dernier venu pour ainsi dire au milieu de tant d'artistes supérieurs que je m'enorgueillirais d'appeler mes maîtres et dont plusieurs m'honorent du nom d'ami, je crois superflu d'imprimer officiellement que toute prétention, toute jactance vaniteuse ou dogmatique me sont entièrement étrangères. Simple apprentif de nature et de vérité-, je sais que mes paroles n'ont ni l'autorité du talent, ni celle de l'expérience. Je n'écris point pour enseigner. Je souffre et j'interroge... Le plus souvent, je me borne à observer; parfois je me hasarde à dire, mais toujours avec défiance...
1. On reconnaît ici l'idée favorite des philosophes romantiques ou contemporains du romantisme : le système de Saint-Simon et celui de Lamennais, avant le positivisme d'Aug'uste Comte, prétendant être chacun une de ces « grandes synthèses religieuses et philosophiques ».