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LA MONARCHIE AUSTRO-HONGROISE VEUT VIVRE

l'Italie des cachots vénitiens et milanais, du Spielberg avec ses grottes et ses échafauds pour les patriotes — l'Autriche dirige ses regards pleins d'espoirs vers ce monde dont elle connaît les penchants doux, tranquilles, faciles au pardon, de l'Orient du Drang nach Osten, pour demander à son tour qu'on n'apporte aucun changement, par l'affranchissement des peuples qui la composent, à la carte de l'Europe.

Nous espérons que, malgré le puissant effet du mirage trompeur de l'humanitarisme sur les âmes naïves et rêveuses des révolutionnaires russes, la guerre n'aboutira pas à un semblable résultat; car, n'oublions pas que, si l'Allemagne murmure « paix sans indemnités », c'est le cri de « paix sans annexions » que r Autriche-Hongrie fait entendre discrètement, mais clairement, à l'oreille des partisans de la fraternité parmi les peuples. Supposons cependant que les forces, militaires arrivent à s'équilibrer, que toute attaque soit suivie d'une contre-attaque, que grâce à la préparation technique, même des pays dont les réserves en hommes s'épuisent comme celles des puissances centrales, parviennent à remplacer tous les vides par la force du canon; supposons encore que ces armées, impuissantes à vaincre, réussissent cependant à la longue à provoquer une fatigue générale et qu'ainsi on soit amené à conclure une paix blanche, c'est-à-dire que le monstre à deux têtes — magyare et autrichienne — de l'Europe Gen-

traie, continue de vivre, écrasant sous une patte, majestueusement, le globe terrestre, et brandissant de l'autre le sceptre rouillé des Habsbourg.

Que serait, dans ce cas, l'intégrité territoriale de la double monarchie ?

Pour un diplomate préoccupé uniquement de ne pas déranger les bornes frontières et de faire accepter par des manœuvres habiles, au Congrès de la paix, l'ancienne carte, c'est tout. Il n'en est pas de même pour celui qui connaît le sens profond de la vie humaine, de la vie nationale — une ou multiple — englobée dans l'État, qui raffermit cet Etat si elle est libre et prospère, qui le sape et le tue dans le cas contraire, sans qu'une guerre mondiale ou même le sacrifice d'une révolte intérieure soient pour cela nécessaires. Il n'en est pas du tout de même.

Pour celui-là — et pour nous tous — la guerre actuelle a atteint son but en ce qui concerne l'Autriche-Hongrie, même si le traité de paix ne devait pas consacrer des droits que les peuples sont disposés à se donner, qu'ils se donneront à euxmêmes, quoi qu'il arrive.

Il n'y en a pas un, en effet, qui trouve des attraits à la tyrannie rusée, bureaucratique de l'Autrichien. Simple question de sentiments, disent les maîtres de ces peuples asservis. Oui, mais ils oublient, eux, les apôtres de la force, que le sentiment, loin d'être une entité idéologique, est lui-même une force et la plus grande, tant que

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